Il s’appelait Claude. Et personne ne parvient à conjuguer au passé le prénom de son enfant. Joséphine n’a plus le choix depuis plusieurs années. « Mon fils a eu un accident de moto, et il en a eu de grosses séquelles dont un gros traumatisme crânien. »
En 2006, il est placé à la MAS de Chignat (63). « Il rentrait les week-ends, et je n’ai pas à me plaindre de la prise en charge de mon fils. Il était très bien. Les médecins de l’institution le suivaient. »
Puis, l’équipe change, les cadres de santé paraissent moins diplômés. « C’st une infirmière qui a pris le poste. »
En 2022, on lui propose un séjour au Lavandou avec l’APF (Association des Paralysés de France). Pendant les 10 jours, Joséphine n’arrive pas à joindre comme elle le voudrait son fils. Personne ne veut lui passer, notamment dans les derniers jours. « Je me suis dit qu’il devait être occupé. »
Il se plaignait de la soif
Mais à son retour, la MAS la prévient qu’il a contracté le COVID là-bas, et qu’il est très fatigué. Elle demande à voir son fils. « Lorsqu’il est sorti du taxi qui le ramenait à la maison pour le week-end, il penchait totalement d’un côté sur son fauteuil et a juste réussi à me chuchoter qu’il avait soif. » Sur le cahier de liaison, la mère découvre que Claude a vécu 15 jours compliqués.
Joséphine appelle le Samu et le médecin confirme que Claude est totalement déshydraté, souffre d’une infection urinaire et que son diabète a explosé, atteignant les 5 grammes. Claude est hospitalisé quelques jours, Sa mère demande des comptes aux responsables de la MAS et notamment l’équipe médicale qui ne semble pas s’inquiéter outre mesure de l’état de santé de leur résident.
Un slip plein de pus
Le 26 juillet, Claude sort de l’hôpital avec une sonde urinaire. Une opération de la prostate est programmée pour plus tard, sans être remise en cause. Mais l’état de Claude ne s’améliore guère. Le week-end suivant, quand il rentre chez lui, il se plaint de douleurs au sexe. « Il n’arrivait plus à manger tout seul, mon fils était devenu une loque. » Elle le déshabille, et découvre son slip plein de pus. Elle rappelle le Samu qui lui confirme après auscultation une mauvaise prise en charge de son infection urinaire.
Le lundi matin, elle dépose son fils et les piqûres d’antibiotiques. « Mais l’urologue change les piqûres en médicaments auxquels il réagit mal, il fait une allergie. » La cadre de santé de la Mas appelle Joséphine pour la fâcher.
« Les handicapés ont un certain temps à vivre »
En septembre, l’état de santé de Claude continue de se détériorer. Il vomit, on lui donne des médicaments contre la constipation. Il a du mal à manger. Sa mère décide d’aller le voir au foyer. Il est couché sur le côté, et dit souffrir. « J’ai alors décidé d’appeler le Samu, mais la cadre de santé me dit que tout va bien et me reproche d’appeler les médecins. » Le manager rentre à son tour dans la chambre et parle tout bas à Claude. « Il m’a dit plus tard, qu’il lui avait dit que je cassais les burnes. »
Le directeur de filière soin de l’ADAPEI explique à cette maman désoeuvrée que les « personnes handicapées ont un certain temps à vivre. »
La maman demande à récupérer son fils pour le week-end, elle a pris rendez-vous avec le médecin de famille. Mais on lui refuse. « Je n’ai rien pu faire, comme nous l’avions mis sous tutelle, je n’avais plus aucun droit. Ils m’ont dit qu’ils seraient mieux là… »
Le 16 septembre, comme convenu, on l’opère de la prostate, alors même qu’une radio montre un météorisme abdominal. (Occlusion).
12 minutes d’arrêt cardiaque
Après l’opération, l’état de Claude se dégrade. Il est au CHU. Il doit sortir le 19 septembre. Le 18, sa mère arrive un peu en avance. Du couloir, elle l’appelle : « Bonjour mon Claude. » Mais il ne répond pas. Au lieu de ça, il fait un gros râle. « J’ai hurlé. » Une dizaine de soignants arrivent dans la chambre pour le réanimer. Il fait 12 minutes d’arrêt cardiaque et est plongé dans le coma artificiel.
Un dossier qui relate une mère conflictuelle
« Je suis restée plusieurs heures. Le médecin m’a confirmé qu’il avait une occlusion intestinale et que lui donner des médicaments contre la constipation depuis des semaines n’avait aucun sens. » Pire, Joséphine parvient à se procurer son dossier. « Plutôt que donner des informations médicales, la cadre de santé de la MAS a écrit : Mère conflictuelle, ne pas lui donner de nouvelles de son fils. »
Claude décèdera trois jours plus tard. « Je le pinçais pour qu’il ait une réaction, mais mon fils était mort. » Nous sommes en septembre. « J’ai pris la tête de mon fils entre mes mains, et je lui ai promis que je ferais payer ceux et celles qui l’ont laissé souffrir toutes ces longues semaines. »
Condamnée pour avoir écrit « Assassins » sur la boite aux lettres
Cette mère enrage. Elle clame sa colère à la cadre de santé de la MAS de Chignat, ainsi qu’à la direction. Personne ne l’écoute, ni ne la reçoit.
En 2023, en avril, alors qu’elle cueille le muguet, elle reçoit un appel lui demandant de venir récupérer les affaires de son fils.
« J’y suis allée et c’est vrai j’ai écrit Assassin sur la boite aux lettres et j’ai dit à une tierce personne que la cadre de santé était une grosse S. »
Plainte contre l’ADAPEI 63, la cadre de santé et l’APF
Une plainte est alors déposée contre Joséphine. « J’ai envoyé une photo de la balance de la justice au tribunal, mais aussi au département. J’y ai collé une photo de mon fils dans la balance en déséquilibre. Les personnes handicapés n’ont pas voix au chapitre. On les tue en toute impunité et on les laisse souffrir. De toutes façons, ils ne se plaignent pas… »
Pourtant, Joséphine a elle aussi déposé plainte contre l’APF qui a organisé le voyage, la tutrice, l’ADAPEI 63 qui gère le MAS de Chignat et la cadre de santé de l’époque.
L’affaire est en cours. « Moi, j’attends juste que justice soit faite, et je pourrais mourir ensuite. Je tiens juste pour que l’on paie pour la souffrance infligée à mon fils… »
1 réflexion sur “« Ils ont tué mon fils »”
Médecin du site de CHIGNAT surnommée « la faucheuse » ou « l ange de la mort »
Incompétente
Qui vous répond lorsqu un résident est malade « les gens comme eux on ne peut pas les ausculter »