Cookies maison distribués, tracts imprimés, les salarié.e.s de l’IME de Vertaizon se sont donnés rendez-vous ce lundi 5 mai devant la structure pour dénoncer des faits et propos de la part de leur direction.
Mais, pour mieux le comprendre, il faut revenir quelques années en arrière.
2017, changement de direction
En 2017, une nouvelle direction décide de développer l’IME en intégrant différentes unités, comme la prise en charge de jeunes placés de l’ASE, un ESAT, des unités dédiées aux adultes.
Cette même année 2017, l’IME est secoué par des cas de maltraitance qui amèneront à la condamnation en deuxième instance de deux employés.
Depuis cette date, l’arrivée de la nouvelle direction et le développement de l’activité, les salariés estiment que leurs conditions de travail se sont largement dégradées. « Nous accueillons toujours plus d’enfants et d’adultes, mais les moyens ne suivent pas toujours. » Explique un salarié qui estime que ce qui prime c’est la rentabilité, et non le bien-être des personnes prises en charge.
Des enfants qui dorment sur des matelas sans sommier !
Mais, les salariés, malgré des conditions compliquées continuent à venir travailler. « On aime les enfants, les adultes dont on s’occupe, c’est un métier passion. » Pourtant, les enfants de l’ASE sont par exemple placés dans une maison où l’on distingue la moisissure. Un jeune très violent arrache le sol et griffe les autres enfants. « Nous n’avions rien pour protéger les uns de la violence des autres. » Déplore une salariée en faisant défiler une multitude de photos éprouvantes, difficilement soutenables. Les fenêtres sont protégées par des panneaux de bois, aucune lumière ne peut entrer. « Nous avons vécu sans voir le jour de la journée. » Renchérit une autre salariée. Pire, on découvre que les enfants n’ont pas de lit. Ils dorment sur des matelas à même le sol. « Cette situation a duré des mois. Depuis, on nous a transférés dans une maison, guère plus sympathique. »
3 professionnels pour 12 enfants polyhandicapés ou autistes
Dans l’unité Enfant, c’est compliqué, aussi. « Ici, on accueille en externat ou en internat, les polyhandicapés et les autistes. Nous sommes 3 pour 12 enfants. C’est loin d’être suffisant. Par exemple, ils sont 10 à ne pas pouvoir manger tout seuls. »
Malgré tout, les salariés tentent de tenir le coup. « On ne pouvait pas communiquer avec les familles, on nous en empêchait. » Explique l’un d’eux « Pourtant, on aurait aimé raconter que les conditions d’accueil étaient maltraitantes. »
De nombreux intérimaires permettent aux équipes de tourner, malgré les arrêts maladie. Parmi eux, l’une arrive il y a deux ans, et finit par se faire contractualiser à l’unité Enfant, après un entretien. Mais, très vite, elle explique avoir vu des cas de maltraitance. Le représentant du personnel lui propose de l’accompagner à la direction, tout en lui indiquant qu’il lui faut des preuves. Or, la lanceuse d’alerte n’a pas pu prendre de photos ou enregistrer.
Suspicion de cas de maltraitances sur des enfants
Elle demande à changer d’unité. Mais, une enfant polyhandicapée réputée violente est placée à son tour dans cette unité. La salariée ne veut pas travailler avec cette petite et se confie sur son désir de démission. « Cette jeune fille n’a rien à faire dans un IME, elle est vraiment violente et dangereuse. » Le représentant du personnel lui propose encore un accompagnement pour négocier une rupture conventionnelle. La jeune femme est donc reçue par le DRH, et expose dans ses motifs de départ des cas de maltraitance de plusieurs de ses collègues. De son propre aveu, elle estime « avoir eu des pressions pour dire les noms. » Ce qu’elle refuse de faire.
La gendarmerie est alors rapidement saisie, certains mis en cause sont mis à pied ou licenciés. Ainsi que 3 autres personnes qui ne travaillaient pas dans la même unité. D’autres ont donc parlé.
A l’IME, les salariés sont abasourdis. « On n’a rien vu. Mais, on laisse la justice faire son travail. » Décident-ils en choeur.
Une direction insultante ?
Le 25 mars dernier, une réunion avec la direction de l’ADAPEI 63 est alors organisée. Les salariés, encore touchés par l’affaire de maltraitance qui secoue l’IME, espèrent trouver du réconfort dans les propos de leur direction.
Mais, selon les salariés présents, en place et lieu de soutien, ils se font …Maltraiter ! « Nous avons été pris à parti, tous considérés comme responsables des faits de maltraitance présumés. » La directrice de l’ADAPEI 63 aurait alors tenu des propos insultants tels que : « Je me fous que vous alliez voir les syndicats, j’irai voir les médias locaux pour faire un papier sur la maltraitance dans votre structure. » Plus tard, elle se serait permise de dire : « La porte est ouverte à ceux qui veulent partir, vous irez maltraiter ailleurs. »
Les salariés présents à cette réunion se sentent directement nommés comme personnes responsables d’actes répréhensibles. D’ailleurs, la directrice termine par un « Maintenant, retournez sur vos groupes réfléchir à vos actes, on ne veut plus vous voir. »
Ainsi, la direction qui déplore les cas de maltraitance sur les enfants se permettrait de maltraiter ses salariés par des propos inappropriés.
