À Vichy, un collectif pour sauver les arbres du Parc des Sources.

Il y a quelques mois, les grandes lignes du réaménagement de l’historique Parc des Sources à Vichy ont été dévoilées. Face au risque d’abattage de nombreux arbres, un collectif s’est formé pour défendre la biodiversité du parc et sensibiliser la population.

Vichy, son histoire, son eau et… ses arbres. Notamment ceux du Parc des Sources, lieu historique qui connaitra bientôt des réaménagements d’ampleur. Au programme : jardin des sens, roseraie ou pas moins de 11 fontaines jaillissantes. Le tout redonnera des allures romantiques au poumon vert de Vichy pour un coût de 32 millions d’euros. Les travaux devraient être terminés en 2025.

Dans le cœur des Vichyssois

Le Parc des Sources est l’un des plus anciens de Vichy. Imaginé dès 1730, c’est Napoléon Ier qui décrète l’achèvement de la promenade dans les années 1810. À la Belle-Époque, on se promène le long de l’allée centrale, on s’y raconte des potins, on va faire sa cure, on se détend sur les chaises longues… Le soir, place au Grand Casino. C’est le réaménagement de 1928 qui a donné au parc sa physionomie actuelle et a renforcé la présence des marronniers et des platanes en remplacement des tilleuls et des ormes. « C’est vraiment quelque chose auquel les Vichyssois sont attachés. », résume Brigitte, habitante et membre du collectif « Parc des Sources ». Le site est (rien que ça) classé aux Monuments Historiques, au Patrimoine Mondial de l’UNESCO et Site Patrimonial Remarquable. Pour autant, les derniers travaux majeurs datent des années 30. Mais ça ne sera bientôt plus le cas.

La canopée dans le viseur

Il y a d’abord eu des opérations de communication puis une grande réunion publique au début du mois de septembre « pour projeter des visuels, des infographies… », précise Brigitte. Ce jour-là, elle était présente. « Le maire appelle ça la renaissance du Parc des Sources. Il a annoncé des fontaines, une fausse rivière, quelques arbres un peu taillés… Il y a eu simplement une ou deux questions sur la circulation automobile mais pas plus. ».

Aujourd’hui, le discours a changé. L’addition risque d’être beaucoup plus salée pour les arbres du parc. « Vers mi-novembre, on a appris par le biais d’une pétition que 506 arbres allaient être abattus. », indique Brigitte. Parmi eux, de nombreux marronniers par exemple, présentant des niches écologiques.

« Ce n’est pas possible d’abattre une quantité pareille. Un arbre, ce n’est pas un objet, c’est un être qui vit, qui grandit. Pour être aussi grand que ceux-là, il faut au moins 100 ans. Et puis ça permet un couvert végétal avec une ombre bienfaitrice, surtout quand on connaît les périodes de canicule ». Pour le jeune collectif, les conséquences sont nombreuses. Si les arbres centenaires font partie du patrimoine de la ville, ils représentent aussi une véritable canopée dans le parc et un coin de fraîcheur nécessaire lors des périodes chaudes de l’année. Surtout, un rapport de la Mission Régionale d’Autorité Environnementale souligne la présence d’une forte biodiversité et d’au moins 34 espèces protégées d’oiseaux. Un détail qui nécessitera donc des autorisations spéciales pour mener l’ensemble des travaux souhaités. « On essaie d’informer les gens au maximum car malgré les interdictions, beaucoup de mairies ne respectent pas la loi. », explique Brigitte.

Remuer ciel et terre, est-ce vraiment nécessaire ?

« Un jour, nous avons vu le maire au parc. Il est venu nous dire que beaucoup plus d’arbres devaient être coupés et que grâce à lui, il y en avait moins. Mais les chiffres changent d’un moment à l’autre, il y a des informations et des contre-informations, il dit que les discussions sont verrouillées puis ouvertes. », alerte la membre du collectif.

Mais dans tous les cas, une question se pose. Ces arbres doivent-ils être abattus ? Pas selon plusieurs diagnostics que s’est procuré le collectif grâce à l’appui du Groupement National de Surveillance des Arbres. Les bilans phytosanitaires montrent que rien ne justifie l’ampleur de l’abattage prévu. En effet, 92% des arbres ne présentent aucun signe de dépérissement. 13 fragilisés ont déjà été abattus en novembre 2022.

Une contestation à plusieurs branches

Très rapidement, le collectif « Parc des Sources » s’est donc crée. En parallèle, les mêmes membres ont constitué une branche locale du Groupe National de Surveillance des Arbres. Le GNSA est une organisation pour la préservation de l’environnement créé en 2019 par le grimpeur-arboriste Thomas Brail en réaction à des projets d’aménagement entrainant la destruction d’arbres pourtant sains et protégés.  Un réseau de citoyens s’est alors développé, notamment suite à l’action de Thomas Brail, perché 28 jours dans un platane face au Ministère de la Transition Écologique à Paris. Depuis l’été 2020, le GNSA est devenu une association nationale rassemblant plus de 50 antennes en France.  « On ne sait pas vraiment combien on est. Tous les jours, des demandes arrivent. On n’a même pas le temps d’accueillir tout le monde. », se réjouit Brigitte. Le collectif a également reçu le soutien de A.R.B.R.E.S (Arbres Remarquables : bilan, recherche, études, sauvegarde).

GNSA
Sensibiliser les citoyens

Hier, une réunion publique avait lieu à La Mutualité en présence de Thomas Brail, Fondateur du GNSA. Ce dernier a pu examiner les arbres menacés avant la projection de son film « Dans la Canopée ». Actuellement, une pétition « Sauvons le Parc des Sources » circule et réunit plus de 15 000 signatures. Elle demande au maire de Vichy Frédéric Aguilera de produire des justifications quant à son projet. Le collectif dont est membre Brigitte rassemble de plus en plus de monde. « Les gens ont besoin de se sentir écoutés et surtout, d’avoir des informations sur ce genre de projets. », explique-t-elle.

Bientôt, une enquête publique devrait démarrer et durera un mois. Toute personne souhaitant donner son avis pourra le faire via différents biais. « Nous voulons prendre contact avec le maire pour parler d’éventuels solutions avec lui. On est pour la rénovation mais pas en coupant tous ces arbres et en mettant en péril tous ces animaux. La question n’est pas de remettre en cause la restauration du Parc des Sources, mais qu’elle soit effectuée dans le respect de la biodiversité.». Nous avons de notre côté contacté la mairie et attendons actuellement une réponse.

Nos actionnaires, c'est vous.

Aidez-nous à rester gratuit, indépendant et sans pub :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

nos derniers articles
Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.