Débat entre les candidats aux municipales clermontoises

Un grand oral de la solidarité était organisé par le groupement d'associations et collectifs des Rencontres Solidaires, lundi 2 mars. Seul le candidat RN n'a pas répondu à l'invitation.

Les 5 candidats présents étaient invité.e.s à s’exprimer autour des politiques sociales et de lutte contre l’exclusion sur la ville.

Placé.es par le tirage au sort, les candidates et candidats à la mairie de Clermont-Ferrand étaient installé.es face au public venu assister à ce débat sur les solidarités. D’un côté, Marianne Maximi (LFI) et Olivier Bianchi (PS, tête de liste des gauches plurielles et maire sortant). De l’autre Marie Savre (Lutte Ouvrière), Julien Bony (LR, tête de liste de l’union citoyenne de la droite et du centre) et Catherine Boutin ( membre de la liste du Réveil Clermontois).

Le grand oral était organisé par 11 associations de solidarités locales et l’événement était animé par L’onde Porteuse, association clermontoise d’insertion par la pratique radiophonique.

Présentation des projets de chacun

Marianne Maximi a débuté le débat, en rappelant que le rôle des associations et la solidarité sont essentielles. Pour cette ancienne éducatrice spécialisée, les besoins sociaux explosent avec un taux de pauvreté à 25% dans la ville. Elle dénonce les pouvoirs publics, notamment avec les décisions nationales mais aussi le contexte international. Elle rappelle que des enfants dorment dehors dans la ville, et qu’elle salue les mobilisations citoyennes. Elle explique que la municipalité a un rôle de soulagement et de protection, face à une politique qui précarise et fragilise. « Il existe une crise de l’accueil et non pas une crise de l’immigration. C’est la préfecture qui crée des sans-papier. » Elle revendique pouvoir diriger une mairie qui résiste à la montée de l’Extrême-droite.

Olivier Bianchi lui, estime que ne pas parler de solidarité serait une défaite culturelle. « Le maire a des compétences en matière sociale. » IL reconnaît que la situation se détériore et se dégrade avec le désengagement de l’Etat. « Les mairies sont en première ligne avec les CCAS. Nous devons réparer et anticiper. » Le maire sortant rappelle que la politique sociale de la ville s’élève à 82 millions d’euros dont les 2/3 sont consacrés au CCAS. « Cela comporte la prise en charge des plus précaires, ainsi que l’éducation populaire. » Le maire insiste sur le fait que sa commune a une tradition des services publics avec la régie de l’eau, de la restauration, etc. « Nous avons aussi une politique active du logement social et nous soutenons massivement le tissu associatif, nous continuons l’insertion avec notamment les missions locales. Il s’agit pour nous de continuer le travail sur le prochain mandat. »

Marie Savre présente d’abord sa liste constituée de travailleuses et travaileurs, chômeurs, rétraité.es, et fonctionnaires. Elle dénonce le fait que certain.es autres auraient aimé être sur sa liste mais n’ont pas pu car subissent la répression patronale, ou sont travailleurs sans papiers. Elle s’insurge sur les milliards qui affluent et les cadeaux de l’Etat pour les grandes entreprises, assistées du système. « Notre liste n’est composée que de celles et ceux qui produisent la richesse. Nous sommes pour la liberté de circulation, et d’installation. Les frontières n’existent que pour les pauvres. »

Julien Bony s’attaque au bilan de la ville « Nous assistons à une paupérisation galopante, avec des aidants épuisés, et une fragilité du centre-ville. » Selon lui, la solidarité est une responsabilité publique. L’hébergement d’Urgence ne le concerne pas, puisqu’il répète que c’est une compétence de l’Etat, qu’il n’interfèrera pas dans ces sujets. En revanche, il énonce 3 priorités : Un guichet unique de l’action sociale et des associations. La création d’un service mobile dans les quartiers populaires et le soutien des familles avec la construction d’une maison des aidants, 2 crèches, et un soutien scolaire municipal, ainsi que l’embauche d’ATSEM.

Le Réveil Clermontois a parlé de la précarité durable sur la ville et a rappelé que la liste était citoyenne, apartisane, mais politique et engagé. « Nous voulons travailler en toute transparence et avoir des dialogues constants. »

Logement et accueil

Sur la thématique du logement et de l’accueil, J.Bony explique qu’il faut donner des responsabilités aux bailleurs sociaux et se concentrer sur les quartiers populaires qui regorgent le plus d’un public précaire. Il aimerait créer une charte de l’Habitat, et ne veut pas mobiliser le parc privé, contrairement à Catherine Boutin du réveil Clermontois. « Le parc privé doit rentrer dans l’équation pour plus de mixité sociale, il faut reloger ailleurs que dans les quartiers. »

Pour Lutte Ouvrière, il est question de réquisition des logements vides ou des bureaux comme la loi l’exige en n’étant jamais appliquée. « Et il faut construire davantage de logements sociaux et développer un service public du logement. »

Olivier Bianchi, lui, rappelle qu’il ne faut pas exonérer les responsables, soit l’Etat et la Région, notamment avec la circulaire Retailleau qui a rendu le racisme systémique. « Donnons la responsabilité aux amis de Bony. » Puis il donne les chiffres : 2700 demandes de logement par an. 840 constructions par an. 11 mois d’attente en moyenne et 38 guichets dans tous les quartiers de la ville. « Nous avons déposé 15 arrêtés pour insalubrités et 700 mises en demeure. » Pour le maire sortant, en matière sociale, les choses vont s’aggraver et la ville ne pourra agir seule, d’où l’importance des associations.

