Transports gratuits: une idée payante ?

Jeudi 2 juin, un débat était organisé au bar des Beaux-Arts par le PCF63. Si les candidats LR Sébastien Galpier et Renaissance Valérie Thomas de la 1ère circonscription ont été conviés, seule la représentante de la NUPES a rencontré deux auteurs spécialistes du sujet. L’occasion d’un débat riche et fondamental pour les citoyens.

La campagne des législatives bat son plein. Comme lors des précédentes élections, le PCF Clermont-Ferrand et les Jeunes Communistes 63 organisent des débats en plein air sur des sujets d’actualité et de société. Jeudi dernier, c’est le thème des transports publics gratuits qui était discuté sur la terrasse du bar des Beaux-Arts.

À Clermont-Ferrand, une expérimentation de la gratuité les week-end sur les services du réseau T2C a commencé le 4 décembre 2021. Le test doit s’étendre sur deux ans avant que le dispositif ne soit stoppé, aménagé ou étendu.

Mais étendre la gratuité ou la rendre totale est-il possible ? Est-ce au moins souhaitable ? Surtout, quelles-sont les principales idées reçues sur la gratuité des transports ? Pas facile de s’y retrouver. Dans l’ambiance pluvieuse de la terrasse pas moins animée, la rencontre du soir a tenté d’apporter matière à réflexion.

Autour de la table donc, Marianne Maximi, candidate de la gauche rassemblée aux législatives pour la 1ère circonscription du Puy-de-Dôme. Au micro pour animer l’échange, l’adjoint aux Transports à la mairie de Clermont Cyril Cineux. À leurs côtés, deux spécialistes de l’Observatoire des villes du transport gratuit, Arnaud Passalacqua, ingénieur et historien des transports urbains et Claire-Marine Javary, chargée d’études chez Forum Vies Mobiles. Ces derniers signent ensemble La gratuité des transports : une idée payante ? aux éditions Le Bord de l’Eau.

Comprendre et informer

« Avec l’Observatoire, on souhaite documenter pour donner à comprendre ces politiques de gratuité et ne pas seulement le faire du point de vue financier. Il s’agit de fournir de l’information pour le débat public. », expliquait Arnaud Passalacqua en introduction.

Comme l’explique le livre, après Châteauroux, entre autres, Dunkerque, Niort ou encore Calais ont rejoint le club des villes du transport gratuit. Le dispositif est à la mode. Montpellier devrait être la toute première métropole à passer le cap en 2023. Celle de Clermont n’en est encore qu’à la gratuité le week-end. Actuellement, 36 villes françaises pratiquent une forme de gratuité totale de leur réseau de transport en commun soit la gratuité effective tous les jours de la semaine, pour toutes et tous, sans critère d’âge, de lieu de résidence ou de situation financière.

Victime, comme tant d’autres idées, de stéréotypes et de désinformation, la gratuité des transports passionne les débats. C’est ici qu’intervient l’Observatoire des villes du transport gratuit qui a, à travers son livre, déconstruit les idées reçues.

La chasse aux idées reçues

Depuis les premières villes à transports gratuits dans les années 1970, les idées reçues s’installent dans le débat. Si le livre en détricote de nombreuses, les deux spécialistes en ont choisi quelques-unes pour démonstration. D’abord, l’idée du « rien n’est jamais gratuit ». Pour beaucoup, les transports ont forcément un coût, visible directement ou pas. Pour d’autres, gratuité rime avec abandon de l’entretien du réseau. « Le mot Gratuité pose souvent problème à la base. », explique Arnaud Passalacqua. Certains avancent l’argument de la fin de la marche à pied et d’autre, celui de la délinquance accrue dans les rames du bus ou du tram.

« Avec la gratuité le week-end, il n’y a pas plus de délinquance, on voit qu’il y a de nouveaux publics, qu’il y a plus de monde. », affirme un chauffeur T2C, présent au débat.