3 mutations sans explication
Mais, l’affaire ne s’arrête pas là. Ce jour-là, personne n’a pu prendre la parole, alors que 3 ont levé le doigt pour poser une question.
3 salariés qui recevront une convocation à un entretien les informant de …Leur mutation !
« Au début, j’étais contente car je suis une formation spécialisée sur l’autisme et je me suis dit qu’on allait me mettre dans un service adapté à ma nouvelle formation. » Explique une jeune femme. « Mais non, on m’envoie travailler avec des adultes polyhandicapés. Je n’ai ni la formation ni l’expérience pour ça. » Alors, lors de son entretien, la jeune femme tente de se défendre et explique qu’elle ne veut pas de cette proposition. « Mais, on m’a répondu que ce n’était pas une proposition, que je n’avais pas le choix. » Depuis, cette professionnelle est en arrêt maladie, comme les deux autres personnes mutées sans préavis.
Grève des salariés
Le personnel décide de façon quasi unanime de conduire une grève. « La direction veut faire croire que nous couvrons les cas de maltraitance. Ce n’est pas le cas. » Racontent l’ensemble des salariés présents, ce lundi matin, devant l’IME. « Nous pensons que la justice fera son travail. Les mis en cause ont pris un avocat et ont fait des démarches pour se défendre de ce qu’on leur reproche. La direction a déjà condamné ces gens mais jusqu’à preuve du contraire, dans ce pays, tant que la justice ne nous a pas condamnés on est présumé innocent. »
Non à la maltraitance sur les enfants et sur les salariés.
Lors de leur première journée de grève, une délégation a été reçue par la direction qui n’a pas donné satisfaction. Hier, les salariés ont donc reconduit leur mouvement. « Nous voulons que ce soit très clair : Nous condamnons toute forme de maltraitance, sur nos enfants, adultes, mais aussi envers les salariés. Il ne peut y avoir un double discours. D’un côté dénoncer les maltraitances sur les enfants polyhandicapés, de l’autre maltraiter des salariés. Nous dénonçons cette maltraitance institutionnelle et nous nous réservons le droit dé déposer plainte contre notre direction. »
Jointe hier matin, la direction n’a pas répondu à nos questions envoyées hier soir, comme convenu avec elle, pourtant.
La lanceuse d’alerte assure soutenir pleinement ses collègues. « La direction cherche à camoufler ses erreurs et à faire porter le chapeau aux salariés. Or, les conditions ne sont pas réunies pour que l’on puisse faire le travail correctement. » Exprime-t-elle. « Certains comportements ont été maltraitants, mais c’est loin d’être le cas de tous mes collègues. » Rajoute-t-elle, épuisée par cette histoire, et les rumeurs qui courent sur sa personne, ne pouvant guère se défendre tant que l’enquête est en cours.
Marianne Maximi, députée du Puy-de-Dôme, a, elle aussi dénoncé les conditions délétères dans lesquelles doivent vivre les salariés.

Lors de la réunion, la directrice de l’ADAPEI 63 aurait clamé « J’irai voir les médias locaux pour raconter vos maltraitances. » Les salariés n’auraient pas dit mieux…
2 réflexions sur “« J’irai voir les médias locaux pour raconter vos maltraitances. »”
La direction devrait mettre en place des formations sur la prévention de la violence. Tous les salariés devraient demander ce type d’actions. Sinon, aux syndicats de l’exiger dans le Plan de Formation. S’occuper d’enfants ou d’adolescents dans une institution de soins est un métier passionnant mais il faut se former régulièrement et avoir des temps pour parler sereinement des pratiques en jeu dans la relation à l’autre ( voir les ouvrages de Michel Boutanquoi : Travail social et pratiques de la relation d’aide). J’ai travaillé à La Roussille et il y avait du personnel médical bien utile pour comprendre comment travailler et quels moyens il fallait. Tous les autres étaient diplômés ou en parcours de formation. Ici la relation d’aide concernerait aussi la direction qui semble démunie par rapport à la gestion humaine des besoins ; quelles sont les attentes des salariés(es) ?
C’est déplorable ce qui se passe , nous en temps que parents d’un enfant polyhandicapé nous n’avons plus confiance, que se passe t’il une fois que nos enfant arrive, malheureusement ce n’est pas notre enfant qui peut nous e parler le soir en rentrant…
Mais cette grève n’a malheureusement pas d’impact sur la direction maisur nos enfants et leurs familles car nous devons garder nos enfants sans solution de garde,nous travaillons …. il faut que les choses rentrent vite dans l’ordre car nos employeurs ne seront pas compréhensible longtemps…