Fifi, poursuivi pour violences aggravées : on lui reproche un lancer de canette !

Ce vendredi, au tribunal correctionnel de bordeaux, Fifi, un militant notoire sera jugé pour violences aggravées. Il aurait jeté une canette lors d’une manifestation.

Fifi se marre quand il raconte son histoire. On ne la lui fait pas à lui. Militant pour toutes les causes humanistes, il est à la fois un vieux baroudeur, et un lutteur déterminé. Il est de tous les combats : apporter à manger à ceux qui ont faim, ouvrir des squat pour ceux qui ont froid, donner des jouets aux enfants qui n’ont rien. Fifi est incontournable dans le milieu. Un vrai gentil, de ceux qui ont les larmes aux yeux dès qu’il croise le regard d’un gosse. Un amoureux éternel de la vie, de l’amour, et de l’autre. On le connait bien Fifi, on est partis avec lui à Exarcheia, en Grèce, apporter de la nourriture et des jouets. Avec sa barbe blanche, on le confondrait volontiers avec le Père Noël…en un peu moins consumériste, quand même !

Le 25 janvier 2020, Fifi rejoint le combat des Gilets Jaunes dans une manifestation à Bordeaux. Ils ne sont pas très nombreux. Un jeune homme s’agace contre le cordon de policiers qui encerclent les militants. La lacrymo épaissit l’air, les tirs de flashball fusent. Une personne est blessée dans le dos. Il a reçu des coups de matraque. Fifi, comme à son habitude, reste serein. Avec ses camarades, il appelle une ambulance, qui tarde à venir. Pendant 20 minutes, les policiers ne bronchent pas. Aucune aide pour le blessé. Fifi, la soixantaine est un connaisseur des manifestations. Il veille à la personne à terre. Lorsque l’ambulance arrive enfin, les policiers resserrent les rangs et s’exclament « Dégagez, on sécurise les blessés« . Fifi voit rouge. « Il sécurise le blessé qu’ils ont eux-mêmes blessé et auquel ils n’ont prêté aucune attention durant les 20 dernières minutes. » Il n’est pas le seul à s’agacer. Les autres manifestants aussi. Des canettes de bière sont lancées. Sur une vidéo, on en voit une tomber aux pieds d’un policier. Fifi quitte la manif.

Quelques semaines plus tard, il sera convoqué. On aurait retrouvé ses empreintes sur une canette envoyée sur un des membres des forces de l’ordre. Fifi regarde la femme qui l’interroge. Il ne parle pas. Mais il s’étonne, ses empreintes ? Depuis quand ses empreintes sont-elles connues ? Lui qui a un casier judiciaire vierge. « C’était assez drôle cette audition, la jeune policière était sympathique, mais j’ai dû lui faire refaire 5 fois le Procès -verbal, elle se permettait des digressions,elle parlait de bouteille plutôt que de canette Un policier a porté plainte pour ce jet de canette. Un policier qui reconnaît ne pas avoir été blessé. Sur la vidéo, on me voit boire une canette effectivement. Sur une autre vidéo, on voit une canette, de la même couleur arriver aux pieds d’un policier, il n’est même pas touché…Cela suffit pour dire que ce serait moi le responsable. Mais nous étions plusieurs à boire une canette. Et même si c’est ma canette qui atterrit aux pieds du policier, est-ce moi qui l’ai lancée ? »

L’avocat de Fifi lui, s’insurge sur un autre motif. Le lancer de canette a été qualifié de « Violences aggravées ». Il plaidera donc vendredi la mauvaise appellation des faits. « Même si j’avais lancé cette canette, s’agit-il d’un acte de violence aggravée ? » explique tranquillement Fifi. « J’ai surtout compris que comme je suis un militant de toutes les luttes, il fallait un moyen de m’atteindre. Pendant mon interrogatoire, les policiers m’ont pris en photo, ils ont pris mes empreintes, et ont dit qu’ils en avaient besoin pour mon nouveau dossier. Mon nouveau dossier ? Voilà que je suis fiché S comme un terroriste, maintenant, et que j’ai un dossier au sein de la police ? » Fifi passera 1H45 en audition, les policiers n’avaient prévu que 45 minutes d’interrogatoire. Ils s’agacent. « Je leur ai répondu que j’étais retraité, que j’avais tout mon temps et qu’eux aussi a priori puisqu’ils bossaient sur un lancer de canette. »

Fifi s’amuse un peu de toute cette histoire et il pense qu’il écopera peut-être d’une amende. « Tu imagines si on envoie des gens en prison pour une canette envoyée en l’air… »Il se tait, avant de reprendre « Remarque, dans cette société, il faut s’attendre à tout… »

Fifi devra répondre vendredi des faits qui lui sont reprochés, soit des faits de violences aggravées, autrement dit, d’un lancer de canette n’ayant fait aucune victime…

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À propos de cet article

Publié le 5 janvier 2021
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la fondatrice-associée.

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