« L’égalité des chances, ils font tout pour qu’il n’y en ait pas » Manifestation à l’occasion de la venue d’Emmanuel Macron et de plusieurs membres du gouvernement

Ce mardi 8 septembre, Emmanuel Macron, Jean-Michel Blanquer, Fredérique Vidal et Elisabeth Moreno étaient à Clermont-Ferrand afin de prôner l’égalité des Chances en visitant plusieurs structures comme le Hall 32 ou le lycée Claustre. L’occasion pour les syndicats de l’Education nationale de rappeler la souffrance des établissements publics.

Sophie, professeure au lycée professionnel Camille Claudel crie fort dans le micro. Plus les années passent et plus elle voit les conditions d’enseignement dégringoler. « Alors en cette rentrée, ils ont inventé la co-intervention et le chef d’oeuvre. Rien que le choix des mots, tu as compris…Chaque élève doit donc imaginer son projet, accompagné par 3 enseignants pluri-disciplinaires. Et ça, 4 heures en tout par semaine. Alors, en électricité, ils peuvent imaginer l’éclairage d’une pièce, mais en sécurité par exemple, ils vont faire des tours de classe ? » Pour Sophie, de la CGT Educ’, « on fait des ouvriers qui doivent penser ouvriers, et surtout ne pas s’ouvrir aux autre matières… » Elle dénonce la diminution des heures générales au profit de projets « qui ne vont pas marcher » , comme les heures de consolidation qui devraient être du soutien personnalisé mais qu’on demande à faire en classe entière. « Et des classes de 27, sinon ce n’est pas drôle…dans lesquelles on mélange les apprentis avec patron avec ceux du cursus général… »

Mathieu, lui, est professeur des écoles à la campagne. Il porte le drapeau de Sud Education. « L’égalité selon Macron ce n’est pas l’équité selon nous. Donner les mêmes moyens à tout le monde ce n’est pas la solution. Dans un bahut défavorisé, si tu mets les mêmes moyens que dans un bahut huppé, tu continueras à ne pas voir l’égalité des chances… » En exemple, la moyenne nationale des parents d’élèves défavorisés en lycée est de 25 % par établissement. Au lycée Brugière, le chiffre s’élève à 46 %. Sylvain y est professeur de maths : « Il faut moins d’enfants par classe, plus d’heures en demi-groupe, car à 35, ce sont toujours les mêmes qui prennent la parole, ceux qui ont la culture de l’école, et souvent ce sont ceux dont les parents ont réussi leur parcours scolaire. » Mathieu est de cet avis, « On parle du dédoublement CP/CE1, mais dès la petite section et jusqu’à la terminale, ce devrait exister. Mais on manque de moyens humains d’abord, depuis la suppression de 60 mille postes sous Sarkozy, les gouvernements n’ont rien fait pour réembaucher. » Selon un enseignant de lycée « l‘égalité des chances est incompatible avec la réforme des lycées. Il n’y a plus de classe, seulement des élèves qui ont des parcours individuels, qui ont choisi des matières, s’ils échouent ce sera de leur responsabilité, c’est qu’ils auront fait de mauvais choix, on ne pourra plus accuser le système. » Un enseignant en université va plus loin : « Et ensuite, il y a parcours sup’, avec une sélection pour entrer à la fac. Des élèves s’auto-censurent, ne tentent même pas l’inscription. Avant la fac était ouverte à tous, désormais ce n’est plus le cas. » Les chiffres parlent d’eux-mêmes : selon une étude du site inégalités.fr, dans les classes préparatoires, seulement 6,4 % des étudiants sont des enfants d’ouvriers, 10,1 % ont des parents employés et plus de 50 % sont issus de parents exerçant une profession de cadres. « Nous assistons à une reproduction sociale dans le système scolaire, mais sous Macron c’est de pire en pire, les écoles privées fleurissent…Mais en même temps, ni Blanquer ni Macron, ni même le directeur de cabinet n’a été élève de l’école publique… » assure Matthieu. Nicolas, chercheur universitaire, parle de ce qu’il connait bien : « Nous sommes dans une précarisation du système public, avec pour les universités de plus en plus de partenariats avec les entreprises privées. L’école est devenue une start-up.  » Un de ses confrères rebondit : « Au bout de 6 ans de recherches, les meilleurs, qui ont été payés par l’entreprise, trouveront un boulot, les autres auront vécu leurs années de recherches dans la précarité la plus totale, mais c’est quoi être meilleur . C’est quoi l’excellence ? Correspondre à ce que les grandes entreprises attendent ? »

manifestation ce mardi 8 septembre à l’occasion de la venue d’Emmanuel Macron

Alors, ils sont une poignée à s’être réunis devant le jardin Lecoq. ( NDLR : le rassemblement était prévu devant le rectorat mais un impressionnant cordon de sécurité, de CRS et de camions ont empêché l’accès.) Ils se « marrent » des visites programmées du président de la république pour sa journée sur la capitale auvergnate. « Le Hall 32, une structure « scolaire » gérée par Michelin, pour nous ce n’est rien d’autre que le laboratoire de l’école sauce Macron, une école financée par les privées pour l’élite.. » s’agace l’un des manifestants. Puis visite du Lycée Roger Claustre « Là encore, le lycée de l’aéronautique, une filière prestigieuse…on ne les verra pas dans les lycées professionnels de la ville, dans les collèges des quartiers Nord, parce que là-bas, on pourrait ne parler des heures de l’égalité des chances… » Selon Matthieu « le nombre d’heures dans le milieu professionnel baisse encore au profit des stages, c’est bien connu, les entreprises forment mieux que l’éducation nationale. »

Bien sûr à quelques jours de la rentrée, nombre de manifestants déplorent la gestion calamiteuse de la crise sanitaire. Dans le Puy-de-Dôme, plusieurs écoles ont déjà dû fermer. « Et là, on se rend compte que rien n’a été réfléchi, les parents n’ont aucune solution de garde, et ne peuvent voir de justificatif pour l’employeur, pourtant l’administration nous dit que tout est prêt…c’est une situation délirante… »

Mathieu ironise : « Blanquer n’a rien foutu cet été, car le seul changement concret pour la rentrée c’est le port du masque obligatoire ! et en cette rentrée, on se rend compte que la dotation des horaires a encore diminué en collège et lycées. Et on continue à avoir des classes surchargées et des fermetures de classe, comme à l’école maternelle d’Issoire ou de l’école Edouard Herriot de Clermont-Ferrand. Bref, Macron et son équipe sont en-dehors de la réalité. Ils sont en train de visiter des établissements de prestiges pendant que les écoles publiques crèvent… »

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À propos de cet article

Publié le 8 septembre 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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