À Orcet, une ZAD furtive contre la bétonnisation de la Vallée de l’Auzon

Ce week-end, plusieurs collectifs d’activistes ont occupé des terres menacées sur la commune d’Orcet. Plusieurs actions ont ponctué les différentes journées de mobilisation.

À peine 8 heures. Lundi matin. Ils sont déjà sur le pont depuis une demi-heure. Certains sur la route pour stopper les voitures et d’autres à la manœuvre pour faire signer la pétition. Ce sont les activistes du Camp climat furtif. Depuis samedi 8 heures, ils mènent une action de désobéissance civile. L’occupation a duré trois jours, jusqu’au lundi soir, afin de dénoncer un projet de bétonnisation à Orcet. Trois jours d’action sur lesquels on revient pour vous.

Contre l’artificialisation globale

À Orcet, le Plan d’Urbanisme Local et intercommunal de la Communauté de Communes Mond’Averne a la volonté d’entériner le reclassement de la zone naturelle de la rue des vergers. Plus de 2ha d’espace de biodiversité sont menacés par un projet de maison médicale, de commerces et de logements. Le chantier s’inscrit pourtant en contradiction avec les prescriptions du Schéma de Cohérence Territoriale.

« Ce projet de reclassement s’inscrit dans une logique d’étalement urbain alors que la destruction des espaces de vie représente aujourd’hui la première cause de chute de biodiversité. », indique les collectifs d’activistes. Sous leurs pieds, la zone à défendre comporte entre autres des terres arables, des espaces verts paysagers, cinq jardins familiaux, un verger, un champ de céréales, deux prairies en luzerne et un espace boisé.  

Face à la menace, trois structures ont pris la décision d’occuper les lieux. ANV-COP21, La Furtive (collectif local initié juste avant la crise covid pour se réapproprier des lieux) et Alternatiba se sont réunis derrière le collectif Stop Urba 63, branche de résistance locale. « Ce projet a été décidé sans réflexion sur la zone et sans concertation des habitants. », nous explique Grégoire, activiste.

En se mobilisant pour demander le retrait du reclassement de ces terres agricoles, le Camp Climat Auvergne prend une forme plus radicale en proposant d’allier la formation aux luttes pour l’écologie à la défense concrète et non violente d’un espace naturel menacé. « On veut l’arrêt de la conversion des terres en zone constructible. », résume Grégoire alors qu’il existe déjà une maison médicale à Orcet qui pourrait être agrandie et plusieurs commerces au centre du bourg.

Autonome et furtive

Cette ZAD, dès le départ, était vouée à disparaître. Prévue pour trois jours, les activistes ont gardé son lieu secret jusqu’au dernier moment pour garantir une marge de manœuvre. L’occupation du lieu et la vie quotidienne du camp ont été organisées collectivement et de manière autogérée. Les activistes et participants ont pu assister à de nombreuses formations collectives, à des temps de débats et d’échanges ainsi qu’à des actions de désobéissance civile non-violente visant à sensibiliser la population locale aux enjeux du projet. Très organisée, l’occupation s’est vue gérée par un collectif dont les rôles étaient clairement définis. Peacekeeper, médiactivistes, bloqueurs, contacts presse, contacts police : près de 80 personnes ont participé à l’action.

Marquer les esprits

Le but de l’action : sensibiliser un maximum de personnes. « Et occuper les terres pour que les habitants prennent conscience des risques et former les personnes sous forme de camp climat à l’action non violente. », confie indique Grégoire.

À l’entrée du camp, un module d’accueil permet de rappeler les règles à chacun. Le déroulé de la journée est également disponible. Chaque après-midi, une séance plénière donne l’occasion de parler des grandes orientations. Au programme : des formations à l’action non violente, pour les excursions collage d’affiches, à la technique de blocage, au peacekeeping… Sur le planning spontané, on annonce un atelier d’écriture de discours, un café rural, un solo de clown, un spectacle de marionnettes, un concert, du jardinage, et des constructions de nichoirs avec la LPO.

Dimanche, une manifestation était organisée à partir de 10 heures au départ de la place du village. Près de 200 personnes y ont assisté. Le maire s’est déplacé pour exprimer son mécontentement face à l’occupation, le premier jour de la mobilisation.

Crédit : Stop Urba 63
Barrage filtrant

Sans grande surprise, la circulation est plutôt dense ce lundi. Dès 7h30, les militants mettent en place un barrage filtrant sur la route qui longe le camp. En arrêtant les automobilistes, les activistes cherchent à partager au plus grand nombre la menace que représente le projet.

L’objectif de cette action est de récolter un maximum de signatures pour la pétition afin de faire pression sur les élus locaux et d’initier un échange entre pouvoirs publics et citoyens. Peacekeeper, équipe circulation, équipe pétition, contact presse, contact police : tout est rodé. La vingtaine d’activistes opère, réglée comme du papier à musique.

Si peu de personnes refusent de signer ou de tendre l’oreille, l’opération n’en aurait pas été une sans au moins un petit refus. Ou plutôt un gros refus. Un refus plein de colère, d’agressivité, d’irrespect, de manque de considération. « Vous ne savez pas qui je suis ! », lance la dame qui arrête finalement sa voiture. « Je bosse, je paie mes impôts, je ne me branle pas les couilles moi ! », continue cette dernière, sortie de son véhicule et dont les gestes sont virulents à l’égard des activistes. Une dernière insulte est lancée, en direction d’une militante. La conductrice s’en va.

Le bilan reste tout de même très positif. La grande majorité des personnes a semblé très réceptives. « Le but, c’est que ça se passe bien, on n’arrête pas les gens plus de 2 minutes. », explique Grégoire. Pendant le débriefing, les militants organisent un cercle de parole. Ces derniers ont recueilli plus de 70 signatures en une heure. « La plupart des gens étaient soit déjà au courant soit avaient déjà signé. Ça montre que notre action a bien fonctionné mais surtout que la grande majorité des gens est contre ce projet. », constate une activiste.

« Rester ici coûte que coûte »

Face au mouvement global d’artificialisation des terres, le but était de rester coûte que coûte sur la zone à défendre et d’étendre le processus là où des risques sont présents. Bien que la mobilisation ne se soit déroulée que sur trois jours, les collectifs ont voulu laisser une trace de leur passage. Un panneau d’affichage citoyen pour la biodiversité et les villages vivants ainsi que des espaces de culture partagés ont été inaugurés le dimanche en présence de plus de 200 personnes. Les collectifs ont demandé au maire, à travers une lettre, le maintien des installations offertes à la commune. La pétition pour l’annulation du projet à Orcet est présente physiquement dans les commerces du territoire ou en ligne sur : https://agir.greenvoice.fr/petitions/stop-au-projet-de-classement-de-22-300-m2-en-zone-a-urbaniser-a-orcet

Nos actionnaires, c'est vous.

Aidez-nous à rester gratuit, indépendant et sans pub :

2 réflexions sur “À Orcet, une ZAD furtive contre la bétonnisation de la Vallée de l’Auzon”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.