Masques obligatoires pour les enfants de plus de 6 ans : Mamans désemparées, Education Nationale dans le flou.

Depuis le 29 octobre 2020, un nouveau protocole sanitaire dit « renforcé » a été publié concernant notamment les écoles. De nouvelles directives, comme le port du masque obligatoire dès six ans au lieu de onze, ont été mises en place. Lors de la rentrée des vacances de la Toussaint, le 02 novembre, les enfants de l’école primaire ont dû porter le masque obligatoire au sein de leur établissement. Des mamans doutent de l’efficacité de ces nouvelles directives et craignent des conséquences sur la santé physique et psychologique de leurs enfants à cause du port du masque. L’Education Nationale s’appuie sur ces directives et sur l’instruction obligatoire depuis 1882 pour refuser à ces mères de garder leurs enfants à la maison pour leur faire cours, tout en obligeant les enfants à continuer de porter le masque en classe. Témoignages.

Le nouveau protocole sanitaire s’appliquant aux écoles depuis le 02 novembre révolte. Entre professeurs débordés, parents mécontents et enfants déstabilisés, il ne fait pas l’unanimité. Dounia, maman de huit enfants, âgés de 1 à 16 ans, à Cournon, ne souhaite plus que sa fille et son fils retournent à l’école élémentaire. Entre colère, fatigue et inquiétude profonde, elle à relate son histoire :
« J’ai été un bon petit soldat, j’ai obéi, les grands sont allés au collège et lycée masqués dès septembre. Ils se plaignaient de maux de tête, mais je mettais ça sur le compte des écrans, je ne me méfiais pas. Je travaillais beaucoup donc je leur donnais des dolipranes, je leur faisais des tisanes etc. Je ne me suis pas affolée. Pendant les vacances de la Toussaint, ils n’ont eu aucun mal de tête. Ils n’étaient pas fatigués. A la rentrée, il y a eu le nouveau protocole. Encore une fois, j’ai fait confiance et j’ai envoyé les petits masqués. Un jour, je vais chercher mon fils de huit ans et sa sœur de neuf ans. De la porte de l’école jusqu’au portail, je le vois devenir gris, son visage se crispe. » Dounia est alors en larmes mais tente de parler le plus distinctement possible pour se faire comprendre. « Il se plaint alors de vertiges, il dit que ses jambes sont molles, qu’il a des maux de tête. Je lui dis de baisser son masque mais il avait peur de l’enlever dans l’école, il voulait aller jusqu’au portail avec. Au final il l’a enlevé, il a vite repris des couleurs, mais il a eu mal à la tête jusqu’au coucher, il n’a pas mangé ni pu faire ses devoirs. »

Désespérée par la situation, elle demande à ce que son fils ne porte plus le masque à l’école, ce qui, jusqu’à maintenant a été accepté mais pas sans pression de la part des responsables éducatifs. Pire, elle voit devant l’école une « circulaire de propagande, distribuée par l’académie de Clermont-Ferrand, expliquant les bienfaits du masque à 6 ans et surtout le fait qu’aucun danger n’est possible sur les enfants. Ils ont repris des articles de médias comme Le Parisien » , dit-elle. Lorsqu’elle fait passer un questionnaire aux représentants des parents d’élèves pour que les enfants puissent s’exprimer sur le sujet, aucun retour ne lui ait fait. « Il est temps de les écouter un peu plus ainsi que leur mal-être, mes grands se cachent pour respirer au collège et au lycée. Vous savez, moi aussi j’avais très peur du virus pour ma mère qui est malade, je leur faisais porter le masque devant elle. Ils étaient donc habitués à le porter mais sur une journée de 8h c’est trop. » Surtout, la maman s’inquiète des autres maladies que peut apporter le port du masque. « Dans une école primaire, les maîtresses ne peuvent pas être partout, ce ne sont ni des médecins ni des chirurgiens. La dernière fois, un petit s’était mouché dans son masque. Ça va nous ramener d’autres maladies pulmonaires. Pourquoi les médecins ne disent pas qu’on risque des bactéries ? J’ai fais des recherches. Le fait de respirer dans le masque déshydrate, ce qui cause les maux de tête. Mon plus grand a son acuité visuelle qui baisse depuis la rentrée, ceux au collège et lycée ont des migraines et le travail est là pour nous occuper et fermer les yeux sur leur santé. Même si je leur donne de l’eau, que je leur dis de respirer en cachette et que j’assumerai pour eux, je n’arrive pas à leur donner du réconfort. Je fais pas de politique moi, je cherche des solutions logiques. »

