La danse est de mise sur la petite place, la bonne humeur semble accompagnée les salarié.e.s grévistes. Pourtant, lorsque « les femmes de ménage » racontent leur quotidien depuis quelques semaines, leurs mines fatiguées s’assombrissent.
« Ouvriers de l’ombre, je dirais même plus, les oubliés de l’ombre » commence une femme qui travaille au CHU depuis 13 ans. Pour 1400 euros nets, elle vient travailler de 17H à minuit dans les bureaux de l’hôpital. « Mais, on nous décale nos horaires afin de ne plus nous payer nos majorations de nuit. Alors, que nous devons travailler quand le personne n’est plus là, et que tout soit propre à leur arrivée. »
Elior a repris le 16 janvier dernier le service de nettoyage du CHU Gabriel Montpied, après un appel d’offre. « C’était les moins chers. Mais on comprend pourquoi. » Les CDD n’ont pas été renouvelés selon les salariés. Aucun remplacement n’est effectué en cas d’arrêt. « Ils ne paient pas la pause au CDD qui doivent faire en 6H30 ce qu’ils faisaient en 7H. »
Reprise du service de nettoyage par la société Elior.
52 petites mains s’affairent pourtant chaque jour pour tenter de laisser propre l’immense bâtiment. « Mais, ça devient impossible. » Nous explique l’une des cheffes de service. « Ca fait 20 ans que je travaille ici. Jen ‘ai jamais vu ça. Nos conditions de travail sont totalement dégradées. On nous demande de faire 23 pièces en plus. Nous devons déjà en effectuer entre 90 et 120 en 7 heures. »
Amandine*, doit avec ses camarades nettoyer bureaux de consultations, toilettes, mais aussi chambres de pneumologie ou centre d’hémodialyse. « Avant, nous n’entrions pas dans les services médicaux. Désormais, on nous demande de faire le travail des ASH qui ne sont pas remplacées. En fonction des lieux où nous allons , il faut une formation spéciale. Certaines, ici, ne sont pas formées en Bio-nettoyage, alors que c’est nécessaire pour travailler en milieu hospitalier. »
La boule au ventre
L’une des femmes nous accroche le bras : « Madame, j’adore mon métier, vraiment, mais depuis quelques semaines, j’y vais la boule au ventre. » Les cadences sont de plus en plus infernales : 2 minutes maximum pour nettoyer chaque toilette.
« Je reste pour le salaire. » Exprime une autre agente. « Avant, on avait le temps, et un peu la reconnaissance. Atalian, l’entreprise qui nous embauchait nous écoutait et nous respectait. Nous pouvions avoir un dialogue avec les chefs. Pendant le Covid, nous avions fait grève, et bien, ils étaient à nos côtés, nous soutenaient. »
Désormais, les salariées expriment leur peur de discuter avec les nouveaux responsables : « Ils nous intimident. On n’ose rien dire de peur de perdre notre travail. »
Pourtant, certaines se rebiffent, tant elles « ont honte de bosser là. » La dégradation est telle qu’elles ne parviennent pas à maintenir la propreté. « Je n’aimerais pas être hospitalisée, quand on voit que le nettoyage ne peut plus être parfaitement réalisé, qu’on ne s’étonne pas ensuite des problèmes sanitaires qui peuvent arriver dans les hôpitaux. »
Mise en danger des patient.e.s
De plus, les femmes réclament une meilleure reconnaissance. « Nous devons travailler en blouse. Ces derniers temps, la nuit, il fait -7. Certaines travaillent en extérieur, elles n’ont même pas le droit de mettre un pull. Une de nos camarades est malade depuis quelques jours car elle dû travailler en blouse avec ce froid. » Dénonce une responsable syndicale CGT.
Un autre jour, c’est une femme qui travaille de nuit, seule dans un bâtiment. Elle est tombée dans un trappe. « Elle nous a appelées, en panique, elle était dans le trou, et ne pouvait pas remonter seule. On devrait au moins être en binôme. » En rappelant qu’ « heureusement, elle avait son téléphone sur elle. »
Désormais, les agentes ont peur pour les frais de transport. « Nous avons une prime qui couvre nos déplacements pour venir travailler. Ils nous demandent de venir en tram, alors que certaines habitent à la campagne. »
Prime de transport et panier repas en suspens
Une jeune homme s’approche, il est en bionettoyage. « J’étais en CDD depuis 7 mois. Là, ils me reconduisent pour 3 semaines, et m’ont enlevé mon panier repas. Bon, mais je ne me plains pas. J’aimerais parler de ma mère qui est là. » Explique le jeune homme en montrant du doigt une femme blonde et apprêtée. « Elle finit tous les soirs à minuit. Rentre à la maison, du côté de Cébazat. Puis se lève à 6h pour préparer ma petite soeur pour l’école. Elle est mère célibataire. Elle quitte la maison à 16H. Ma mère est fatiguée, alors au moins qu’on la respecte et qu’on ne lui enlève pas le peu de petites avantages. »
Car des avantages, ces femmes en ont peu. Pas de 13eme mois, par exemple. « Les cadres les ont, pas nous. » Rectifie une des agentes. « Tu vois, on n’est vraiment mises à part. » Ose l’une d’elle avant de baisser la voix pour avouer : « De toutes façons, nous n’avions aucune considération dans la société, même le personnel du CHU ne nous dit pas bonjour. »
Personne ne nous dit bonjour
Autre sujet qui les angoisse : le respect du protocole. « Parfois, on nous a fait travailler avec de l’eau plutôt que du désinfectant. D’autres fois, on nous a demandé de laver le linge avec du savons à main. »
Un homme prend la parole. Depuis le début, il écoute ses consœurs. « Moi je gère l’auto-laveuse en extérieur. Une fois, on m’a demandé de la passer au bloc. C’est quand même un lieu sensé resté stérile. » Dénonce-t-il avant de poursuivre. « Une autre fois, on m’a fait laver les vitres dans les 2 salle de réveil. »
Une toute jeune femme s’approche. « Moi, je suis en CDD. On me demande de venir tous les soirs de 20H30 à 23H. Soit me déplacer pour 2H30, et un salaire de misère. Je ne suis même pas formée en bionettoyage alors que je travaille au centre de dialyse. »
Grève le 11 février
Pour toutes ces raisons, les agent.e.s d’entretien du CHU Gabriel Montpied seront en grève le 11 février. « Une journée sans ménage, ils comprendront peut-être que nous sommes utiles. On demande plus de reconnaissance et de meilleures conditions de travail. A force de répondre aux appels d’offre les plus bas, la direction du CHU met jusqu’à ses patients en danger. Nous faisons partie du bon fonctionnement de l’hôpital. Il faut quand même le rappeler. »