Parce qu’une minute de silence ne suffit pas…

Dans certains établissements scolaires du Puy-De-Dôme, des enseignants n’ont pas voulu se satisfaire de la minute de silence en mémoire à Samuel Paty, enseignant décapité, pour amorcer une discussion avec les élèves sur la nécessaire liberté d’expression, mais aussi le pouvoir des réseaux sociaux, le racisme etc…Retour d’expériences enrichissantes.

A Camille Claudel, une vingtaine de professeurs se sont installés dans la cour et ont demandé aux élèves d’en faire autant. « Et si on en parlait ? » Dans ce lycée professionnel des quartiers Nord de Clermont-Ferrand, il était, pour la plupart des enseignants, impossible de se contenter d’une petite minute de silence. « Nous avons récité le poème d’Eluard, Liberté, j’écris ton nom. La lettre de Jaurès se destine au enseignants, nous, nous destinons un message à nos élèves » explique Sophie, enseignante. Alors, les élèves se sont assis, dans la cour et ont discuté. « Des discussions fortes, sur le racisme, sur les réseaux sociaux, sur la liberté, sur le métier d’enseignant. Nous avions besoin d’une véritable interaction avec nos élèves. » Poursuit Sophie. Les élèves ont parlé pendant deux heures, et ont terminé par un message fort, en applaudissant leurs professeurs, comme un remerciement pour leur dévouement et leur investissement dans ce métier en manque de reconnaissance.

Au Lycée Ambroise Brugière, les enseignants ont refusé de prendre les élèves dès 8 heures, afin de pouvoir se réunir en Assemblée Générale, et ont réalisé une rassemblement collectif à 11 heures, dans la cour, pour la minute de silence alors que le ministre de l’Education Nationale avait exigé qu’elle soit réalisée en classe.

Dans d’autres établissements, comme le lycée Amédée Gasquet ou le collège Gérard Philipe, de nombreux enseignants se sont mis en grève dès hier matin afin de dénoncer le manque de concertation, au sujet de l’assassinat de Samuel Paty mais aussi de la situation sanitaire.

Car les enseignants doivent effectivement doublement s’adapter. Si l’hommage à Samuel Paty représente un enjeu important, le respect du protocole sanitaire est, quant à lui, compliqué à mettre en place. Aussi, de nombreux établissements se mobilisent. Au lycée Blaise Pascal, notamment, les enseignants ont réussi à obtenir une demie-journée de banalisation ce matin pour une restructuration. Ils demandent le dédoublement des classes pour pouvoir appliquer correctement le protocole sanitaire. Autre exemple, au lycée Lafayette, une réunion aura lieu mercredi pour discuter de la mise en place du respect des gestes barrière. De nombreux établissements ont déjà obtenu des aménagements d’emploi du temps afin de lutter contre la propagation du virus tout en voulant garder le plus possible, le lien avec les élèves .

Dessin réalisé par les élèves du lycée Professionnel Camille Claudel à Clermont-Ferrand

La photo de couverture a été prise lors du rassemblement au lycée Camille Claudel par les enseignants.

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À propos de cet article

Publié le 3 novembre 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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