Quelques heures à un congrès de la CGT

On a reçu un mail tardif, jeudi soir, nous conviant à la conférence de presse de l’Union Locale clermontoise, à l’occasion de leur 6eme congrès, le lendemain à 12H20. Heure traquenard, comme tout le monde le sait. Alors forcément, on a accepté !

Midi vingt donc. Alors que mes confrères se rendent aux petits déjeuners presse organisés par la préfecture, voilà que je me pointe à 12H20, à la salle des fêtes de la maison du peuple. Quelques personnes fument à l’extérieur. J’entre d’un pas décidé. Direction la buvette. J’y retrouve des têtes connues. Il faut dire qu’à Mediacoop, on commence à connaître les figures de la lutte sociale, dans beaucoup de domaines. On se dit bonjour avec les poings ou du coin de l’oeil. Christophe Boucheix, secrétaire général de l’Union Locale, nous dit bonjour. C’est lui qui a envoyé le communiqué de presse. « Au départ, on voulait faire la conférence de presse à 18H30, mais à la fin du congrès, les gens ont tendance à partir vite. »

Seule journaliste présente

C’est donc pendant la pause déjeuner que la CGT reçoit les journalistes. Enfin moi. Parce qu’aucun confrère n’a fait le déplacement. « De toutes façons, on est fâchés avec La Montagne. Ils ont fait un dessin nous maltraitant sur la fermeture du dimanche. Je les appelle désormais la Hontagne, moi. Bon tu veux boire quoi ? » D’habitude, c’est moi qui pose les questions. mais bien obligée d’admettre qu’un petit kir fera l’affaire. Autour de nous, une centaine de congressistes refont le monde. Là, les retraités Michelin. Ici, les représentants de la sécu. Encore là-bas, la CGT spectacles. Par ordre alphabétique, chaque tablée porte le nom des branches. Christophe m’apporte le programme. Depuis ce matin, débats, votes, bilan financier.

Les congrès se déroulent tous les trois ans et sont électifs. « Tu veux reboire un truc? » Non ça ira. Ils permettent de définir la ligne du syndicat. « Tu resteras bien manger avec nous ? On en a trop de toutes façons. » Poulet basquaise, et saint-nectaire. Me voilà attablée avec Pierrot, CGT retraité. Il me parle de ses amours, et de sa lutte au syndicat et au parti communiste depuis 1975. Avec son allure de Père Noël, il affronte chaque journée comme un cadeau, tout en menant ses combats. « J’ai toujours défendu les plus à plaindre, la veuve et l’orphelin. J’ai jamais voulu de gosse, je ne suis pas sûr que j’aurais été à la hauteur. Alors, j’ai lutté pour les autres. » Il est une figure, c’est souvent lui au volant du camion lors des manifestations. « Je donne 5 euros tous les mois à Mediacoop. J’ai pas beaucoup de sous, tu m’en voudras pas. » Pierrot raconte combien avant les gens se syndiquait plus, les débats enflammés. « Parfois, ça allait loin, ils nous disaient comment penser. »

Reprise des hostilités. Repue par la tarte aux pommes, je décide de me caler au fond de la salle, pour voir comment c’est, en vrai, un congrès de la CGT.

Restaurant associatif de La Poste

La première prise de parole commence en me déconcertant. « Vous avez bien mangé ? » On répond unanimement que c’était top. La question n’est pas anodine. Lydia est de la FAPT ( Poste et Télécoms). Elle nous apprend que nous avons mangé grâce au restaurant associatif de La Poste. Un restaurant à sauver. « La Poste menace la mise à mort de notre restaurant associatif dont le budget est social. Ca n’intéresse plus nos patrons d’avoir cette asso gérée par les postiers. Les salariés n’intéressent plus nos dirigeants. La preuve, le résultat d’exploitation a explosé de 20 % et pourtant, nous avons réussi à négocier à 0,2 % sur nos salaires. Notre prime d’intéressement est de 0 euro. Ils parlent de service public mais ils ferment nos bureaux de poste. Si la proximité sociale perdure c’est simplement grâce à la volonté des salariés. Alors, je vous l’annonce ici, attendez vous à des mouvements de grève des postiers…On n’en a pas fini avec la lutte. »

