Grève des enseignants, entre colère et inquiétude

Mardi 10 novembre à 10h30, des professeurs se sont rassemblés pour mener une action symbolique devant le rectorat afin de montrer l’impossibilité d’appliquer le nouveau protocole sanitaire imposé aux écoles, collèges et lycées.

Les profs placent 30 chaises devant le rectorat, afin de représenter une salle de classe. Avec humour, Patrick Lebrun, un syndicaliste de SNES-FSU (Syndicat national des enseignements de second degré) demande « aux mauvais élèves » de se placer dessus. « Allez, on se dépêche !« , presse-t-il, pour commencer la démonstration. Une fois tous assis, il explique donc que les chaises sont disposées comme dans une classe normale, soit collées les unes aux autres. Il demande alors aux personnes de se lever et de déplacer les chaises, afin de respecter la distanciation sociale ordonnée dans le nouveau protocole sanitaire et appliqué dans les établissements scolaires. « Vous voyez, lorsqu’on sépare d’un mètre chacune des trente chaises, on voit bien que cela ne rentre pas dans une classe  » s’exclame t-il. « C’est inapplicable comme protocole à respecter. » conclut-il avant de donner la parole aux différents représentants de syndicats.
Tous étaient présents : FSU, Sud Solidaires, SNU ipp Fnec Fp FO, CGT éduc’action 63, CGT de la coordination départementale, régionale… : « Depuis septembre, le nombre de cas dans les établissements scolaires a explosé, mais pour monsieur Blanquer, « tout va bien »! Un tiers des clusters du pays se trouvent dans les établissements scolaires, mais selon Blanquer, « tout va bien » !  » s’énerve une autre syndicaliste en prenant le micro. En regardant les chiffres donnés par l’académie de Clermont-Ferrand, les cas ont effectivement grimpé en flèche : Sur le cumul des sept derniers jours, entre le 25 septembre et le 15 octobre, le nombre de cas chez les élèves est passé 85 à 207 sur environ 220 000 élèves. Quant au personnel des établissements, on est passé de 8 à 33 cas sur les 22 600 personnes travaillant pour l’éducation nationale.
De mains en mains, le micro passe pour exprimer les revendications déjà anciennes de ces professeurs, comme le dit Sophie Brutus, syndicaliste à la CGT éduc’action63 : « Depuis des semaines et des semaines, nos organisations syndicales, nos collègues, les parents d’élèves demandent des moyens supplémentaires pour permettre à nos élèves et à l’ensemble des personnels de travailler dans les meilleures conditions sanitaires possibles. Où sont ces moyens ? Le Ministre a annoncé un protocole renforcé, un mensonge une fois de plus doublé d’un mépris toujours aussi puissant envers tous les personnels de l’éducation et la jeunesse de ce pays. Rien, non rien n’a été véritablement fait pour protéger élèves et personnels. Classes surchargées, distanciation physique impossible, respect des gestes barrières difficiles à mettre en place, brassage des élèves trop conséquent, voilà la réalité que Jean-Michel Blanquer refuse de regarder en face. » Et elle enchaîne en montrant des exemples concrets : « Comment minimiser partout le brassage des élèves sans modifier les emplois du temps, les récréations, le nombre de services à la cantine, ce qu’interdisent les contraintes de transport scolaire ou les horaires réglementaires ? Comment croire que le nettoyage sera plus fréquent alors que les personnels des collectivités sont déjà en sous-effectif et en souffrance ? En quoi ce protocole est-il renforcé? Hormis le masque dès 6 ans, ce protocole ne change rien et les collègues se sentent plus que jamais méprisés. C’est très clair, nos vies valent moins que leur économie ! » s’insurge-t-elle.

