Gaza : des balles israéliennes au ballon rond

Pour clôturer le festival régional du film palestinien, une projection était organisée à la Maison de l’Oradou jeudi 30 septembre. Le réalisateur Iyad Alasttal accompagné du président de l’association des footballeurs amputés de Gaza et d’un joueur a présenté le film Gaza balle au pied.

La 6ème édition de Palestine en vue, festival régional du film palestinien dans la région s’est tenue du 21 au 29 septembre. Cette année, le rendez-vous avait une saveur particulière. Alors que le festival touchait à sa fin, une projection événement a clôturé la semaine.

Dans le cadre de sa tournée française organisée dans 28 villes du pays par l’AFPS et d’autres associations, le film Gaza balle au pied était présenté jeudi 30 septembre à Clermont-Ferrand. En dignes représentants, son réalisateur Iyad Alasttal, le président de l’association des footballeurs amputés de Gaza et le joueur Naji Naji sillonnent le pays pour raconter leur histoire et celles de leurs coéquipiers.

À Gaza, l’enfer du retour

« Je discute presque tous les jours avec les soldats ; hier, l’un d’entre eux m’a dit que ses ordres étaient de tirer dans les genoux des enfants s’il se sentait menacé. » La réponse : « Comme ça, on ne les tue pas, ils ne deviennent pas des martyrs pour leurs copains mais ils ne pourront plus jamais marcher, ça dissuadera les autres de jeter des pierres ».

Ces propos sont tirés du livre de Corinne et Laurent Mérer « S’ils se taisent, les pierres crieront… Trois mois en Palestine au service de la paix », écrit après un séjour en 2016. Deux ans plus tard, lors des Grandes Marches du retour à Gaza, cette stratégie a été appliquée faisant des dizaines d’handicapés à vie. Loin de se laisser abattre, les victimes font preuve d’une résilience et d’une résistance à toute épreuve. C’est le cas de nombreux sportifs, footballeurs notamment.

Le sport pour continuer à vivre

Ici, il y a des accidentés, des malades et puis des victimes des frappes israéliennes. En tout, 120 footballeurs amputés, adultes ou enfants. Fouad Abou Ghalion a crée l’association en 2018 « car le sport ramène les sportifs handicapés vers des bonnes conditions de vie. », explique-t-il. Aujourd’hui, son effectif compte cinq équipes qui s’entraînent dur pour représenter la Palestine dans différents championnats.

Ces équipes et leurs joueurs, le réalisateur Iyad Alasttal a tout de suite voulu les filmer. Ce qui donne une œuvre documentaire brillante et pleine de sens que le public clermontois a pu découvrir jeudi. Nous, on est arrivés un peu en avance. On voulait discuter avec les trois gazaouis qui avaient plein de choses à nous dire.

« Je veux influencer les autres« 

Dans la petite pièce qui précède la salle de projection, les trois hommes discutent sereinement. L’exercice, ils le connaissent. Ils arrivent bientôt au bout de la tournée de Gaza balle au pied. Pourtant, aucun signe de lassitude dans leur voix. Parler de la situation de leur pays et de leur histoire est bien trop important. Iyad, le réalisateur traduit.

C’est avec Fouad que nous commençons à discuter. Le président de l’association des footballeurs amputés est aussi membre de la Commission Paralympique de Palestine. Fonder l’association, il l’a vu comme une nécessité lorsque la situation a empiré dans sa région. À côté de lui, Naji Naji. Le regard franc, le joueur doit avoisiner le mètre 90. « En 2007, j’avais 15 ans. Il y a eu des bombardements près de ma maison et j’ai perdu ma jambe. Grâce à ma prothèse, j’ai pu continuer mes études et ma vie », explique ce dernier. Représentant de l’union des handicapés à Gaza, il a récemment fondé l’équipe des cyclistes amputés. 

« La meilleure façon de continuer à profiter, c’est de pratiquer le sport. C’est un moyen de s’intégrer dans la société. Je veux influencer les autres handicapés et toutes les personnes en général. Il ne faut pas se plaindre devant les difficultés, les défis et ne pas rester dans sa solitude », confie Naji.

Gaza balle au pied, Iyad caméra au poing

En 2019, l’équipe de foot de Gaza est invitée par le Collectif Palestine de Martigues à jouer contre l’équipe de France de footballeurs amputés. Iyad entend parler de l’événement à venir et, admiratif des joueurs, il décide de les suivre dans leur préparation et leur voyage en France. « J’ai été touché par leur détermination », avoue le cinéaste-journaliste. Grâce à une bourse lui permettant d’étudier le cinéma en Corse, ce dernier est devenu en quelques années un acteur primordial du reportage à Gaza.

Son premier film compare les vies de deux pêcheurs sur la même mer mais avec un quotidien très différent, l’un à Ajaccio et l’autre à Gaza.  En 2016, il suit une conductrice de bus. En 2019, « Razan, une trace de papillon » revient sur les derniers jours d’une infirmière tuée en soignant des blessés lors de la Marche du retour.

Gaza stories

L’horreur, il l’a souvent filmée. Mais la vie de Gaza ne se résume pas qu’à ça. C’est ce qui motive Iyad à publier depuis quelques temps Gaza stories, mini-documentaire hebdomadaire. « Le but, c’est de montrer le vrai visage, le visage positif de Gaza ». Avant la projection du film, le réalisateur nous montre quelques extraits. On y croise la route d’un professeur de danse et de cultivateurs d’olives. Des marionnettistes sont abattus après le bombardement de leur théâtre puis les gros plans sur les bâtisses historiques rappellent l’aspect tragique des frappes sur la ville.

Un film comme un tir en pleine lucarne

« J’ai pu faire plus de connaissances avec les militants et les gens solidaires de la cause palestinienne et m’ouvrir un horizon pour pouvoir parler de la situation de Gaza. Mes coéquipiers attendent beaucoup de cette visite. Ils veulent créer des partenariats ici en France et partout ailleurs », nous explique Naji. Pour lui et ses deux camarades, la tournée à commencé le 21 septembre et s’achèvera à la fin du mois.

Gaza balle au pied a déjà obtenu trois prix. Des récompenses qui soulignent un travail nécessaire. Sur fond d’un contexte politique périlleux, ces jeunes footballeurs amputés nous donnent une leçon de vie, de résilience et d’espoir.

Au début du film, ils sont sur les toits, devant leurs pigeonniers. À la fin, ce sont des rois couronnés sur le terrain. On fait presque partie de l’équipe. Gaza balle au pied est immersif. On ne peut pas se mettre à leur place mais on goûte à une infime partie de leur détermination immense de Gaza à Martigues.

Écran noir, applaudissements. Après la projection, le public est invité à une discussion-débat sur la vie à Gaza, le parcours des héros du film, le sport et le handicap. Une table de presse a été aménagée pour fournir de la documentation mais aussi pour récolter des dons et des soutiens.

En France, la tournée se poursuit jusqu’au 25 octobre. Le combat d’Iyad, de Fouad et de Naji, lui, durera bien au-delà.  

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