Circulaire transmise devant l’école des enfants de Dounia.

Et la solution pour Dounia, c’est de garder ses enfants et de leur faire école à la maison : « J’aimerais qu’on donne la possibilité aux parents de garder les enfants et faire cours à la maison. Au dernier confinement, Imaya, ma fille est revenue à l’école à la rentrée et la prof m’a félicitée parce qu’elle fait maintenant partie des meilleurs élèves ! Pendant le confinement, quand je lui faisais l’école, elle a progressé. L’argument de l’école pour que je ne les garde pas, c’est de garder du lien social entre les élèves. Moi pour le lien social je veux leur faire faire des correspondances lettrées. Ça leur fait écrire, apprendre l’orthographe et c’est un beau projet pour garder les enfants en contact avec leurs copains. J’ai tous les outils pédagogiques, pourquoi on ne me laisse pas faire ? » Contactée au téléphone, l’argument présenté par l’académie est le suivant : depuis la loi Jules Ferry du 28 mars 1882, l’instruction est obligatoire. Depuis l’ordonnance n°59-45 du 6 janvier 1959, elle a été prolongée jusqu’à l’âge de 16 ans révolus. La famille a donc deux possibilités : scolariser les enfants dans un établissement scolaire ou assurer l’instruction des enfants elle-même. Cette seconde option demande toutefois une déclaration au préalable et surtout d’être faite avant la rentrée. Elle n’est donc pas applicable pour la situation présente, où les mères souhaiteraient garder leurs enfants chez elles pour éviter le port du masque. L’académie de Clermont-Ferrand refuse donc toute absence d’élève et les oblige à continuer l’école en classe. L’académie souligne aussi que les professeurs apprennent aussi les gestes barrières et sanitaires aux enfants, dont le changement de masque toutes les quatre heures. Au vue du témoignage de Dounia, qui explique avoir vu un enfant se moucher dans le masque, ces règles semblent difficilement applicables par les professeurs débordés. L’académie précise aussi qu’un certificat médical peut permettre de garder l’enfant chez soi, sauf que selon les mamans, « Les médecins sont bridés. Ils ne donnent des certificats que pour des pathologies spéciales, ils ont une liste très précise envoyée par le gouvernement. Si l’enfant n’a pas une des pathologies, il doit continuer à aller en classe avec le masque. » Enfin, la dernière réponse que l’académie de Clermont-Ferrand nous donna fut de dire : « Ils (les parents) ont le droit de le penser que le masque est nocif. Mais nous, on n’a pas d’opinion à avoir sur le sujet, on reçoit des directives du niveau national, on les applique c’est tout. »

Pourtant le ministère de l’éducation précise que, pour répondre à la demande des directeurs des écoles, « une fiche juridique va être envoyée en interne aux personnels de direction. Cette fiche confirme que le directeur d’école comme le chef d’établissement peut refuser l’accès de l’établissement à un élève qui ne porterait pas le masque. » Pour Dounia, qui a refusé de dévoiler le nom de l’école de ses enfants, même si le ministère a fait cette déclaration, on fait tout pour l’intimider. « J’ai peur pour mes enfants et les répercussions qu’il pourraient subir. La directrice m’a dit que si je voulais les garder à la maison, il faudrait qu’elle fasse un signalement, sans me dire les conséquences de ce signalement qui remonterait apparemment au procureur. Ce matin, deux personnes de la mairie, l’inspectrice de l’académie, la directrice, le représentant des DDN qui défend toujours le droit des enfants d’habitude m’ont dit qu’il ne fallait pas être égoïste, que les enfants s’adaptaient à tout, qu’ils étaient heureux, que je les mettais en danger. L’inspectrice m’a accusée de vouloir fermer les écoles ! C’est un vrai dialogue de sourd. Elle m’a même dit : « Vous êtes en train de dire que le gouvernement met nos enfants en danger, c’est ça que vous dites ?! » Je lui ai expliqué que les décisions n’étaient pas logiques et changeaient tout le temps. Je demande juste qu’on ne touche pas aux enfants, je n’essaye pas de mettre des gens en tort, je cherche juste des solutions pour mes enfants. »

