Danser Casa donne la température de la jeunesse marocaine

crédit : Michel Cavalca

On vous en parlait il y a quelques jours : les Trans’urbaines, le festival de hip-hop retentissant bat son plein jusqu’au 10 novembre à Clermont. L’occasion pour nous d’aller voir Danser Casa jeudi dernier à la Maison de la Culture, un ballet magistral aux allures d’aller simple pour Casablanca.

Les retrouvailles

Pour tenir les manettes, quatre mains. Celles de Kader Attou et Mourad Merzouki. Les deux chorégraphes ont fait leurs armes ensemble il y a près de trente ans. Puis chacun a continué son chemin pour marquer le monde de la danse contemporaine de son empreinte.

C’est dès 1989 que Kader Attou développe sa démarche artistique, autour du breakdance notamment. Avec la compagnie Accrorap, il enflamme la scène de la Biennale de la danse de Lyon en 1994. Puis les projets et spectacles s’enchainent. En 2008, il est nommé directeur du Centre chorégraphique national de La Rochelle devenant ainsi le premier chorégraphe hip-hop nommé à la tête d’une telle institution. 

À l’époque, Accrorap, il l’a créé avec un certain Mourad Merzouki. Ce dernier est une figure du mouvement hip-hop depuis le début des années 1990. Il inscrit son travail au carrefour de multiples disciplines comme la danse, le cirque, les arts martiaux ou les arts plastiques. De 1996 à 2006, il créé 14 pièces. En 2009, le chorégraphe devient directeur du Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne. Aujourd’hui, Mourad Merzouki dirige les festivals de hip-hop Karavel et Kalispo.  

Après presque 20 ans sans collaboration, les deux prodiges du hip-hop se retrouvent pour le plus grand bonheur de la danse et du public. C’est au Maroc qu’ils se sont donné rendez-vous. 

Destination CASA

En 2016, Kader Attou et Mourad Merzouki se rendent à Casablanca et constatent l’incroyable dynamique de la danse au Maroc. Après audition, huit danseurs sont sélectionnés. Ayoub Abbekkane, Mosab Belhajali, Yassine El Moussaoui, Oussama El Yousfi, Aymen Fikri, Stella Keys, Hatim Laamarti, Ahmed Samoud. Ils viennent de tout le pays. De tous horizons aussi. Arts du cirque, breackdance, parkour, danse de rue : tous sont le symbole du bouillonnement de la jeunesse marocaine. Un bouillonnement qui se retrouve sur la scène pour un ballet en constante urgence.

crédit : Yoriyas
Une langue universelle

Sur la scène, les artistes parlent une autre langue. Celle de la danse. Une langue universelle qui laisse la liberté de comprendre le panorama de Casablanca que se dresse sous nos yeux. Le décor est simple, quelques coussins, quelques lanternes. Un dialogue intime se prépare. 

La tournée a commencé en 2018. On sent que les danseurs performent presque mécaniquement, que DANSER CASA s’évapore de leur corps, raconte leur histoire et celle des chorégraphes. Parler de performance n’est pas exagérer tant l’énergie est au centre de la représentation. Le spectacle commence doucement par des glissements de pieds nus sur la scène. Ensuite, la danse devient un sport de combat. 

crédit : Yoriyas

Le spectateur subi une tension captivante. Dans un jeu d’égo et de regards, les danseurs oscillent entre violence, rejet, attirance et passion. Les figures parfois acrobatiques tiennent le public en haleine et le font frissonner. La scène est occupée tout le temps. Le nombre de danseurs permet des tableaux dynamiques. Le jeu des costumes et des couleurs apporte une note esthétique singulière. 

DANSER CASA est né d’une collaboration et sa force réside bel et bien dans son aspect participatif avec une création qui a laissé de la place aux danseurs et qui a pris en compte toutes leurs particularités. Au Maroc, à Casablanca notamment, la danse hip-hop prend de plus en plus de place. À travers DANSER CASA, la troupe éphémère a pu passer de la rue à la scène pour danser les mots et les maux de leur génération. Avant de s’exporter en Belgique, la tournée du spectacle s’arrêtera une dernière fois dans la région, au Théâtre de Cusset le mercredi 1er décembre. 

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