« Merci pour nous » Récit d’une journée avec le mouvement du 10 septembre

Le blocage prévu depuis longtemps et organisé par un mouvement citoyen a commencé tôt ce matin. Nous nous sommes rendu au carrefour des pistes de Clermont-Ferrand, dès 7H.

7H15. carrefour des pistes. Un des rond-points qui permet d’entrer dans la ville qui se réveille lentement. Les jeunes militants arrivent, avec bonne humeur. Très vite, ils se mettent à des endroits stratégiques pour diffuser des tracts. Les automobilistes, prévenu.e.s par la journée de blocage, ont le sourire. Certain.es s’arrêtent discuter. « Le nouveau premier ministre, on verra ce que ça donne, mais je ne crois plus en personne. » Explique un père qui doit déposer son ado au lycée. Une femme ouvre sa fenêtre pour recevoir le tract. « Je suis policière, mariée à une femme, et ce premier ministre n’est pas très ouvert à l’homosexualité. Donc je vous soutiens… » Un papy fumant sa pipe au volant, lève le poing.

Un jeune accélère, et s’agace: « Allez bosser bande de feignasses ! » La militante reçoit l’insulte sans broncher : « C’est pas grave, il est bien content que des gens se battent pour ses droits. On ne peut pas demander à tout le monde d’être d’accord. »

Un ouvrier du bâtiment, dans le camion de son entreprise sourit : « Je reste loyal à mon patron qui m’a sauvé la vie, alors je bosse ce matin mais mon âme est dans la rue. » Il klaxonne, en démarrant, et se fait applaudir par la cinquantaine de militant.e.s. Il s’éloigne en criant : « Merci pour nous! »

Plus loin, un homme s’inquiète : « Les gens ont raison de manifester, mais il ne faut pas de débordement. Mais, je m’inquiète pour l’avenir de mes enfants. Macron a fait n’importe quoi en 2 mandats. »

Dans sa Clio, un étudiant interpelle : « Avec mes camarades de promo, on voudrait faire une action aussi, vous avez un contact ? »

Devant les feux, les militants commencent à s’asseoir afin de bloquer la circulation.

Les policiers, après les sommations décident de les déloger en usant les gaz lacrymogènes. Mais, parfois, ils retournent les individus pour bien viser les yeux.

Plusieurs personnes sont obligés de s’allonger et n’arrivent plus à respirer. Une jeune fille, en panique raconte que le policier lui aurait dit  » toi, je ne vais pas te louper. » Un militant qui n’était pas assis, mais en train de prendre des photos s’est fait retourner et asperger plusieurs fois par du gaz lacrymo.

Devant cette répression démesurée, le cortège décide de se rendre place du 1er mai. Les automobilistes klaxonnent et certains crient leur soutien.

Plusieurs personnes sont à vélo. Les policiers leur demandent de rester sur la route pendant que les piétons doivent se mettre sur les trottoirs et les voies de tramway. Alors que la foule se dirige pacifiquement et dans le calme vers la place du 1er mai, un policier s’agace : « Oh vous me saoulez ! » hurle-t-il avant de gazer les personnes en train de pédaler. Un homme tombe de son vélo. Une jeune femme ne parvient plus à respirer.

Une personne qui se rendait au travail se retrouve dans les gaz. Elle est prise en charge par les medics qui lui versent du sérum phy en avouant, dans une petite voix : « En plus, j’ai voté 2 fois Macron…Mais maintenant je croirai les gens quand il parlent de violences policières. »

Finalement, les militants rejoignent place du 1er mai, les personnes qui étaient au rond-point du Brézet. Ensemble, la foule de 1500 personnes décident de se rendre place des Carmes, devant le siège de l’Entreprise Michelin.

Des prises de parole sont effectuées. Un homme demande à ce que le mouvement reste apolitique et demande où va le mouvement.

Les violences policières sont très vite dénoncées par les militants qui racontent que l’un d’eux a balancé une barrière sur un jeune du quartier du carrefour des pistes.

Certains appellent à bloquer le système, la grande distribution, les grandes entreprises et « demander la démission de Macron. »

Dans le cortège, de nombreux jeunes qui n’ont pas l’habitude d’être vus dans les manifestations syndicales ou politiques prennent aussi la parole. « Aidez la jeunesse, arrêtons de la détruire. Trop de maladies mentales à nos âges. »

Marianne Maximi, députée du Puy-de-Dôme prend elle aussi la parole « On ne nous entend pas. Même à l’Assemblée Nationale. Je suis ici pour faire remonter ce que disent les clermontois. Et vous dire que la vraie violence ce n’est pas celle de manifester, mais de fermer des hôpitaux ou d’être licencié d’un grand groupe qui fait des bénéfices. Nous ne sommes pas responsables de la crise dans laquelle nous sommes. »

Une jeune homme appelle à trouver « un autre chemin que ce futur de merde. »

Puis, la foule décide, à mains levées de se retrouver à Jaude. Grâce au camion du syndicat Solidaires, venu en soutien du mouvement, la musique s’éparpille dans les rues clermontoises ensoleillées. On apprend alors qu’un militant a été mis en Garde à Vue. Le cortège se divise en plusieurs groupes.

Place Gaillard, un groupe bloque la route. Place de Jaude, des militants font une chaîne humaine.

Vers 16H, alors que tout le monde se rassemble place du 1er mai, pour un repas organisé par la cantine solidaire, une personne a été interpellée et les forces de l’ordre ont dispersé la foule avec des gaz lacrymogènes.

A 17H, une assemblée populaire est prévue pour définir la suite du mouvement, place du 1er mai.

Solidaires, Syndicat qui apporte son soutien au mouvement à voulu réagir face aux répressions policières :

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