Les demandes des professeurs sont, quant à elles, définies depuis longtemps pour résoudre ces problèmes : la division par deux des effectifs des classes et la mise en place de l’alternance des groupes, et ceci organisé au niveau national. Car comme le dit Sylvain, professeur au lycée Ambroise Brugière, syndicaliste à Sud Éducation, « Si on n’ a pas de plan bien défini au niveau national, on aura un gros problème d’équité entre les élèves, car certains ont cours à temps plein quand d’autres sont en présentiel un cours sur deux. L’année dernière, on a fait seulement deux tiers de l’année scolaire, le troisième trimestre est passé à la trappe, il n’y a pas eu de bulletin. Et il n’y a eu aucune adaptation du programme de cette année face aux manquements de l’année dernière. Il faut alléger le programme de cette année pour faire rattraper celui de l’année dernière. Or si on veut que les élèves passent le bac au niveau national et qu’il n’y ait pas de disparités locales, il faut qu’on ait tous les mêmes modifications au programme, le même aménagement des horaires pour chaque classe etc. On n’a retenu aucune leçon du premier confinement et cette fois-ci, on ne supprimera pas les trimestres comme l’année dernière. Si les épreuves communes nationales du BAC sont remplacées par les notes scolaires, 40% du bac sera local, avec des disparités entre chaque département ou région. « 
Les professeurs demandent aussi un recrutement massif et immédiat des personnels de l’école pour permettre de mieux protéger les élèves et le personnel mais aussi une adaptation du programme de cette année, face au retard pris lors du premier confinement. « On ne veut pas de la même situation qu’au printemps, qui a été catastrophique pour les élèves. On n’est pas pour les cours en distanciel et pour pouvoir rester ouvert, il faut éviter que le nombre de cas augmente. On manque de profs et de place pour établir un protocole sanitaire efficace. On manque aussi d’assistantes sociales, qui dans une période de crise économique comme celle-ci, sont nécessaires aux élèves et leurs familles. On a besoin de personnels pour la médecine scolaire, d’autant plus lors d’une crise sanitaire. On a besoin d’agents de nettoyage, même si là ça concerne la région, pour nettoyer plus en profondeur les établissements. A l’heure actuelle, le nettoyage dit classique ne peut même pas être réalisé avec les sous-effectifs. Tous ces recrutements n’ont pas été anticipés suite au premier confinement, alors que des demandes ont été faites. » explique Sylvain.

Au delà des revendications concernant la crise sanitaire, les syndicats s’insurgent pour leurs droits personnels, ceux des élèves et ceux des soignants, pour défendre tous les services publics, dont effectivement celui de la santé, très touché par le manque de moyens en ces périodes difficiles : ils dénoncent donc la répression faite contre certains lycéens qui demandaient un protocole sanitaire plus adéquat, ils dénoncent aussi le manque de moyens pour les soignants,ils demandent l’arrêt de la criminalisation des militants, parmi eux les syndicalistes avec le retrait des plaintes contre leurs collègues. Ils réclament aussi de cesser toute répression face à droit d’expression et de revendication, l’arrêt des suppressions de lits à l’hôpital et de postes d’infirmiers, l’abandon de la réforme de la retraite, l’abrogation du jour de carence, qui consiste à ne pas rémunérer le fonctionnaire lors de son 1er jour d’arrêt maladie. Il n’est payé qu’à partir du deuxième jour. Enfin ils demandent aussi le maintien des postes et le recrutement de plus d’AED et d’AESH, assistants d’éducation aux élèves en difficultés ou handicapés. C’est alors à Sylvain de conclure : « J’ai l’impression d’être à l’usine, voir passer les élèves, devoir leur inculquer tout ce que je peux en un temps réduit. Je ne peux pas prendre en compte les difficultés, retards ou besoins de chaque élève. Ils n’ont plus le droit à l’erreur, doivent connaître leur parcours professionnel dès le lycée, ils n’ont plus le droit d’être des enfants en fait. Il n’y a plus d’humanisme dans l’école nationale, et au lieu de réduire les inégalités, elle les creuse désormais. »

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Publié le 10 novembre 2020
Écrit par Laura Massip

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