Venezuela, de Christophe Colomb à Donald Trump !

Le 3 janvier 2026, Les Etats-Unis par le visage de Donald Trump kidnappe le président vénézuélien, Nicolas Maduro, lors d'un raid faisant plusieurs dizaines de morts. Nous avons voulu nous pencher sur l'histoire de ce pays, afin de mieux comprendre ce qu'il s'est joué, sous nos yeux, il y a quelques jours.

Le territoire était peuplé de tribus autochtones appelés les Caribes et les Arawaks. Mais, en 1498, Christophe Colomb atteint les côtes, ouvrant ainsi la voie à la colonisation espagnole. Mais la soif de liberté grandit au 19eme siècle. Sous l’impulsion de Simon Bolivar, le pays mène une lutte acharnée et obtient son indépendance définitive en 1821 après la bataille de Carabobo.

De Christophe Colomb à la bataille de Carabobo

Au 20eme siècle, sous la dictature de Juan Vicente Gomez, le pays va faire une grande découverte : des gisements de pétrole. Après des décennies de régime militaire, le pacte de Puntofijo en 1958 instaure une stabilité démocratique. Cependant la corruption et les inégalités sociales s’accentuent malgré la manne pétrolière.

Manne pétrolière

Il faut attendre 1998, soit 40 ans plus tard, l’arrivée d’Hugo Chavez. Elu sur une promesse de justice sociale, il lance la révolution bolivarienne. Il nationalise des pans entiers de l’économie et finance des programmes sociaux massifs. A sa mort, en 2013, Nicolas Maduro lui succède. Le pays va plonger dans une crise économique et humanitaire, marquée par l’hyperinflation et une émigration massive.

Nous y reviendrons.

Bolivar

Revenons au 19eme siècle. Bolivar, surnommé le Libertador, est né en 1783 et demeure la figure emblématique de l’histoire de l’Amérique latine. Né à Caracas, aristocrate, il a consacré sa vie et sa fortune à briser les chaînes de l’empire espagnol. Il a voyagé très jeune en Europe où il découvre la philosophie des Lumières. Il assiste au sacre de Napoléon à Paris. Il rêve d’une Amérique latine unie, regroupant différents pays actuels. Il n’y parviendra pas, mais sa carrière militaire est parsemée de nombreuses victoires dont celle de Carabobo qui scelle l’indépendance du Venezuela. Aujourd’hui, un pays porte son nom (la Bolivie) et le Venezuela se définit comme une république Bolivarienne. Il meurt en 1830.

De l’agriculture à l’industrie

Le pays est alors agricole, producteur de café et de cacaco. Les populations locales utilisent le pétrole qui affleure naturellement à la surface pour calfater les pirogues ou comme remède. En 1878, la première petite exploitation commerciale voit le jour avec la Pétrolia del Tachira, très locale et rudimentaire.

Il faut attendre 1914, pour l’ouverture du premier puits commercial d’envergure. Le puits Zumaque, près du lac de Maracaibo. Il révèle que le sous-sol contient des quantités massives d’or noir.

Un des plus grands réservoirs de la planète

En 1922, pendant 9 jours, un geyser de pétrole jaillit à 40 mètres de haut, crachant près de 100 mille barils par jour ! Le monde entier comprend que le pays possède l’un des plus grands réservoirs de la planète.

En quelques années, le pays devient alors le premier exportateur mondial de pétrole. L’agriculture est délaissée et la monnaie, le Bolivar, devient très forte. Les paysans quittent les champs pour travailler dans le pétrole, les villes se modernisent à toute vitesse.

Pendant des décennies, les bénéfices sont partagés avec les multinationales américaines et européennes. En 1976, le gouvernement décide de reprendre le contrôle et crée une compagnie nationale qui devient alors le poumon financier du pays.

Période d’or

Pendant les années 70, le prix du pétrole s’envole. Le pays est surnommé « Venezuela saudita. » On construit des autoroutes, des gratte-ciel, des centres commerciaux luxueux. Evidemment, cette richesse profite surtout à une élite, souvent corrompue et à une classe moyenne urbaine, tandis que les bidonvilles s’étendent autour de Caracas.

Dans les années 80, le prix du pétrole chute. Le pays est endetté. Le président Pérez tente d’imposer des mesures d’austérité avec une hausse du prix des transports et de l’essence. Des émeutes massives et une répression sanglante font rage : Le Caracazo.

Chavez

C’est dans ce chaos, qu’un jeune lieutenant-colonel Hugo Chavez commence à s’intéresser à la politique. Le 4 février 1992, il mène une tentative de putsch contre le président, dans un contexte de corruption et de crise économique. Son opération échoue mais son passage à la télévision le transforme en héros populaire pour les classes défavorisées. Après 2 ans d’emprisonnement, il est amnistié par le président Caldéra, en 1994. Il abandonne alors la lutte armée pour la voie démocratique. Il crée le parti Mouvement Cinquième République. Sa campagne séduit car il promet de lutter contre la corruption et la pauvreté. Une fois investi en 1998, il lance une Assemblée constituante pour refonder les institutions du pays.