La candidate LFI, députée, dénonce le fait que les enfants qui dorment dehors sont étrangers, « S’ils étaient français, cela choquerait tout le monde, là une partie de la population s’offusque. » Pour elle, même si Clermont-Ferrand est perçu comme une ville de province, y prospèrent des multi-propriétaires. Elle dénonce les 14 mille logements vacants et rejoint LO sur la réquisition afin que ça revienne à la municipalité. Elle propose aussi de réguler l’AirBNB, devenu un business, puis s’adresse directement à Julien Bony « Les hébergements d’urgence, votre parti est contre. »

Questions dans la salle

Olivier Bianchi répond à une question dans la salle sur les démolitions. « La destruction de la Muraille de Chine est ma plus grande fierté. Qui peut dire que vivre là-bas était du luxe ? Chaque logement démoli a eu un logement construit. Avez-ous vu des manifestations contre ces démolitions ? »

Une question des membres de RESF 63 s’adresse au candidat de la droite sur les enfants qui dorment dehors et les critères de vulnérabilité pour le logement. Ce à quoi Julien Bony répond que les hébergements d’urgence sont du ressort de l’Etat mais que la commune doit garantir la dignité.

La Cimade demande quelles mesures seront prises pour faciliter l’accueil des Mineurs Non Accompagnés. Marianne Maximi explique que le département fait des évaluations de minorité, créant un vide juridique, quand il considère le jeune comme majeur. « Nous avons des jeunes qui errent, qui ne sont pas pris en charge ce qui dégrade leur santé mentale. » Pour elle, la municipalité devra accompagner ces jeunes. Olivier Bianchi rappelle qu’en tant que président de la métropole il avait avec l’accord des 21 maires, mis un gymnase à disposition sur les différentes communes à tour de rôle. « Mais cela a été interdit par l’Etat ! Etre maire c’est être l’homme de la proximité. Nous ne sommes pas parlementaires alors nous devons négocier avec les préfectures. En tant que maire, je n’ai jamais pris de mesure d’évacuation quand les personnes avaient trouvé refuge à la maison du peuple ou au centre Richepin. Etre maire, c’est aussi travailler dans l’ombre. »

Pour Marie Savre, seule la mobilisation paie et une seule évidence : « Bien sûr que l’on peut accueillir toute la misère du monde. Il suffit de prendre l’argent là où il est… » Julien Bony propose des habitats intergénérationnels car la population est vieillissante. « Nous offrirons une aide au logement en échange d’engagement citoyen. » Là encore Christelle Boutin n’est pas d’accord : »Nos étudiants n’ont dejà pas le temps de vire car ils doivent travailler pour se nourrir, 25% de nos jeunes vont mal à l’université, on ne peut leur rajouter un engagement citoyen. » La candidate du Reveil Clermontois demande en revanche une refonte de la gouvernance du CCAS. Olivier Bianchi sourit. « Mais la gouvernance du CCAS est actée par la loi, on ne peut pas y toucher comme ça. Puis il explique que le CCAS c’est 1100 000 euros, la gestion de 5 EHPAD Publics. « Nous sommes la ville qui gérons le plus d ‘EHPAD en proportion à notre taille. » Et cela coûte cher, selon le maire sortant. « Nous avons donc eu 2 millions de déficit structurel par établissement, mais comme la ville va bien et n’est pas endettée, nous avons pu décaisser 10 millions d’euros directement. » Explique-t-il pour répondre aux attaques récurrentes de la droite sur ce sujet.

D’ailleurs Julien Bony n’y ajoute rien si ce n’est qu’il veut « plus de clarté. » Marianne Maximi tente de recadrer le débat « Les jeunes ne sont pas que des étudiants pour revenir à la question de la Cimade. Et il faut s’interroger. La droite veut plus de policiers municipaux, mais ne doit-on pas embaucher plus de travailleurs sociaux ? Mieux vaut-il prévenir que punir. »

Insertion et emploi

Le thème de l’insertion et l’emploi est alors abordé. Le maire sortant prend la parole en indiquant que la ville recense 6?6 % de chômeurs, un taux en-deçà de la moyenne nationale. « En stage de 3eme, on accueille 300 jeunes qui n’ont pas le réseau suffisant pour trouver un lieu où être accueilli. Et nous avons 22 antennes de la Mission Locale sur la métropole. » IL ajoute que la mairie a mis en place des aides pour le développement économique comme l’aide à l’ESS et l’aide à l’Industrie, comme lors du sauvetage des 400 emplois de l’entreprise ACC. Marianne Maximi, en tant que députée, parle des mauvais coups de l’Etat, avec une « politique pour les riches. » Mais elle tacle son voisin de droite « Vous avez donné 6 millions d’euros à Michelin qui n’en a pas besoin et même effectue des plans sociaux. » Le maire sortant, Olivier répond que le jour où Michelin part, la ville entière sera mal et rappelle que le projet Inspire (projet des travaux) a permis de nombreuses heures de travail.

