Camaïeu ou l’escroquerie légale ?

Ce matin, à la maison du Peuple de Clermont-Ferrand, avait lieu l'Assemblée Générale des salarié-e-s de Camaïeu. 26 employé-e-s seront licencié-e-s dans le Puy-De-Dôme, après l'annonce Mercredi de la liquidation judiciaire de l'enseigne.

10 Heures. Elles sont une poignée déjà arrivées et installées dans la salle de l’imprimerie de la maison du peuple. Le regard fermé, elles discutent de ces derniers jours. « Samedi, nous avons baissé le rideau définitivement sur notre marque. » Explique l’une d’entre elles. « C’était assez fou comme journée. Nous avons fait des chiffres record. Nos étagères étaient vides. Les clients sont venus avec des chocolats, des bouquets de fleurs. »

Questions sur la procédure de licenciement

Une fois les salariées (seulement des femmes) quasi au complet, Dominique Holle et Christophe Boucheix de la CGT ont tenu à leur expliquer ce qui allait se passer pour elles, désormais. « Moi, j’ai fait toute ma carrière à Camaïeu, je ne sais pas trop en quoi ça consiste un licenciement économique » se confie l’une d’entre elles.

Océane, Stephanie, clara, Coralie, Barbara, Lise, Jessica, Clothilde, Frédérique ou Laétitia. Autant de femmes que de liens avec la marque. Certaines y travaillent depuis 21 ans, d’autres étaient embauchées depuis 9 mois.

Toutes ont le même goût amer. « C’est une liquidation programmée. »

Depuis sa reprise par Michel Ohayon, il y a deux ans, pour un euro symbolique, les choses ont tourné rapidement au cauchemar pour les salariés.

« Une escroquerie légale »

L’homme d’affaires bordelais à la tête de FIB, qui détient Go Sport, la Grande récré et certaines Galeries Lafayettes, a voulu tout miser sur des campagnes de pub, délaissant les collections.

« Pendant 2 ans, tu as les mêmes vêtements sur les étagères, forcément, ton chiffre d’affaires baisse !  » S’exclament les ex-vendeuses.

Une cyber-attaque qui pose question

Puis, une cyber-attaque paralyse les commandes pendant 6 mois. « On n’avait pas le droit d’en parler, on recevait des messages sur le whattsapp du groupe nous demandant de rester discrètes sur le sujet. » Raconte les ex-salariés. « Et puis, on a appris que le patron avait contracté une assurance anti cyber-attaque deux mois avant. On sait qu’il a touché de l’argent de cette assurance. On aimerait bien savoir où sont partis ces millions d’euros. »

Smicardes contre l’une des plus grosses fortunes de France

« le Covid, il a bon dos. La cyber-attaque, elle a bon dos. Il nous a rachetés un euro, a fait du profit grâce aux aides Covid, grâce aux assurances, et il nous jette, alors qu’il fait partie des plus grandes fortunes de France. »

Quand on regarde sa fortune de plus près, on a de quoi rester perplexe. Depuis 2020, année du rachat de Camaïeu, sa fortune est passée de 600 millions d’euros à 1100 millions d’euros. Comment alors n’a-t-il pas pu sauver les 2600 emplois que comptait Camaieu sur tout le territoire français ?

En mars 2022, alors que Camaïeu était déjà sur la sellette, M.Ohayon reprend même les café Legal.

Une mort programmée ?

« Tout a été réalisé trop rapidement pour que ce puisse être possible. » Explique une salariée.  » En deux ans, il a fait couler le bateau. En juin, le numéro 2 nous envoie une vidéo de 4 minutes pour nous dire de passer de bonnes vacances, que de l’argent va être réinjecté. A notre retour de vacances en août, on apprend que l’entreprise est en redressement judiciaire. Pour nous, la stratégie a été claire. »

Un mois plus tard, le 28 septembre, le tribunal annonce la liquidation judiciaire de l’entreprise, laissant tous les salariés sur le carreau. « Le mercredi, tu apprends par la télé que samedi c’est ton dernier jour de boulot. »

Licenciement pour motif économique

Depuis, aucune nouvelle du patron. Aucune communication. Les salariés sont d’ailleurs à cette heure toujours en poste puisque personne n’a reçu sa lettre de licenciement pour motif économique. Alors les questions fusent. « On a droit à quoi ? »

Et certaines réponses aussi. Notamment quand les délégués syndicaux leur parlent des propositions de reclassement. « L’employeur sera obligé de vous proposer un reclassement dans l’une des enseignes de FIB. » Toutes rient jaune. « Plus jamais, on ne travaillera pour lui… »

Se reposer…

Elles apprennent très vite que les indemnités ne s’élèveront pas très haut. Mais qu’elles ont droit à un an de chômage à taux plein en raison du licenciement économique. « On va passer Noël en famille et après on verra. » S’excusent-elles presque.

