« Je veux décider du travail jusqu’à ma mort »

Le sociologue Bernard Friot était à Clermont mercredi 1er décembre pour présenter son dernier ouvrage « En travail : Conversations sur le communisme ». L’occasion également de faire un arrêt à la Maison du Peuple pour une conférence gesticulée.

Dans son milieu, on ne le présente plus. Le sociologue communiste affilié au PCF depuis 1969 est un incontournable de l’économie, du salariat et de la protection sociale. Actif au sein de l’Institut Européen du Salariat, Bernard Friot est aussi, en 2011, l’initiateur de Réseau Salariat, association d’éducation populaire dont l’objectif est l’appropriation collective des moyens de production et l’octroi à toutes et à tous d’un salaire à vie. Bernard Friot met l’enseignement militant au cœur de son travail depuis des années, notamment avec le réseau d’éducation populaire L’Ardeur.

Salaire à vie

En cinquante ans, le chercheur a théorisé plusieurs notions. Pour lui, les travailleurs et travailleuses doivent reprendre collectivement la souveraineté sur leurs activités et moyens de production. Mais sa proposition la plus connue est celle du salaire à qualification personnelle, un salaire à vie, attaché à la personne et non à l’emploi, perçu par tous dès 18 ans. Ces idées, le chercheur les a détaillées dans près de vingt ouvrages tout au long de sa carrière.

En travail

Ce 1er décembre, c’est « En Travail : Conversations sur le communisme » qu’il était venu présenter. « Le livre fait une proposition pour sortir la gauche de sa défaite. C’est un dialogue entre des chercheurs qui n’ont pas forcément la même vision au départ. On veut montrer la fécondité de ce qui nous rassemble plutôt que l’émiettement en cours. », explique-t-il.  À 17h, à la librairie des Volcans, l’auteur a parlé du livre tiré d’une discussion avec le philosophe Frédéric Lordon et retranscrit par Amélie Jeammet. 

Les idées en mouvement

À 20h30, le sociologue a rejoint la Maison du Peuple pour animer une conférence gesticulée « Je veux décider du travail jusqu’à ma mort ». La soirée était organisée par le Réseau-Salariat, les Amis du temps des cerises, et les Rencontres Philosophiques Clermontoises. Le thème central : « le travail dont les retraités sont exclus car ils ne sont plus considérés comme productifs », annonce Bernard Friot. Avant le top départ, nous discutons. « La confrontation au public est fondamentale », lance le militant avec entrain.

Durant deux heures, on s’interroge sur la notion de travail et sur les leviers dont disposent les travailleurs pour reprendre la souveraineté sur le salariat. On ne s’ennuie pas. Bernard Friot gesticule et met en scène son discours pour le rendre plus impactant. La discussion démarre par un souvenir : « un couple âgé dans un train qui discute avec un jeune homme. Les deux retraités disent avoir le droit à leur solde car ils ont cotisé »

Déconstruire

Un panier rempli de coupons dans la bouche pour dénoncer le système de points, une « casserole au cul » pour symboliser le revenu de base, torse nu pour illustrer le manque de qualification : la conférence déconstruit de nombreuses idées. D’abord, celle de la solidarité intergénérationnelle, mot d’ordre capitaliste qui légitime le compte à points selon le sociologue. Le contrat de travail comme source de droit également. De plus, « il ne faut pas croire que tout a été fait par le CNR en 1945. C’est en 1946, avec des ministres communistes qu’on créer des statuts, les allocations familiales ou la sécurité sociale »

Pour Bernard Friot, il ne faut pas espérer en finir avec l’indécente période d’insertion des jeunes « avant le travail » qui condamne les 18-30 ans à la pauvreté, ni avec les périodes « sans travail » du chômage, si nous continuons à accepter une période « après le travail », la retraite. « Soyons à la hauteur du droit au salaire continué. », défend-t-il. 

Alors que le salaire est actuellement vu comme reconnaissance d’une production économique, le sociologue souhaite lier le salaire des retraités à leur personne et non plus à leur emploi ou leur productivité sur le marché. Entre autres, que chacun puisse décider du travail jusqu’à sa mort. 

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