Secteur précis, vision générale

Après les prises de parole, place au débat. S’il part des transports gratuits, il se généralise très rapidement. En effet, le thème de la soirée est facilement rattaché à la notion de service public. On parle aussi du contexte actuel et de l’augmentation des énergies et de la vie. Rendre les transports accessibles est aussi un moyen de lutter contre les inégalités et de faire un pas de plus vers une écologie populaire. Rappelons que 60% des déplacements de moins de 2km se font actuellement en voiture. « La question des services publics, il faut la remettre au cœur de notre pays. », déclare Marianne Maximi.  Pour elle, c’est par la loi, et donc les élections législatives que le changement s’amorcera.

Un participant prend le micro. Sa question concerne la prise en compte des personnes à mobilités réduites. « C’est compliqué d’aller faire biper son pass dans le bus ou d’entrer dans le tram aux heures de pointes lorsqu’on est en fauteuil. », explique ce dernier à l’adjoint aux Transports. « Pour les bus et le tram, plus de 80% des lignes sont accessibles. Mais c’est un travail perpétuel. », répond l’élu.

Enfin, la problématique des quartiers populaires est abordée. Celles de l’égalité et de l’emploi par la même occasion. À Vitré, près de Rennes, les transports sont gratuits depuis 2001. La ville compte parmi les communes avec le taux de chômage le plus faible du pays, rappelaient les deux spécialistes.

A Clermont-Ferrand, l’expérimentation de deux ans « permettra d’avoir les éléments du débat pour une gratuité totale après restauration du réseau. », conclut Cyril Cineux. En attendant, la candidate NUPES aimerait que des pistes soient exploitées comme l’allongement de la gratuité aux adultes accompagnant des enfants de moins de six ans qui eux, ne paient pas mais doivent forcément être accompagnés pour se déplacer. Dans tous les cas, de nombreux citoyens attendent une politique ambitieuse en termes de transports publics et de droit à la mobilité.

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1 réflexion sur “Transports gratuits: une idée payante ?”

  1. bonjour,
    la question de la mobilité renvoie aussi aux impératifs de la stratégie bas carbone en France qui dit en gros dans 15 ans ; plus de vente de voitures consommant des carburants fossiles. Pour réduire les GES et les impacts sur la santé.
    Mais qui pourra acheter un véhicule électrique à 40 000 euros ?
    La mobilité est bien un droit depuis la loi dite LOM. Alors, comment proposer un service public à tous et un service avec de hautes prestations ?
    La gratuité semble contrarier les élus cités mais il faut savoir que la mobilité est déjà financée par le citoyen et les salariés : « Pour financer leurs projets et services de mobilité, les AOM peuvent tout d’abord avoir recours au versement mobilité, le VM, qu’on appelait jusqu’à récemment le VT, versement transport. C’est une contribution due par les employeurs privés et publics qui emploient plus de 11 salariés et sont situés sur le ressort territorial de l’AOM. Le versement mobilité représente une part essentielle des recettes des AOM : en 2013, ce qu’on appelait alors le Versement Transport a ainsi généré 7 milliards d’euros, soit 44% des dépenses globales de transport urbain en province.  » (in Centre national de la fonction publique territoriale, mars 2020).
    Avec 7 milliards on peut en effet assurer la gratuité de ce qui est déjà financé mais il faut le savoir et pousser les acteurs politiques à se saisir de ces recettes. Le président de la région AURA avec l’aide du département a par contre remis en service la ligne aérienne Aunat Orly, pour quelques dizaines de privilégiés obligés d’aller travailler à Paris tous les jours et pour quelques dizaines de millions d’euros, qui n’iront pas au service public des transports clermontois.
    Et pour les ruraux qui ne sont pas desservis par des transports collectifs, qui paiera les véhicules propres ? C’est le moment de se pencher sur des solutions de financement conditionnel et public. Sinon à quoi çà sert d’aller vers des volumes de production énormes – 32 millions de voitures individuelles en France en 2022.
    Charlie (Collectif citoyen sur la mobilité).

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