« L’affaire de l’amiante, ce n’est pas fini »

A l'occasion de la 26eme Assemblée Générale du CAPER, nous avons rencontré Josette Roudaire, présidente de la première association ouvrière qui lutte contre l'amiante. Elle nous a rappelé combien l'amiante était encore d'actualité.

Assise derrière son bureau, logé à la maison du peuple, Josette téléphone à Maître Lafforgue, pour obtenir un référé dans une affaire qui ne doit pas traîner. « On a une collègue qui a bossé à Amisol avec nous, après deux cancers du sein, on vient de lui déclarer un mésothéliome. » Le mésothéliome est une tumeur maligne qui affecte les cellules du mésothelium, membrane protectrice qui recouvre les organes internes tels la plèvre ou le péritoine. La principale cause de cette affection est l’exposition à l’amiante.

« Toutes les personnes qui ont travaillé à Amisol sont malades à cause de l’amiante. Ca va des plaques pleurales au cancer malheureusement. Personne n’a été épargné. » Explique Josette, ancienne salariée de l’usine clermontoise de tissage de l’amiante.

Amisol, 271 ouvrières touchées par l’amiante

L’entreprise a décidé de fermer en 1974, alors que même les syndicats patronaux en faveur de l’amiante dénoncent une attitude scandaleuse de l’employeur qui ne prenait aucune précaution pour ses salariés. Rapidement, les ouvrières font bloc, d’abord contre la fermeture de leur usine, puis, après leur rencontre avec Henri Pezerat (1), contre la non-protection de leur santé. Un combat qui sera long et dont le CAPER (Comité Amiante Prévenir et Réparer) clermontois sera un symbole.

l’amiante interdite en 1997 fait toujours 3000 morts par an

En 1997, l’utilisation de l’amiante sera interdite. Pourtant, les appels et les recours en justice font légion dans le bureau de Josette. « Les fibres d’amiante dans les poumons peuvent se développer parfois 30 ans après. Et certes, on n’a plus le droit d’utiliser l’amiante dans les nouveau bâtiments; certes, on désamiante parfois, mais il reste de l’amiante dans de nombreuses structures. Des gens continuent d’en mourir. » Alerte Josette.

Lors de l’Assemblée Générale, une soixantaine de personnes était présente, toutes victimes de l’amiante. « Nous avons 200 adhérents, tous touchés par l’amiante. » Rajoute la présidente qui se bat chaque jour pur faire reconnaître chaque cancer ou affection comme maladie professionnelle.

Combat pour la reconnaissance de maladie professionnelle

Concernant sa copine Jacqueline, l’histoire lui tient à coeur. « Elle a 70 balais, vient d’Amisol, et tu sais, un jour je l’appelle et je l’entends me dire qu’elle fait des travaux dans la maison pour la laisser propre aux enfants après son départ. Alors, je me suis dit, il faut qu’on accélère les choses d’un point de vue juridique, pour qu’elle puisse partir paisiblement, parce que là, elle ne peut pas reporter. » En référé, elle pourrait alors obtenir une avance sur son indemnisation de reconnaissance de préjudice. «  A Amisol, on a toutes été reconnues maladies professionnelles. » Les indemnités ne valent pas une vie mais permettent quelques travaux dans une maison.

L’amiante, un problème de lutte des classes

Pour Josette Roudaire, cette histoire de l’amiante, ça en dit long sur la lutte des classes. « Nous n’étions que des ouvriers. Nous n’avions pas de valeurs. Nous étions 271 à Amisol, de la main d’oeuvre. La vie des ouvriers ne comptait pas, on ne prenait aucune précaution pour nous. Nos morts n’ont pas été célébrés aux Invalides » Enrage-t-elle. « Tiens, écris-le ça, j’appelle ça du terrorisme patronal, et les chefs crient « CAC 40 avant de nous assassiner. » »

80 kilos d’amiante par personne en France

Le combat mené par Josette a pourtant porté ses fruits. Grâce à l’intervention d’Henri Pezerat et sa démonstration de la mortalité de l’amiante, on ne peut plus utiliser d’amiante. « C’est vrai qu’on a changé d’époque, je ne peux pas le nier, mais combien de morts au travail encore? Et n’oublions pas que l’amiante c’est encore 3000 morts par an en France… »

Josette raconte alors l’histoire récente de cet homme venu chercher du réconfort, car sa femme venait de mourir à 52 ans d’un cancer de la plèvre. « Ils ont vécu 25 ans dans un HLM plein d’amiante. »

Il faut savoir qu’il y a eu jusqu’à 80 kg d’amiante par habitant. « Alors oui, on désamiante parfois, mais il reste de l’amiante partout, et il suffit d’un trou pour qu’il s’évapore jusqu’à nos poumons. »

« On en meurt encore beaucoup trop »

Josette s’interroge aussi sur la santé des ouvriers du désamiantage. « Comme c’est une bombe à retardement, on le saura plus tard. Mais ce qu’il est important de dire, c’est que l’amiante est toujours d’actualité, on en meurt encore beaucoup trop, et peu de gens savent qu’ils sont malades de ça. On ne leur dit pas qu’un cancer de la plèvre est exclusivement causé par l’amiante et peut donc être reconnu maladie professionnelle. Parce qu’en plus, on cherche à faire des économies sur les ouvriers… »

Quant à Jacqueline, elle pourra se présenter le 18 novembre au tribunal pour le jugement de la reconnaissance du préjudice moral. « Quand on a un mésotheliome, on sait qu’on n’a plus de temps à perdre, et je voudrais juste qu’elle puisse mettre sa maison en ordre avant son départ. Ca lui tient tellement à coeur. »

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