Sommet de l’Élevage : la Confédération Paysanne pas à la fête

Alors que le salon agricole annuel ouvrait ses portes mardi à Cournon, la Confédération Paysanne 63 a décidé de boycotter le Sommet de l’Élevage afin de dénoncer les politiques agricoles désastreuses du gouvernement et les conséquences de la course à la rentabilité sur la profession.

C’est l’un des salons agricoles les plus importants d’Europe. Avec 1500 exposants et 2000 animaux, le Sommet de l’Élevage ouvrait ses portes mardi à Cournon. De son côté, la Confédération Paysanne du Puy-de-Dôme a décidé de boycotter l’événement. Un choix qui contredit l’idée d’un grand rassemblement de la profession. Déjà le week-end dernier, l’association L214 organisait une action place de Jaude pour dénoncer l’exploitation intensive.

Pas le cœur à la fête

Pour la Confédération Paysanne, les raisons du boycott sont nombreuses. « D‘abord, on demande de faire preuve de sobriété mais là, il faut débourser des milliers pour un stand. On boude techniquement car il n’y a plus de rapports entre nous et les institutions agricoles. Aujourd’hui, tout est fait d’avance pour la FNSEA et ses pratiques intensives. C’est un ensemble de faits. », énumère Ludo Landais, président du syndicat qu’il énumère alors : « Intensification des pratiques, prix tirés au plus bas par la grande distribution, des agriculteurs en difficultés abandonnés par l’Etat, accaparement de l’eau et pratique environnementales douteuses financées par la PAC.

Des politiques agricoles désastreuses

Et, malheureusement, le constat n’est pas nouveau : le monde agricole se sent totalement délaissé. La faute à des politiques publiques qui imposent discriminations et inégalités selon le syndicat. « Tout simplement, l’administration fait n’importe quoi. », résume Ludo. Pour lui et la Conf’ Paysanne, aucune politique d’installation valable n’est proposée aux agriculteurs. Et à l’échelle de l’Europe, ce n’est pas mieux.

La PAC : la politique des faux-semblants

La nouvelle Politique Agricole Commune a été approuvée le 31 août 2022. Si elle devait entrer en vigueur au premier janvier, de très nombreux agriculteurs sont en proie au doute. « Pour la certification Haute Valeur Environnementale, des primes seront accordées à ceux qui font mieux mais pas à ceux qui font bien. », explique le président. Un paysan peu écolo qui valorise un minimum son activité pourra être mieux récompensé qu’un exploitant respectueux de l’environnement de base. « On reste dans un système de faux-semblants de verdissement. ».

Un monde agricole en souffrance

Si le monde agricole est en souffrance depuis de nombreuses années, le contexte climatique complique les choses. « Nous voyons aujourd’hui le résultat. Il ne restera plus qu’un tiers d’entre nous dans 10 ans. », constate la Confédération. IL devient quais impossible d’avoir accès à des terres.

Pour le syndicat, avoir un stand dans l’un des plus gros salons agricoles est indécent lorsque l’on sait que de très nombreux agriculteurs tirent la langue et la sonnette d’alarme. « Le sommet de l’élevage reste la vitrine d’une forme d’agriculture qu’on ne cautionne pas, celle qui ne garde que les bons élèves et qui dégage les autres. », répond ce dernier. « Mais, les paysans n’ont pas besoin de tracteurs neufs pour s’en sortir, mais plutôt d’un revenu décent, de reconnaissance sociale. », résume le syndicat, dans un communiqué.

Superproduction et superprofits

Ludo est clair. Le pire ennemi des éleveurs, c’est la surconsommation, la surproduction, la rentabilité à outrance. « Il y a des projets colossaux qui vont complètement à l’envers. ». Ce dernier nous parle des projets de méga-basssines. Il s’agit de structures de plus d’un million de m3 d’eau qui pompent dans les nappes phréatiques. Cela au bénéfice de quelques maïsiculteurs soutenus par des grandes entreprises agroalimentaires. L’initiative a de quoi inquiéter.

Ici et ailleurs

Ainsi, La Conf’ 63 le rappelle : la situation du Puy de Dôme n’est pas un cas à part : « Alors que nous subissons, comme la France entière, une sécheresse historique, les pouvoirs publics délivrent des autorisations pour créer des méga-bassines afin d’approfondir les puits de pompage de Volvic-Danone. Les systèmes agro-industriels s’accaparent le bien commun, nous imposent par leur pratique, des semences mutagènes, et nous obligent à rentrer dans ces filières où les prix sont imposés et les conditions non négociables. »

Que ce soit dans notre département ou à l’échelle du pays, le constat est le même et le ras-le-bol est partagé. « Pour les États Généraux de l’Alimentation, j’étais dans un atelier sur les nanomatériaux et les perturbateurs endocriniens. Aussi, il fallait trouver des consensus, on en a trouvé sur une bonne partie des choses mais au final, les gros syndicats sont repassés derrière le Gouvernement et rien na été fait. », témoigne Ludo.

Ce dernier l’affirme, la prochaine bataille sera celle de l’eau et la Confédération Paysanne du Puy-de-Dôme sera en première ligne pour s’opposer aux projets à venir.

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