Mobilisation des psys : « Le bonheur devrait être gratuit et accessible ! »

Ils ont l’habitude de nous écouter et on les entend peu. Mais, en ce 10 juin, un préavis de grève a été déposée par l’ensemble des syndicats des psychologues pour dénoncer le manque de considération et de reconnaissance du statut envers le gouvernement qui n’a pas pensé essentiel de mettre les professionnels dans les concertations. A Clermont-Ferrand, une centaine de personnes s’est réunie place de Jaude.

Barnum de la CGT Santé-Social posée devant la statue notoire de la capitale auvergnate. Musiques et discussions. De nombreux psychologues et étudiants se sont donnés rendez-vous dès midi. Stéphanie, membre du Syndicat national des Psychologues, se ravit de la mobilisation.

Un métier précaire

Il faut dire que la profession est peu épargnée et a été touchée de plein fouet par la pandémie. Alors que de plus en plus de personnes souffrent de pression au travail, de burn-out, harcèlement, les psychologues peinent à trouver un travail. « Nous sommes un secteur bouché, on nous propose beaucoup de boulots précaires, à mi-temps, en vacation. Mal payé. Alors que la société a besoin de nous » explique Claire, Secrétaire adjointe du SNP.

Aucune concertation

Le gouvernement a pourtant proposé des mesurettes mais « à côté de la plaque » pour les professionnels qui n’ont jamais été entendus. « Nous n’avons jamais été invités à participer aux discussions de travail, c’est quand même incroyable ! » En exemple, le chèque-psy qui marche mal. Destiné aux étudiants, il propose des consultations gratuites.

Sauf qu’il faut que le professionnel s’inscrive sur une plateforme, que le jeune explique à plusieurs reprises la raison de son désir de rendez-vous, et passe par différents intermédiaires. « Nous savons, nous, qu’il est compliqué d’expliquer et parfois d’assumer qu’on a besoin d’un psy, alors là on demande à un étudiant de se justifier devant le médecin traitant, et les différents partenaires qui le guideront ensuite sur la plateforme.« 

Un métier plus que jamais essentiel

Autre problématique : le manque de moyens. Le public souffre d’un manque de postes. « Et les diplômés on les a. Devant une société de plus en plus pressurisée, et une demande plus en plus importante, notamment chez les enfants, les dispositifs publics sont souvent démantelés. » Explique Bruno Nies de la CGT Santé-social. « Nous pensons qu’il ne faut plus de prescription médicale pour avoir le droit d’aller en consultation psy. Il faut savoir qu’investir dans le suivi psychologique c’est à terme réduire la surconsommation médicamenteuse, le décrochage scolaire, les passages à l’acte violents, et faire faire ainsi des économies à la sécurité sociale. »

Aujourd’hui, la sécurité sociale rembourse aux psychologues libéraux 22 euros par séance. « Quand on a payé nos charges, on est à bien plus ! » Explique Aurélie, vacataire et secrétaire régionale du SNP.

Pas besoin d’avoir une pathologie pour aller voir un psy

Si la profession n’est pas entendue, et voit même des parlementaires demander la naissance d’un ordre des psychologues sans avoir consulté les concernés, elle n’en reste pas moins totalement mobilisée. 21 organisations nationales se sont regroupés afin de travailler notamment sur un code de déontologie. « Nous ne pouvons travailler en pensant au temps qui s’écoule, à l’argent que ça nous coûte. chaque consultation est unique. Et nous devons défendre notre place. Nous ne sommes ni une profession médicale, ni une profession paramédicale. Nous n’avons pas besoin d’être malade pour consulter un psychologue. D’ailleurs, nos études se déroulent à la faculté des Sciences-humaines. C’est un signe tout de même. On peut n’avoir aucune pathologie mais avoir besoin ou envie d’une consultation psy. La pandémie a montré encore plus cela. Chacun peut avoir un coup de mou, sans avoir besoin d’être médicamenté. »

Aujourd’hui, malgré une réévaluation de salaires avec le SEGUR, un psychologue, au bout d’un an de travail, touche 1570 euros nets par mois. « On nous dit aujourd’hui que pour prétendre à la profession, il faudra un doctorat. Soit 8 ans d’études. Pour gagner un tel salaire. Nous contribuons à la santé mentale au sens large du terme. Au bien-être global. C’est un droit que d’être heureux et dont on devrait tous pouvoir prétendre, sans se ruiner, sans que ce soit un parcours du combattant, sans pénurie de psy ou de rendez-vous. Il reste beaucoup de choses à faire. » Conclut Claire, comme si dans notre société, le bonheur restait une option.

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