« Il faut se reconstruire après un coup comme ça. » Refaire confiance au monde du travail. « J’ai donné beaucoup de moi à Camaïeu, et j’ai été jetée comme un Kleenex, sans même un mot de remerciement, sans même être avertie en interne de la liquidation. Le seul message qu’on a reçu nous demandait de tout mettre à 50 % pour les derniers jours…J’aurais aimé qu’il nous demande pardon. »

Les autres rient de la naïveté des propos. « Il s’en fout de nous, il s’est enrichi sur notre dos et il s’enrichira bientôt sur les salariés des autres enseignes. »

Différents noms d’entreprises sur les fiches de paie

La majorité n’est pas surprise. « On s’attendait à ça. Les derniers mois, sur nos bulletins de paie, le nom de la société avait changé. de FIB c’est passé à Aciam. Tant qu’on laissera les patrons escroquer légalement… »

Quelques larmes coulent. Certaines pensent déjà à une future formation. Beaucoup ne veulent plus travailler dans la vente. « On était une famille quand même. » Soupire l’une d’elle.

Les représentants de la CGT leur donnent les derniers conseils, et laissent leur porte ouverte. « On est là si vous avez besoin pour vos démarches, pour connaître vos droits. »

La poignée de femmes remercient avec grâce. Toutes différentes, elles semblent unies par la douleur du deuil. Portent-elles du Camaïeu, ce matin ? Parviendront-elles à ne pas s’effondrer en passant devant leur boutique désormais fermée ?

Une à une, elles finissent par partir, continuant leurs discussions sur leur avenir jusqu’aux portières des voitures. Se quitter n’est pas simple. On traîne. Cet après-midi, il n’y a pas grand chose à faire. « Combler le vide » répond l’une d’elle. « Se reposer » surenchérit une autre.

Poursuites judiciaires pour la CGT

La CGT a décidé de porter plainte contre l’entrepreneur afin d’ouvrir une enquête et avoir accès au compte. « On a besoin de savoir où est passé l’argent. »

Mais Ohayon a rétorqué tôt dans la matinée en portant plainte pour diffamation contre Rivlov, l’avocat du syndicat. L’homme d’affaires est pourtant déjà bien occupé : Depuis un an, il travaille sur l’acquisition de la caserne des pompiers de Libourne afin de créer la plus grande cave à vin d’Europe. un projet qui, selon l’homme d’affaires lui-même, s’élève à plusieurs centaines de millions d’euros. Les salariées de camaïeu n’en demandaient pas tant …

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2 réflexions sur “Camaïeu ou l’escroquerie légale ?”

  1. « Le mercredi, tu apprends par la télé que samedi c’est ton dernier jour de boulot. » Cela en dit long sur la capacité -volonté- à communiquer de la direction. Perso, j’ai passé la première année de mon licenciement éco (à partir de février 2012) à faire des randos, du sport, et des inscriptions pour ma reconversion, qui se sont concrétisées par mon entrée en école d’aide-soignant en septembre 2013. Que ces personnes licenciées sollicitent en commun l’aide et les conseils d’un avocat, on ne sait jamais, il y a peut-être un petit quelque chose à gratter. Immense courage à vous, prenez soin de vous, oubliez cet énergumène sans cœur afin de vous reconstruire.

  2. Il ne s’agit pas d’une caserne de pompiers que rachète Ohayon mais d’une ancienne école de sous officier de gendarmerie située à Libourne. Ce bâtiment est public il appartient à la mairie de Libourne
    Il y 4 ans la mairie avait déjà essayé de le vendre pour faire un projet aussi mégalomane à Xavier Lucas un escroc notoire, aux nombreux procès en cours en France. Un collectif avait réussi à démontrer l’escroquerie.
    Cette fois Ohayon s’est installé en rachetant d’abord les galeries Lafayette de Libourne et une fois mis le pied dans la ville et dans la chaussure du maire, tout ça c’est passé dans un silence assourdissant.
    Il s’agit d’un projet monstrueux dont les libournais et entourage n’ont absolument pas besoin. Ca servira à créer encore des emplois très précaires et payés au lance pierre et qui va couter des centaines de millions d’euros. Voici un article qui le décrit.
    https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-plus-grand-projet-oenotouristique-d-europe-a-la-place-des-anciennes-casernes-de-libourne-1610555740?fbclid=IwAR1QGVbsUTH3KmfmoXrHyDFms8z_7-vHy-w01MygCeWzIclCdktS1ZrxQW4

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