Révolution bolivarienne

Sous Chavez, le pays connaît une transformation radicale via la révolution bolivarienne. La démocratie devient participative avec plus de 30 mille conseils communaux pour donner un pouvoir de décision local aux citoyens. Il crée les référendums révocatoires et le monocamérisme. (Une seule chambre qui fait et vote les lois pour simplifier et accélérer les démarches.)

Grâce aux missions, le taux de pauvreté est passé de 23% à 10% en seulement 3 ans ! La mission Robinson a éradique l’analphabétisme selon l’UNESCO et l’accès à l’université a été élargi. Des milliers de médecins ont été déployés dans les quartiers pauvres. La nourriture a été vendue à prix réduit dans les quartiers défavorisés.

Nationalisation et politique sociale

Chavez nationalise les secteurs stratégiques comme le pétrole, l’électricité et les télécommunications. Les revenus pétroliers ont aidé à financer sa politique sociale.

En 2013, il succombe d’un cancer, il n’avait que 58 ans. Sa mort provoque une vive émotion nationale. Nicolas Maduro, son dauphin, prend l’intérim de la présidence. Il remporte ensuite l’élection présidentielle. Mais n’est pas Chavez qui veut. La disparition du leader charismatique combinée à la chute des prix du pétrole peu après précipite le pays dans une profonde crise économique et sociale.

Les rayons de supermarché se vident, l’inflation devient incontrôlable et les premières manifestations d’étudiants éclatent. Maduro répond par la force, marquant le début d’une ère de répression systématique.

2017 et la répression mortelle

L’année 2017 marque un point de non retour. Maduro crée une assemblée constituante sur mesure. Dans les rues, c’est la guerre civile, plus de 120 personnes y laisseront leur vie. Près de 8 millions de vénézuéliens, soit un quart de la population, fuient la pauvreté, la faim et la persécution. En 2017, les Etats-Unis imposent un embargo face au Venezuela, officiellement, en réaction au narcotrafic, et à la répression sur le peuple. Le régime tient grâce au soutien de la Chine, de la Russie et de l’Iran.

En 2024, les élections laissent Maduro repasser. Mais son maintien au pouvoir est contesté. Ses opposants crient à la fraude. Plus de 2400 personnes sont emprisonnées pour motif politique juste sur l’année 2024.

Raid en janvier 2026

Le 3 janvier 2026, un raid militaire américain capture le président vénézuélien. Emmené en prison, la justice américaine lui reproche du narcoterrorisme : Il est accusé d’avoir dirigé le Cartel des Soleils. Les Etats-Unis lui reproche aussi des crimes contre l’humanité notamment lors de répressions sanglantes.

Ainsi, au Venezuela, la suite politique reste incertaine. Maria Corina Machado, lauréate du prix Nobel de la paix 2025 s’est dit prête à gouverner son pays. Elle affirme avoir remporté l’élection de 2024 avec plus de 70 % des voix.. Après des années de clandestinité, elle a annoncé son intention de revenir à Caracas.

Mais Trump ne l’a pas choisie. Et Trump décide de tout dans cette affaire. Il lui préfère Delcy Rodriguez, l’ancienne vice-présidente. D’ailleurs, le président américain ne souhaite pas pour l’instant d’élections pour le pays.

Ambitions pétrolières

Donald Trump ne cache pas ses ambitions, concernant le pétrole. Pour lui, il s’agit de récupérer le pétrole volé, car il n’accepte pas la nationalisation des années 2000. Il aimerait contrôler les réserves du pays.

De plus le Vénézuela est lourdement endetté notamment par rapport à la Chine qu’il paie en pétrole. Le désir du président américain est d’affaiblir la Chine.

Impérialisme américain

Les opposants de Trump ne s’y trompent guère. Il ne s’agit pas de faire taire l’autoritarisme de Maduro mais bel et bien de récupérer le pétrole. Ils dénoncent aussi l’impérialisme américain. D’autres s’insurgent contre un acte illégal de kidnapping, et d’ingérence internationale. Beaucoup aiment à rappeler que le Venezuela s’est appauvri à cause du blocus mis en place par les américains et pas seulement à cause de la politique de Maduro.

Depuis cet assaut américain, le prix du pétrole a énormément baissé.

Des habitants apeurés

Au Venezuela, l’heure est à la peur. Les supermarchés et pharmacies sont prises d’assaut. Même si des milliers de manifestants se réunissent quotidiennement pour assurer leur soutien à Maduro.

Delcy Rodriguez, la nouvelle présidente de la transition, est une fille de militant marxiste, torturé et assassiné en détention. Avocate, elles s’est spécialisée en droit du travail en France. Figure du régime, elle a été ministre des affaires étrangères, présidente de l’assemblée constituante. Elle tente de stabiliser le pays tout en ouvrant la porte aux négociations avec l’administration Trump.

Au moins 70 morts lors de l’assaut américain

Elle a, par ailleurs, décrété 7 jours de deuil national en hommage aux militaires et civils tués lors du raid américain du 3 janvier. En effet, l’opération militaire a fait entre 75 et 80 morts dont 55 militaires et des civiles victimes des frappes aériennes. Côté américain, aucun mort n’est à déplorer mais 7 soldats ont été blessés.

Nos actionnaires, c'est vous.

Aidez-nous à rester gratuit, indépendant et sans pub :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

nos derniers articles
Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.