Quand Astérix nous avertit sur l’épuisement de l’eau

Les Avernes et l'eau des Volcans
Jeudi dernier, le collectif Eau Bien Commun 63 organisait un ciné-débat "Les Arvernes et l'eau des volcans", à l'espace multimédia, rue Léo Lagrange. Autour d'une vidéo ludique réalisée bénévolement par Médiacoop, le collectif a abordé le sujet de la préservation des ressources d'eau sur le département ainsi que leur juste répartition.

Dans la salle de projection, une quarantaine de personnes s’installent progressivement face à la scène où les intervenants du collectif Eau Bien Commun 63 se tiennent assis. Ces derniers, membres de plusieurs associations, se regroupent dans un collectif d’associations (Alternatiba, la confédération paysanne, Attac et France Nature Environnement). Parmi les spectateurs, beaucoup sont des agriculteurs, des maraîchers ou des éleveurs, mais aussi des élus de petites communes ainsi que de simples citoyens.

Un film ludique

Le ciné-débat débute bien sûr avec la visualisation du film réalisé bénévolement par Mediacoop. Ce petit court-métrage veut alerter sur la mainmise des grosses industries, mais de façon ludique : Il raconte l’histoire d’un village de Gaulois, les derniers à résister contre les « consortiums volcanus et limagrainicus qui s’accaparent l’eau des volcans au détriment de la population, des rivières et de leurs truites ! ». Pour se défendre face à ces consortiums, les gaulois des Arvernes décident de se réunir sur le plateau de Gergovie et d’inviter Astérix pour les aider. Après avoir fait la fête autour d’un feu de camp et avoir bu la potion magique d’Obélix, ils partent vaillamment en lutte pour récupérer leur bien commun : l’eau !

Guillaume Canet, grand absent !

Cette petite fiction a été réalisée alors que l’équipe de Guillaume Canet tournait sur le plateau de Gergovie le dernier Astérix qui sortira au cinéma, et qui a décliné l’invitation de faire une apparition dans le film.

Laurent, porte-parole du collectif et membre de la confédération paysanne prend alors la parole. « Le niveau de nos réserves d’eau dans la nappe des chaînes des Puys est historiquement bas depuis plus de 25 ans. Or un nouvel arrêté cadre sécheresse a été mis en place le 31 mars 2021. Et celui-ci nous pose problème. »

Et Volvic dans tout ça ?

Laurent poursuit, en expliquant que cet arrêté doit limiter la consommation d’eau des particuliers, des agriculteurs et des entreprises privées en cas de sécheresse. « Sauf que cet arrêté n’est pas conforme au code de l’Environnement ! Normalement les populations et la biodiversité sont prioritaires concernant l’accès à l’eau en cas de sécheresse. Ici, c’est l’inverse : le préfet exempte les sociétés comme Volvic qui continuent à prélever ce qu’ils veulent dans les nappes. Mais aussi les cultures industrielles, certains golfs… » s’insurge-t-il « Et aucune restriction n’a été émise sur le pompage des eaux souterraines à préserver. »

Recours en justice

Dans l’assemblée, certains s’étonnent, outrés de la situation. D’autres sont lassés et en colère, bien au fait de ce qu’il se passe depuis des années. « On a donc envoyé un recours gracieux, après la publication de l’arrêté. Comme vous le devinez, nous n’avons pas eu de réponse à ce jour. Nous allons donc devoir faire un recours contentieux pour que la justice tranche sur la question. » C’est pourquoi le collectif lance sa demande de financement participatif pour participer aux frais de justice.

Le 23 juin, le collectif a aussi envoyé un second courrier au préfet. Selon l’article 10 de l’arrêté de 2014, ce dernier peut limiter les prélèvements d’eau de Volvic. « On a constaté que la recharge des nappes de Volvic est en baisse de 30%. Nous lui avons donc demandé de réduire les prélèvements de Volvic à la hauteur de cette baisse. »

Pierre, de France Nature Environnement lance le débat : « Les agriculteurs qui sont limités en eau l’été ont trouvé un moyen de détourner ça. Ils stockent l’eau des rivières dans des bassines en hiver pour l’utiliser au printemps. Ça empêche l’eau d’aller à la biodiversité. » Jean-Paul, un agriculteur répond à cette affirmation. « Les agriculteurs ont bien compris le problème et ne sont pas pour faire des retenues. On ne veut pas non plus que des tuyaux aillent jusque dans l’Allier pour y puiser de l’eau, qui n’ira pas dans les nappes ! »

Gâchis d’un patrimoine commun

D’autant plus que ces tuyaux fuient, comme l’affirme Edouard : « Un litre d’eau sur trois n’arrive pas au consommateur. Ça représente 110 litres par secondes, il faudrait renforcer ces réseaux d’alimentation. » Mais pour François, géologue, ce n’est pas la solution. « Heureusement qu’il y a ces fuites, sinon cette eau ne reviendrait pas à la nature ! Il faut surtout revoir les produits qu’on cultive. Et prendre de réelles décisions politiques. C’est un problème d’éducation générale sur la consommation de l’eau. Regardez, il n’y a que 1 ou 2% de jeunes dans cette salle. » exprime-t-il, déçu.

Dans ce manque d’éducation générale, on retrouve alors l’argument des agriculteurs qui arrosent leurs champs en journée. « C’est un scandale quand on sait que l’on a une évaporation de 25% en période de canicule. » explique Pierre. La consommation d’eau des élevages, les piscines des particuliers et la neige artificielle, etc. ont aussi été montrés du doigt. Mais tous s’accordent à dire que « l’eau est non pas un bien commun, mais un patrimoine commun. C’est un droit pour les générations futures ! » comme l’exprime Philippe, juriste.

« Il est temps de consommer l’eau de vie auvergnate et boire moins d’eau ! » plaisante Jacky, d’Alternatiba.

Pour participer au financement participatif et participer aux frais de justice, contactez le collectif via eaubiencommun63@gmail.com

Et en exclu notre petit film !

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