Lorsqu’elle arrive aux Vergnes, Omayma a tout juste un an. Depuis, elle y a appris à marcher, y a grandi, été à l’école, passé son adolescence. Aujourd’hui, elle a 24 ans et travaille dans l’immobilier. Elle vit toujours dans le même quartier. Les Vergnes, les « quartiers nord ». Ça n’a pas bonne réputation.
C’est ça qui embête Omayma. Elle aimerait que tout le monde voit le quartier comme le voient ses habitants, avec des bas certes, mais aussi avec des hauts. Qu’on en parle pas comme d’une zone déserte où sévissent violence et misère ou comme si c’était le bout du monde. Pour ça, quel meilleur moyen que de prendre la caméra et de la pointer sur ceux qui vivent là, depuis quelques temps ou depuis toujours ?
L’autre côté, Istanbul, les résidences et le quartier
En tram, 35 minutes nous séparent de la Place de Jaude. Nous sommes dans le quartier le plus au nord de Clermont. La construction a débuté à la fin des années 1960 avec la volonté du maire de l’époque, Gabriel Montpied, de permettre à la population de s’accroitre. Dans les années 70, cela permet aussi d’accueillir de nombreux immigrés, leurs familles et leur force de travail. Le quartier est entouré de verdure. À l’époque, c’est bien mieux que certains quartiers Michelin.
Aujourd’hui, Les Vergnes c’est l’arrêt de tram, sorte de centre avec la place des Droits de l’Homme et le Château, on appelle ça « le quartier ». Ensuite, il y a un peu plus loin « Istanbul » et « Les résidences ». Enfin, la dernière partie, c’est ce qu’il y a de l’autre côté de la route et que les habitants appellent tout simplement « De l’autre côté de la route ».
Omayma a constaté beaucoup de départs ces dernières années. « C’est hyper triste et ça divise. », remarque-t-elle. Contre cet exode de certains habitants, elle a eu envie de montrer un autre visage des Vergnes. Celui de son enfance et de sa jeune vie d’adulte.
Les moyens du bord
Dans la vie, la jeune femme est dans l’immobilier. À côté de ça, elle a aussi la passion de l’écriture et du cinéma. Omayma est une touche à tout. En janvier 2022, elle fonde l’association Wake Up pour développer des actions sportives et culturelles pour un public varié partout dans la ville. Lorsque nous la rencontrons, elle revient tout juste d’un voyage humanitaire au Maroc et s’apprête à organiser un combat de boxe.
Avec son association, elle répond à un appel à projet sur le thème de la mémoire. « C’est quelque chose qui m’a parlé tout de suite. », explique cette dernière. Au départ, elle travaille seule et s’aide des quelques financements obtenus de la part de collectivités. Elle prépare ses interviews, ses scripts, va aux archives. Puis ALIAS, un ami vidéaste la rejoint dans l’aventure. « On a fait à deux un boulot de 10 personnes. », lance fièrement Omyama. Le film a été réalisé en 6 mois. Et si au départ, les gens étaient craintifs de la caméra, « Maintenant que la bande-annonce est sur Allociné, tous les gens que je croise veulent absolument être dans le film, mais c’est trop tard. », s’amuse Omayma.
Un certain regard
« J’avais besoin de laisser s’exprimer ce quartier. De faire entendre la voix des habitants. Ici, on est au terminus, il y a plein d’a priori… Quand je dis que je viens du Château des Vergnes, je vois le regard des gens. On est des jeunes de quartier, avec des origines donc on part avec un double handicap. Il faut donc se battre 3 fois plus. Moi, je ne parle pas dans le film, la parole, c’est pour les autres. », confie la réalisatrice.
Ici, selon elle, les habitants sont oubliés. Par exemple, en 2013, le tram arrive 7 ans après le reste de la ville. « C’est le comité de quartier qui a dû se battre. », explique la jeune femme. Avec son indexe, elle pointe les alentours. « Regarde, la jeunesse est posée là. Personne ne s’en soucie. Avant, ce n’était pas comme ça. ». Elle commence un inventaire : « Ça c’est le centre commercial. Le Turc là, il a fermé. Ici, ce sont des locaux vides que des jeunes aimeraient utiliser. On n’a même pas de cabinet médical. ».

Omayma a rencontré le maire Olivier Bianchi. Ce dernier a soutenu sa démarche et a accepté de discuter de toutes ces réalités. Elle relativise. « C’est un quartier oublié mais au grand cœur. Tout ce que j’ai appris, je l’ai appris ici.»
« Ce film, il n’est pas pour les habitants des Vergnes »
Dans le documentaire, on retrouve des figures du quartier, des jeunes, des vieux, des associations, la solidarité, la joie. Mais pour Omayma, la suite est claire. Il n’y aura pas de projections de quartier tout de suite. « J’avais besoin de casser les codes. Ce film, il n’est pas pour les habitants des Vergnes. Il est fait par eux mais je veux aussi que les autres le voient, les gens d’ailleurs. ».
Une projection aura lieu demain, vendredi 6 octobre à 18h30 au CGR Val ARENA. Une autre date pourrait être annoncée prochainement.