Journée de mobilisation à Clermont-Ferrand

Dès 9 heures ce matin, le monde de la culture se réunissait à Cournon pour tenter une opération escargot, avortée par l'intervention de la police. Ce qui n'a pas empêché les artistes et techniciens de rejoindre la mobilisation interprofessionnelle à 11 heures devant la préfecture.

9 heures, la police est arrivée avant nous, les intermittents aussi. Quelques camions balancent de la musique dans le froid auvergnat. Rapidement les Renseignements Territoriaux débarquent afin de signaler l’interdiction de l’opération Escargot lancée notamment grâce aux réseaux sociaux. Le ton monte. On veut verbaliser les militants. « Nous prendre 135 euros alors qu’on vient manifester parce qu’on n’est plus payés, qu’on ne peut plus bouffer ? » s’agace un manifestant. On lui réplique qu’il commet une infraction en faisant une « entrave à la circulation » … »Ben pour l’instant, on est juste tous posés sur un parking…. » rient jaune d’autres. La police gare ses fourgons devant l’entrée du parking, impossible de partir. Les plaques d’immatriculation sont, paraît-il, relevées. La quarantaine de manifestants, sereins, montent le son, et attendent. On assiste à des moments joyeux, comme celui où l’un des militants s’accroche avec une femme des Renseignements. Elle lâche : « Arrêtez votre cinéma ! » A lui de rétorquer : »Vous vous trompez, je suis technicien, pas comédien, je ne fais pas de cinéma ! » Eclats de rire.

D’autres expriment leur désarroi, comme Killian, 18 ans, qui voulait démarrer son statut d’intermittence, « un primo-entrant » en tant que technicien. « Donc comme c’est ma première année, je n’ai droit à aucune aide et je ne peux pas avoir mon statut, car il n’y a pas de travail… » Gérald, explique que le problème risque de durer : « Un festival ça ne se monte pas en 3 jours mais en 6 mois, les programmateurs ne savent pas quoi faire et n’osent pas lancer de projets donc il faudra attendre 6 mois après la fin de la crise pour espérer pouvoir bosser….On commence à voir des structures culturelles qui ferment… » Pour ceux qui ont le statut intermittent, ils peuvent bénéficier de « l’année blanche », en outre, le maintien de leurs droits versés par Pôle Emploi. « Sauf que pendant toute cette période, on ne fait aucun cachet, et on ne pourra pas en septembre justifier de 507 heures de travail sur l’année écoulée, et donc nous n’aurons plus rien » exprime un pianiste travaillant dans un orchestre. « Je n’ai pas travaillé depuis un an, il me manque 45 dates, je n’ai aucune visibilité sur les années à venir. Pourtant on pourrait bosser en respectant les règles sanitaires, mon orchestre, par exemple, se produisait surtout en plein air. » Pire encore, la moitié des acteurs de la culture ne sont pas intermittents et ne peuvent prétendre à aucune aide. « On laisse crever des gens… » La police décide enfin de nous laisser sortir. Mais pas le temps pour l’opération Escargot, il faut filer rejoindre la manifestation devant la préfecture, à Clermont-Ferrand.

Là, entre 600 et 700 personnes déambulent jusqu’à la préfecture. Très vite, les prises de parole s’enchaînent. Celle sur l’Energie se termine par une action des électriciens qui déversent sur les marches de la préfecture des compteurs. En colère. Contre la privatisation, contre l’augmentation pour les consommateurs.

Même ton du côté des syndicalistes Michelin qui déplorent les 2300 suppressions d’emploi de l’entreprise alors que l’entreprise a fait 1,7 milliards de bénéfices et reversé 357 millions d’euros à ses actionnaires. « Tout en sachant que Michelin reçoit des aides publiques, comme ces 65 millions de CICE versés depuis 2013. » Luxfer, Aubert et Duval sont aussi là. La présence des enseignants, des soignants, des pompiers prouvent la souffrance du service public…

Après la fin des interventions, le monde de la culture est allé siéger devant l’Opéra où de nombreuses Forces de l’ordre se sont vite positionnées. Quelques heurts ont eu lieu, lorsqu’ils ont voulu confisquer des banderoles. A 14 heures, les quelques résistants encore présents ont quitté les lieux.

Credit photo de l’opéra, Fred

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