Le rendez-vous est pris. Mercredi soir, 19h30. Une demi-heure avant, on se passerait bien de se changer, de ressortir affronter le froid et transpirer les 2 heures que dure la séance. Là, c’est au mental que ça se joue. On prend quand même la route. Aux abords du stade, il fait déjà noir. On est à Leclanché, dans les quartiers nord. Terrain 5, la température avoisine les 0°C. Un halogène puissant éclaire la pelouse. Aurélien et Enora courent un peu pour se réchauffer. On les rejoint un peu avant le début de la séance pour discuter de ce sport qu’on ne connaît pas.
Qu’est-ce qui se cache dans les filets du spike ?
Le spikeball, c’est un filet, sorte de mini trampoline que l’on pose au sol, une balle et 4 joueurs. 2 contre 2. L’objectif : faire en sorte que les adversaires ne puissent plus renvoyer la balle. Comme au volley, c’est 3 touches par équipe avant de smasher sur le filet. On peut se déplacer où on veut. C’est même nécessaire quand le smash envoie la balle au loin. Il s’agit d’anticiper au maximum et de renvoyer ce qu’on peut… À l’inverse, on peut aussi amortir la balle et forcer le concurrent à se baisser pour pouvoir rejouer. On peut aussi la jouer sournoise en décidant de smasher dès la deuxième touche, en surprenant tout le monde. Mais essayons déjà de remplir un set de 15 points, score nécessaire à la victoire.

« C’est un sport hyper complet ! Il faut du cardio, être mobile et avoir un peu de réflexes. Mais il n’y a pas de secret, comme dans tout, c’est l’entrainement qui compte. », explique Aurélien. Pour sa partenaire Enora : « Le service représente déjà une grande partie. On se place bien au début mais après, t’es vite perdu. ». Ça, on le comprend vite en effet. Mais on reviendra plus tard sur notre première expérience de spikeur. Faisons d’abord un petit point sur l’histoire de ce sport original.
Voyage et copains
Le spike vient des Etats-Unis. Au départ, deux français l’ont rapportés d’un voyage pour le développer à Toulouse et à Paris, il y a 5 ou 6 ans. Le sport se développe surtout autour de la pratique entre copains sans devenir une discipline très suivie. Mais pendant le confinement, c’est l’explosion. Les vidéos qui circulent sur les réseaux créent un fort engouement.
Une idée qui germe dans le jardin des parents
Heureusement, Aurélien, lui, est tombé dessus avant le confinement. Avec son frère Romain et Enora, ils ont juste le temps de s’en procurer un. De quoi s’occuper pendant ces longues journées. Dans le jardin de leurs parents, en Haute-Loire, le spike les passionne. Dès la fin du confinement, ils décident de se rendre à un tournoi à Toulouse. C’est le retour à la réalité. « C’était trop bien mais on a redécouvert le sport. On s’est pris des raclées. », s’amuse Aurélien. Mais tout n’est pas perdu. Les Auvergnats repartent avec de précieux conseils pour monter leur association, ici, à Clermont. Le Roundnet Clermont-Ferrand est né !


Les moyens du bord
Monter le club se fait à la sueur de leur front. Les trois acolytes lancent les démarches, créent un design, investissent les réseaux sociaux et commencent à communiquer. Ils achètent tout le matériel nécessaire et mettent en place des séances. « Au début, c’était des potes de potes puis quand vient le premier inconnu, c’est trop bien ! », expliquent les deux joueurs. Aujourd’hui, le RCF compte une quarantaine d’adhérents, chiffre encourageant pour une première année.

Chaque semaine, deux rendez-vous. Le lundi en salle et le mercredi à l’extérieur. Le tout pour deux heures de pratique entre matchs et ateliers. Les lundis, une trentaine de joueurs viennent s’entrainer. Le club dépend des locaux que veut bien mettre la mairie à leur disposition. Le mercredi, la séance se fait dehors et le taux de fréquentation dépend de la météo. Les joueurs s’installent au stade Leclanché.


Un engouement inattendu
En parallèle, les deux frères et Enora participent à des tournois. Depuis plus d’un an, ils sillonnent la France entre Toulouse, Paris, Mulhouse… Et les résultats sont plutôt positifs eux-aussi. Les Clermontois commencent à se faire un nom dans le milieu du spike. Des premiers championnats du monde se sont tenus en Belgique en 2021. Désormais, c’est en équipe qu’ils se déplacent pour faire vivre l’esprit collectif de leur club.

L’objectif reste le plaisir et le développement de leur pratique. Les Auvergnats prêchent la bonne parole autour du spikeball et se sont pris de passion pour sa transmission. Et ça se sent. Voilà une heure qu’on s’entraine. Tout le monde discute et l’ambiance fait oublier le froid. Il y a autant de filles que de garçons. Ici, on peut venir pour essayer, pour regarder, que l’on soit seul ou plusieurs.


Rendez-vous en Terre du Milieu
La Terre du Milieu. Ce terme un peu marrant, c’est un rêve pour eux, un truc qui trotte dans la tête depuis longtemps. Ce week-end, le RCF organisera son premier open. Un grand tournoi ouvert à tous. Il y aura une compétition pour les hommes, une pour les femmes et une mixte. Pour le reste, on peut s’arranger. Certaines femmes qui veulent s’entrainer pour d’autres échéances pourront intégrer le tableau des hommes.
Le succès est déjà garanti avec 60 équipes inscrites et 120 participants. Ce soir, malgré la température, qui a basculé dans le négatif, il y a du monde. Ce sont les derniers moments pour régler les détails avant la compet’. Pour autant, les habitués prennent du temps pour nous expliquer plein de choses. On ne peut par exemple pas toucher le rim, petit bord jaune qui encercle le filet. Sinon, c’est faute. C’est aussi le cas si on colle nos pieds au trampoline. En revanche, le contre avec son corps est autorisé…
On commence à s’y faire. On pense déjà revenir la semaine prochaine. Nos deux sportifs rappellent que les entrainements sont ouverts à tous. « Venir voir l’open de ce week-end, c’est le meilleur accès pour découvrir ce sport. », conclue Aurélien. Une seule exigence : Venez comme vous êtes.