Julien Bony, lui, concernant l’insertion et l’emploi propose des bourses au mérite, un soutien scolaire municipal, et un travail de prévention. « Seulement 1% du budget actuellement est fléché vers l’insertion. » Selon lui, il est important d’apporter de la stabilité à Michelin. « Je suis d’accord avec le maire, il faut encourager les grands projets. » Marie Savre, à ses côtés est offusquée. « Michelin licencie et ils partent quand ils veulent, sans état d’âme ! Il faut interdire les licenciements, dans ce cas ! » Christelle Boutin, quant à elle, parle d’apprentissage nécessaire dans les métiers du bâtiment et de l’artisanat, en priorisant les marchés publics.

Olivier Bianchi ne peut s’empêcher de répondre sur le soutien scolaire municipal, idée de Julien Bony.  » On a déjà 10 associations qui font ça. Vous en faites quoi ? Vous les fermez alors que ça marche très bien ! » Le maire s’inquiète pour le prochain mandat qui risque d’être sous un mandat national de l’Extrême-droite. « Ce ne sera pas drôle. Il faut travailler avec tout le tissu. Pour les travaux sur les pistes cyclables, on a travaillé avec les associations de vélo. Vous savez avant un maire était souverain sur 70 % du budget, aujourd’hui , c’est 33 %. » Julien Bony, quant à lui répond à Marie Savre : « Le travail ne tue pas, il émancipe. » Puis, il dénonce une subvention de 90 mille euros  » à une bamboche de rue alors qu’on ne verse que 6000 euros à la Banque Alimentaire. »

La question du monde associatif

Les tacles et phrases assassines commencent ainsi à agrémenter le débat. Un membre de Chômactif demande comment les candidats veulent soutenir le monde associatif car il rencontre de plus en plus de difficultés financières avec notamment les appels à projets et les conventions annuelles. Julien Bony est clair : « les ressources s’amenuisent donc on choisira les associations auxquelles verser des subventions. » L’animateur demande quels seront les critères sans avoir de réponse. Christelle Boutin, elle veut la fin des appels à projets et un retour à l’économie plus transparente, sans donner plus de précision. Olivier Bianchi annonce à l’auditoire que la subvention de 90 mille euros a été versé à l’Etonnant Festin, animation qui regroupe plus de 110 commerces, restaurateurs et producteurs locaux. Il annonce qu’il mettra en place une nouvelle maison des associations afin de créer un partage de ressources telles que des aides-comptables, ou encore la mutualisation d’un parc informatique. Marianne Maximi dénonce le système des appels à projets comme une dérive libérale et préférerait mettre en places des conventions pluriannuelles afin que les associations aient plus de visibilité. Enfin le débat se termine lorsque Marianne Maximi s’adresse à Julien Bony qui quelques minutes avant lui a lancé « vous crachez au visage … » Ainsi, avec calme, elle lui explique : « Je combats votre famille politique, mais je ne le ferai jamais avec agressivité. »

Un débat avec un grand absent : le RN

A la fin, les candidates et candidats sont parti.es rapidement. Dans la salle, les spectatrices et spectateurs sont perplexes. « On voit que certains se lancent tout juste en politique et cela montre un certain amateurisme.  » D’autres semblent convaincus de l’importance de ce genre de débat: « On voit qui a réellement réfléchi à cette thématique des solidarités. » Bien sur, majoritairement composé d’acteurs associatifs ou salariés, l’auditoire n’était pas des plus objectifs. Ainsi, une personne dans la salle conclut ainsi : « On avait deux personnes qui ont les mains dans le cambouis, Marianne Maximi, députée, Olivier Bianchi, maire sortant. Leur discours était ancrée dans la réalité de terrain. On avait l’utopie avec Lutte Ouvrière qui est restée droite dans sa posture de défense des travailleuses et travailleurs. Puis, on avait le candidat de la droite qui n’a pas menti sur ses objectifs, notamment sur sa sélection des associations à subventionner. Mais, il a été assez virulent. Enfin, nous avons une candidate d’un nouveau parti dont on n’a pas retenu grand chose tant tout était flou. » On retiendra le grand absent : le RN. Il semble que pour ce parti, la solidarité soit si peu importante que cela ne vaut même pas le déplacement…Une absence vaut parfois tous les mots…

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1 réflexion sur “Débat entre les candidats aux municipales clermontoises”

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