Lucie Mizoule, élue communiste mène la danse et amorce le débat : « Le transport pourrait être comme l’école, les médiathèques ou encore l’accès aux soins : gratuit. Une nouvelle conquête sociale sans condition de revenu. »
Mais pour réfléchir à une gratuité totale des transports sur l’agglomération clermontoise, différentes questions sont à poser : le financement ? Les effets ? Le territoire?
Pour tenter de répondre à ces interrogations, Julie Frêche est venue de Montpellier pour témoigner de la mise en place de la gratuité sur sa ville. « Nous connaissons une croissance démographique rapide avec 8000 nouveaux habitants chaque année. Notre ville est passée de la 20e place à la 7eme place des villes françaises, en terme de nombre d’habitants. »
Avec un tel constat, le transport est donc devenu un des enjeux de la métropole. « Une nouvelle gare a été créée sans réelle connexion. Des zones d’emploi se sont faits en périphérie, et le réseau ne desservait pas assez. »
L’exemple de Montpellier
De plus, à Montpellier, décarboner les moyens de transports était aussi une priorité, car comme le rappelle l’élue : « Les transports représentent 82% de la pollution de notre ville. C’est donc d’un point de vue sanitaire qu’il fallait agir en premier lieu. »
Mais, la question du transport répond aussi aux problématiques sociales : « A Montpellier, 28% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Et 14% du salaire part dans les frais de déplacement. »
L’élue de Montpellier estime malgré tout que la gratuité des transports doit être réfléchie dans une stratégie globale, qui donne corps à toute une politique. « La crise écologique doit pousser à réfléchir davantage aux transports en commun, car 7 personnes sur 10 en France estiment que leur maire ne fait pas assez pour l’environnement. »
La gratuité des transports à Montpellier permet ainsi à une famille de 4 personnes d’économiser 1600 euros par an.
Un choix politique
« Alors, on peut débattre sur le mot gratuité, il s’agit évidemment des impôts, comme ceux qui financent l’école. Au 19eme siècle, l’école devenait gratuite, au 21ème siècle, ce serait bien que ce soit les transports. » Exprime l’élue. « Aujourd’hui, 40 réseaux en France ont appliqué la gratuité, elle s’accompagne toujours de l’augmentation de l’offre, et du réseau. C’est obligatoire. »
A Montpellier, la ville a maintenu des agents de contrôle et créé la police des transports, comme à Orléans ou Nantes.
Résultats: Montpellier bénéficie désormais d’une 5eme ligne de tram, « nous avons dû faire beaucoup de travaux, ça a été pénible pour tout le monde, mais on a tout assumé en même temps puisqu’on a aussi fait des aménagements cyclables. »
Pour autant, Julie Frêche estime qu’il ne faut pas culpabiliser les gens qui prennent la voiture. « Mais il faut savoir que si chaque personne enlève un trajet de voiture par semaine, on a 20% de pollution en moins à la fin de la semaine. »
Ainsi, les dernière études ont montré que l’utilisation des transports en commun, depuis la gratuité, avait augmenté de 35 %. La voiture quant à elle a connu une baisse de 26 %. « Mais ce qui a été incroyable pour nous c’est de constater une augmentation de 77% de marche. En fait, les gens marchent pour aller prendre leurs tram, ou bus. »
Ainsi, la gratuité, pour l’élue fait bouger les choses et les gens.
Cyril Cineux prend alors la parole. « La gratuité est partout, l’éclairage public par exemple. » Selon lui, il existe 2 types de gratuité : La tarification sociale qui existe pour corriger les inégalités de revenus. « Les communes rectifient en fait les inégalités créées par l’Etat. », et la gratuité d’émancipation. « Des rapports humains libérés des rapports marchands. Aujourd’hui, celui qui le plus d’argent a le plus de droit. » Il reconnaît alors que l’argent est un vrai débat politique et qu’il engage la liberté de chacun à se déplacer en fonction de ses moyens.
Dunkerque, première ville européenne
Dunkerque a été la première ville européenne à mettre en place la gratuité des transports. « Les habitants en éprouvent une grande fierté. » Déclare l’élu clermontois qui se bat depuis 12 ans pour la gratuité des transports à Clermont-Ferrand. En 2014, les études montraient que le réseau était trop faible pour accueillir la gratuité toute la semaine. Mais cette même étude montrait que l’argent non dépensé dans les transports bénéficiaient aux commerçants locaux.
Gratuité des transports le week-end à Clermont-Ferrand depuis 2021
« 80 % des métropolitains sont pour les transports en commun, même sur les communes dirigées par la droite. » Explique Cyril Cineux qui annonce qu’en juin 2023, la fréquentation des transports en commun a augmenté de 36 % le week-end, juste 2 ans après la mise en gratuité du service le week-end.
En avril 2025, une nouvelle étude comptabilise une augmentation de 55 %. « Cette gratuité bénéficie aux quartiers populaires, aux gens sans voiture et aux personnes les plus modestes. »
Aussi, le réseau Inspire a augmenté le réseaux de plus de 20 % permettant la mise en place de la gratuité chaque jour.
Question budget, la prise en charge est tripartite entre la métropole, la ville de Clermont-Ferrand et le SMTC à hauteur de 700 mille euros chacun. La gratuité totale coûterait 12 à 15 millions d’euros supplémentaires. « Mais cela permet 1,5 millions de déplacement en plus, et l’argent public est mieux rentabilisé car avec un euro vous transportez ainsi plus de monde. » Conclut l’élu clermontois avant de répondre aux questions de la salle. « On parle du budget de nos transports en commun mais les entretiens des routes coûtent 2 fois plus chers chaque année. »