Manif du 13 janvier : profs et parents main dans la main ?

Jeudi 13 janvier, les syndicats de l'Education Nationale ainsi que les associations de parents d'élèves appellent à la grève pour dénoncer les protocoles sanitaires dans les établissements scolaires. Les parents, eux-mêmes, excédés par les va-et-vient en pharmacie, sont, pour beaucoup, solidaires au mouvement. Le 13 janvier sera-t-il la journée de réconciliation entre enseignants et opinion publique ?

On entendait souvent les parents râler sur les grèves, les manifs et les profs absents. Mais, cette fois, la manifestation du 13 janvier semble mettre presque tout le monde d’accord : Ca ne peut plus durer !

Pas de remplaçants ni de capteurs de CO2

La crise sanitaire démontre aux parents le manque de moyens de l’Éducation nationale : Pas de remplaçants, pas de moyens mis en place pour lutter efficacement contre le virus, classes surchargées. « J’ai toujours trouvé que les profs se plaignaient pour rien. Mais en fait, on voit aujourd’hui, que oui, on manque de remplaçants. Que oui, ils achètent leurs masques. Que oui, on n’a toujours pas les purificateurs d’air qui permettraient à nos enfants d’être moins contaminés. » Explique une maman qui a pris sa journée pour défiler du côté des enseignants ce jeudi à Clermont-Ferrand.

La FCPE (Fédération des Conseils des Parents d’Elèves) appelle même à une journée blanche ce jeudi en incitant les familles à garder si possible, leurs enfants à la maison, en soutien au mouvement. « D’habitude, on n’appelle pas à manifester ou de soutien. Là, on se rend compte que nos enfants ont un quotidien cauchemardesque. Mais le ministre ne fait rien pour arranger ça. Il a du recul, mais il continue à balancer des infos du jour au lendemain. On pourrait mettre en place des tests salivaires plutôt que des trucs dans le nez. Nous, on pense qu’il aurait fallu repousser la rentrée car ces semaines sont catastrophiques pour nos enfants. La FCPE dénonce aussi le manque de remplaçants, qui est criant en cette période de crise. Et on apprend que le ministre de l’Education nationale est fier d’avoir fait des économies. Les enseignants avec des bonnes conditions de travail, ça fait des enfants qui ont de bonnes conditions de travail. » explique Catherine Berthémin, vice-présidente départementale de la FCPE.

Directeurs et directrices d’école débordés

Du côté de l’école primaire, les parents voient les directeurs et directrices d’école se démener avec des tableaux Excel pour gérer les cas contact, cas covid, autotests, et attestations sur l’honneur. Clémence, 10 ans, raconte : « Ma maîtresse est aussi directrice d’école, elle nous dit de faire des dessins pendant qu’elle répond au téléphone. Mais elle n’a pas le temps de raccrocher que ça sonne encore. »

Un enfant autiste travaille avec une éducatrice, le 24 avril 2008 à Paris à l’institut médico-éducatif « Les petites victoires », école unique qui utilise la méthode ABA « Applied Behavior Analysis » (Analyse Appliquée du comportement). Le futur plan sur l’autisme sera présenté le 16 mai 2008, jour de la journée nationale de l’autisme, et comportera davantage de nouvelles places d’accueil que le précédent, qui en comptait 2.800, selon les déclarations du ministre du Travail et de la Solidarité Xavier Bertrand, le 02 avril 2008, qui déplorait « des années de retard » en la matière. AFP PHOTO FRANCK FIFE / AFP PHOTO / FRANCK FIFE
Des classes désertées

Idem, au collège, Clémentine, élève en 4eme, explique qu’ils ne sont que 12 sur 31 à être présents en classe. « Les autres sont soit cas positifs, soit restent à la maison le temps de faire un test. On a chaque jour au moins un cours qui saute car le prof n’est pas là, non plus. J’en suis à espérer être positive, car là, venir en cours, ça rime à rien. »

Pour les élèves positifs, la continuité pédagogique devrait être proposé, pourtant, peu d’enseignants parviennent à mener de front, les cours en présentiel et en distanciel. Surtout avec le turn-over constant depuis la rentrée de Janvier. « Les élèves partent tour à tour pour 5 jours d’isolement. Parfois je n’arrive même plus à suivre! » Fait remarquer une enseignante d’anglais dans un lycée clermontois.

