La Culture en colère se coordonne au niveau national

Après une AG jeudi dernier, à l'occasion de l'anniversaire de 1 an de la fermeture des lieux de culture, les acteurs du monde du spectacle se sont mobilisés, lundi 8 mars, devant l'Opéra de Clermont-Ferrand pour soutenir l'occupation du théâtre de l'Odéon à Nantes. Cette opération qui dure depuis 5 jours, avec la volonté de la poursuivre jusqu'au 22 mars, a pour but d'obtenir la prolongation de l'année blanche pour les artistes et techniciens intermittents.

Les intermittents du spectacle, qui représentent 50% des techniciens et artistes du monde de la culture, sont actuellement les seuls indemnisés de ce secteur par pôle emploi, grâce au dispositif « Année Blanche » qui leur permet de garder une partie des revenus qu’ils auraient touché s’ils avaient pu travailler normalement. Mais, 82% de ces intermittents ne sont pas sûrs de continuer à être aidés par l’État après Août 2021. Sans un certains nombre de cachets, impossible à réaliser aujourd’hui avec les centres culturels fermés, les intermittents n’ont plus d’indemnisation, plus de sécurité sociale, plus de remboursements pour un congé maladie etc.

La mission Gauron

C’est pourquoi André Gauron, conseiller maître honoraire à la Cour des Comptes, a été désigné par la ministre de la culture ainsi que la ministre du travail pour mener une enquête. Celle-ci doit permettre au gouvernement d’analyser la situation des intermittents. Cette mission qui a débuté le 1er février et qui doit se terminer fin mars aura pour but de proposer des ajustements du dispositif de l’année blanche, selon le secteur d’activité concerné, le métier exercé et la date anniversaire des droits des intéressés. Les pistes identifiées seront ensuite débattues entre l’Etat et les organisations représentatives du secteur. Cette méthode est critiquée car cela voudrait dire que certains métiers de la culture ont plus besoin de l’année blanche que d’autres qui en seront privés. André Gauron doit donc travailler avec les intermittents pour prendre en compte leurs propositions. Il les communiquera ensuite à Roselyne Bachelot, ministre de la culture.

SONY DSC

Les revendications

« Ce n’est pas aux salariés artistes et techniciens de payer cette crise dont ils ne sont pas responsables. D’autant plus qu’on fait face à -40% de notre revenu. » explique Sébastien, secrétaire général de la CGT spectacle. « La ministre nous a demandé de continuer à répéter, créer des spectacles. Or aucun budget n’a été débloqué pour cela alors que l’on demande 10 cachets pour ces répétitions. Rappelons que répéter sans salaire est illégal. On ne demande pas l’aumône » explique-t-il. « Ces 10 cachets représenteraient 115 millions d’euros en tout pour l’ensemble du territoire français. Ce n’est pas aberrant au vu du budget débloqué pour nous jusqu’alors. »

Les artistes et techniciens demandent bien sûr la réouverture progressive des lieux avec des conditions adaptées à la Covid. « Il faudra faire attention, car les lieux nauront pas les financements pour payer nos spectacles. On ne pourra pas tous retravailler dès la réouverture. C’est pourquoi les collectivités doivent faire un acte fort en débloquant une partie du budget pour payer les répétitions. On doit remplir nos caisses pour tenir, même après la réouverture » prévient un intermittent de la CGT. « Oui, il y a des impôts qui ne sont pas rentrés pour les collectivités en 2020. On doit donc se battre pour ne pas être ceux qui seront les plus lésés au niveau du budget de la métropole et des collectivités. »
Enfin, Sébastien présente aussi comme solution le GIP, un fond pour les musiciens abondé par l’État et les collectivités : « il permet, pour 40 à 70% de la masse salariale, d’être payée. On veut créer ça pour tout le monde, pour permettre à plus de lieux de rouvrir sans payer tous les cachets des artistes. »

Entre demande de soutien des élus locaux et pression sur Jean Castex.


La mission Gauron a tout de même reçu les syndicats de salariés en visio le 5 mars dernier. Les intermittents ont demandé la tenue d’un CNPS (Conseil National des Professions du Spectacle) plénier avec la ministre de la culture et Jean Castex. Celui-ci a été accepté et se tiendra le 22 mars à 9h30 en visio. Mais aucune garantie concernant la présence de Jean Castex. Car les acteurs du monde culturel cherchent maintenant à faire pression directement sur le premier ministre plutôt que sur Roselyne Bachelot. Pour cela, ils ont demandé aux élus locaux leur soutien : « Le maire de Clermont-Ferrand souhaite, comme nous, sanctuariser le budget dédié à la culture. Car dans certaines communes, ce budget passe dans la création de rond-points ou de routes ! Nous demandons aux élus de faire une déclaration publique pour nous soutenir auprès du gouvernement. En particulier auprès de Jean Castex » poursuit Sébastien.

SONY DSC


Pour soutenir l’occupation du théâtre de l’Odéon à Nantes, la CGT spectacle a chanté et fait danser les manifestants sur l’air de « Nous, on veut continuer à danser encore… » de HK et les saltimbanques. Aucun lieu de culture n’est pour l’instant occupé à Clermont-Ferrand. A la place, un Festival impromptu sera organisé les 20 et 21 mars avec de nombreuses actions culturelles et revendicatives.

Nos actionnaires, c'est vous.

Aidez-nous à rester gratuit, indépendant et sans pub :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.