Tous en grève et dans la rue !

Partout en France, les agents du social et du médico-social ont fait grève et ont investi la rue mardi 07 décembre pour exprimer leur ras-le-bol face à un manque de moyens et de considération.

Les secteurs du social et du médico-social saturent et ce n’est pas nouveau. Depuis des années, des décennies même, on ne prend pas soin de ceux qui prennent soin des autres. La crise du Covid a été l’exemple parfait. Déjà compliqués, les quotidiens des travailleurs sont devenus une course contre la montre où chacun bricole avec ses moyens et puise dans ses ressources. 

Face à cette réalité et à de nouveaux enjeux, les agents du médical et du social se sont massivement mis en grève hier pour investir la rue et faire entendre leur voix. C’est dans toute la France que l’appel de la plupart des syndicats a été suivi. À Clermont-Ferrand, le rassemblement a eu lieu à 10h30 devant la préfecture. 

Égalité devant le Ségur

183€. C’est la somme accordée par le Ségur de la santé aux professions médicales. Le social et le médico-social ont été absents des annonces du gouvernement alors qu’eux aussi sont au front en permanence. Dans le rassemblement, beaucoup de pancartes font référence au Ségur. Tous les grévistes en parlent. « On veut le Ségur pour tous », lancent trois salariées de l’ADAPEI 63, d’une même voix. Pour elles, l’octroi de la somme est tout à fait inégalitaire. Pire, « On fait un travail de coopération mais la volonté, c’est de nous diviser », ajoute ces dernières. 

La dernière roue du carrosse

Mais ce matin-là, les manifestants n’étaient pas venus que pour le Ségur. Ils étaient présents pour les 1,2 million d’agents du secteur qui aident et accompagnent ceux qui en ont besoin : personnes en situation de handicap, jeunes en difficulté, personnes âgées, bénéficiaires du RSA, sans-papiers ou sans-abris.  « On est très en colère car on est la dernière roue du carrosse », explique une jeune femme de l’Association Tutélaire Nord Auvergne (ATNA). Son quotidien et celui de ses collègues : « ne pas être remplacés ou partiellement ou par des gens pas diplômés. Mais c’est normal, les salaires sont gelés et plus personne n’a envie de faire ce métier ».  

Le manque de moyens se fait ressentir partout. Manu, Pierre-Henri et Cécile du Centre de l’Enfance donnent des chiffres frappants. Pour 10 places, le centre accueille jusqu’à plus de 20 ados. Pour la pouponnière, les bébés sont jusqu’à 49 pour 23 places. « La politique du centre, c’est que si on peut évacuer les enfants en moins de trois minutes, on peut continuer à accueillir », explique un agent. « On alerte tous les jours », indique Manu. Une situation qui impacte les salariés et les enfants eux-mêmes avec un personnel souvent changeant. 

Pour les employés de l’Association Tutélaire, les publics sont en effet des victimes collatérales des conditions de travail des agents. « On est en surcharge de travail, on manque d’effectif, on passe des journées entières sur la route. On ne peut plus accompagner les gens correctement alors qu’on a à faire à des publics fragiles », confie une employée. Aux manques de personnel et de moyen s’ajoute l’absence de considération et les salaires trop faibles. « À bac +4, on touche 1290€ à l’ATNA. Il n’y a pas eu de vraie revalorisation depuis des années ». 

« Il va falloir se battre »

Autre enjeu au cœur du secteur, le projet d’une nouvelle convention collective. Celle de 1966 qui accorde des droits particuliers aux différentes branches a vocation à être remodelée pour fusionner les professions. Les agents craignent que ces changements ne se fassent par le bas avec des risques de salaires encore plus inégaux entre les branches suite à un pouvoir d’appréciation accru des directeurs entre autres. « Le gouvernement veut mettre en place une convention collective unique mais si c’est le cas, il faut qu’elle soit tirée vers le haut. Il va falloir se battre pour qu’on ait des garantis », clamait une employée de l’ADAPEI.

Le 8 novembre dernier, le Premier Ministre évoquait une future conférence des métiers du social et du médico-social d’ici le 15 janvier 2022. Depuis, aucune précision n’a été apportée. Pour le moment, les agents du secteur continueront de revendiquer des hausses de salaire, des embauches et la réduction du temps de travail tant que cela est nécessaire. 

Nos actionnaires, c'est vous.

Aidez-nous à rester gratuit, indépendant et sans pub :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.