Continuité pédagogique impossible

Du côté de la vie scolaire des collèges, c’est la folie. Le téléphone sonne en permanence. « On s’occupe exclusivement des cas Covid, du coup, le reste passe à la trappe. Les problèmes de comportement, les absences injustifiées, on est totalement débordés. »

Devant les pharmacies, toujours la même longue file d’attente. Des enfants tiennent sagement la main de leurs parents. « J’ai déposé ma fille à l’école ce matin, heureusement, je l’ai accompagnée jusqu’au portail, car là, la maîtresse m’a prévenue qu’il fallait que je la fasse tester, il y a un cas Covid dans la classe. » Raconte un père qui a retrouvé dans la queue, d’autres parents de la même classe. « J’ai appelé le boulot, je leur ai dit que j’arriverai en retard, mais sans pouvoir leur préciser à quelle heure exactement j’allais pouvoir rentrer. Je n’ai d’ailleurs rien compris, avec le nouveau protocole, on doit lui faire faire un test PCR, antigénique ou juste un autotest ?  »

Soutien massif des parents pour la grève de Jeudi 13 janvier

Alors quand on parle de la manifestation aux parents, la plupart soutient le mouvement. « Ces protocoles sont inadaptés. Ca n’a aucun sens pour nos enfants. Soit on ferme l’école, soit on épargne nos enfants de toutes ces démarches. Je n’arrive même plus à savoir qui on protège en faisant ça. Et les enfants sont souvent asymptomatiques, ils ne comprennent pas pourquoi ils doivent rester à la maison alors qu’ils ne sont pas malades. » S’agace une mère de famille.

Un autre parent intervient :« Moi, je veux que mes enfants apprennent la solidarité, qu’ils protègent les plus faibles, leurs enseignants, mais jusqu’à quel prix ? Ils ne vont plus au cinéma, ni à la piscine avec l’école. Ca fait deux ans que nos enfants sont les premières victimes de cette crise. Je pense qu’on en paiera le prix un jour. »

Un référé contre le protocole sanitaire dégradé

Pour les syndicats, tels que Sud Education ou CGT Educ’action, le but n’est pas de fermer les écoles mais de mettre les moyens en place pour pouvoir assurer leur métier en toute sécurité. « On se paie nos masques, on n’a pas de remplaçant, on a des classes surchargées. Cette crise sanitaire permet de mettre en évidence les problématiques de l’école. » Explique David Aliguen de la CGT Educ. « On subit une atteinte au droit à la santé » rajoute Sylvain de Sud Education. « Le gouvernement ne met rien en place de concret pour protéger nos élèves et nous. Nous avons d’ailleurs lancé un référé-suspension au Conseil d’Etat contre le protocole sanitaire dégradé. »

David Aliguen poursuit: « En fait, le gouvernement ne cherche pas à protéger ni les gosses, ni l’école. On protège juste l’économie de ce pays, en essayant de laisser les parents au travail. Mais, même ça ça ne tient plus… »

Déjà, les CPE et directeurs d’école ont reçu des appels de parents pour dire qu’ils ne mettraient pas leurs enfants à l’école jeudi 13 janvier, en raison de leur soutien à la grève, une façon de montrer leur mécontentement. « C’est vrai que ça aura au moins ça de positif, les parents seront du côté des profs, et finalement ce n’est pas si souvent. » S’amuse Sylvain.

La manifestation partira de la place Delille à 10 heures, jeudi, à Clermont-Ferrand.

Nos actionnaires, c'est vous.

Aidez-nous à rester gratuit, indépendant et sans pub :

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.