Motions et amendements

Dominique Holle, responsable du secteur Droits et Libertés de l’Union Départementale présente sa motion sur la répression syndicale. Un texte qui dénonce la discrimination ( mise au placard, salaire plafonné) des représentants syndicaux. quelques amendements sont apportés sur le déni de démocratie. « Les employeurs doivent comprendre que les représentants syndicaux sont élus. » Le courrier devrait être envoyé au ministère du travail et au premier ministre, rappelant quelques affaires locales.

Différentes interventions se succèdent, avant la proclamation du vte du bilan financier. Antoine Jalabert, Trésorier annonce quelques chiffres : la moyenne d’âge à l’UL de la CGT est de 51 ans, il y a encore plus d’hommes que de femmes. Il apporte un bouquet à la plus âgée des militantes, retraitée Michelin. Le plus jeune, lui, est cheminot. Et absent. Il fait partie d’une délégation qui attend la visite de Brice Hortefeux.

Après le vote du bilan financier, Nadia présente le document d’orientation des trois prochaines années. Une dizaine d’amendements ont été étudiés par une commission dont celui de la CGT Educ’action qui aurait aimé que le texte soit écrit en écriture inclusive. Julien, ancien secrétaire de l’UD me demande mon avis, à titre consultatif. Il est invité et n’a pas le droit de vote de toutes façons. Un débat intéressant s’engage. « Nous pensons qu’être sur les combats féministes sera plus efficace. » « Je suis dyslexique et je suis incapable de lire un texte en écriture inclusive« . David de la CGT Educ’ retorque : « Le langage est performatif. Il en dit long sur la réalité sociale. Le langage inclusif ce peut être remplacer « individu » par un mot féminin telle que « personne ». Il n’obtient pas gain de cause. Le texte restera en l’état.

Maison du peuple

C’est ensuite un amendement qui concerne le syndicat Multipro (qui regroupe les syndiqués isolés) Actuellement, il regroupe 116 personnes. En temps normal, on en compte une vingtaine. « Ce ne sont pas que des syndiqués dans des petites boites, on a beaucoup de gens qui bossent chez Hermès ou d’autres énormes structures mais sont seuls syndiqués CGT. On est d’accord que ce surplus doit être temporaire. »

J’ia un autre rendez-vous. Je serais bien restée, je trouve les réflexions et débats passionnants. les gens aussi. Animés par la flamme du combat. Ici, on continue à y croire, grâce au groupe, aux autres, aux discussions.

Je me rappelle alors pourquoi je fais ce métier. Pour la plume dans la plaie. Mais aussi pour raconter les luttes, et ceux qui la font. Pour ces visages marqués par des vies en usine, et dans la rue. Des sourires francs mais fatigués. La générosité, la camaraderie. Raconter le sens des choses. De l’autre côté. J’étais la seule journaliste à venir passer du temps au congrès de la CGT et pourtant j’ai la certitude d’avoir été du bon côté. Loin des discours, loin des chichis. A parler de la vraie vie, des fausses victoires, des brefs espoirs.

J’ai quitté la maison du peuple, en me disant qu’elle n’avait jamais aussi bien porté son nom.

PS : Alexandre Varenne avait fondé le journal La Montagne dans le but de donner la parole aux lutteurs de tout poil. Dont ceux du syndicalisme. ( Il leur a écrit un courrier que nous gardons précieusement !) Cent ans plus tard, par leur absence, les journalistes ont souillé sa mémoire. J’espère au moins avoir fait un peu honneur à sa mémoire de journaliste engagé en trinquant au kir cassis…

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1 réflexion sur “Quelques heures à un congrès de la CGT”

  1. bonjours eloise et merci pour ton article comme d’habitude sublime enfin une journaliste qui fait le boulot bravo pour la dernière phrase Sitter alexandre varenne très bien (comme je te l’ai dit ma grand a fait sa carrière au journal )je t’envois plein de bisous amicaux pierrot

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