Chaque situation varie d’un établissement à un autre : Madame Atici, une autre maman de deux jeunes filles de 7 et 9 ans à l’école Félix Thonat à Cournon, s’est vue autorisée à mettre ses filles à l’école sans masques. « Elles sont séparées des autres à la récréation et n’ont pas le droit à la cantine mais au moins elles respirent. Et elles sont très contentes car ils les oppressaient. Elles qui adoraient l’école, elles me disent qu’on ne s’y sent plus pareil, qu’elles n’aiment plus y aller, qu’elles n’y jouent plus comme avant. On doit les motiver tous les jours. Je ne veux pas que ça se dégrade psychologiquement même si physiquement ça va très bien. J’ai demandé à l’école ce qui avait changé depuis le premier confinement pour permettre les masques maintenant. On m’a répondu qu’il y avait eu des enquêtes scientifiques qui auraient montré les bienfaits du masque mais ça ne m’a pas convaincue. Sauf preuve du contraire, je ne prends pas de risques. Elles ne porteront pas le masque. Leurs camarades ont tous les épaules baissées sauf les miens. Leurs camarades leurs disent « vous avez de la chance de pouvoir respirer librement ». La directrice m’a dit qu’ils vivent au jour le jour et reçoivent uniquement des directives. Qu’ils ne sont pas plus informés que nous. Ils sont dans le flou total. »

Face à son fils Nail, qui a peur de remettre le masque car, il le dit, « je ne veux pas mourir » , Dounia s’insurge : « On nous interdit de prendre des décisions pour nos propres enfants avec les soucis qui en découlent. Pourquoi je devrais me sentir mal pour ce que je fais ? A quel moment j’ai fais des enfants pour le président ? On interdit à mes enfants de respirer. Je ne suis plus d’accord, tant que cela ne touchait pas les enfants, ok, mais ça prend trop d’importance. J’aime les enfants, leur insouciance, leur magie qui nous porte chaque jour et là ils s’éteignent. Je ne sais plus comment faire. Même si je fais l’école à la maison je ne lâcherai pas ce combat parce qu’on doit protéger les enfants. J’ai été choquée d’entendre des parents dire que leurs enfants avaient eu des nausées et des maux de tête mais qu’au moins ils n’auraient pas le virus. Personnellement je préfère combattre le virus que tomber malade à cause du masque. Quelle utilité a le masque à part les rendre malades ? On ne connait pas les conditions de fabrication des masques, où ils ont été fabriqués, s’ils sont stérilisés ou pas etc. Si je fais attention au reste, si je choisis ma lessive en faisant attention aux composants, pourquoi je respirerai toute la journée dans une matière dont je ne connais pas les composants ? Les arguments qu’on me donne ne me conviennent pas car ils ne sont pas logiques. L’OMS déconseille les masques pour les enfants de moins de six ans mais ça n’a aucune conséquence pour ceux plus âgés? Il faut s’adapter aux enfants, pas l’inverse. On m’interdit de les protéger. C’est pas une loi, c’est un décret : et en tant que parents on a droit de protéger nos enfants. C’est dur à gérer et à vivre au quotidien. »

Et cette mère a le droit de s’insurger : Selon l’association Unie, il est possible de faire radier son enfant de son école à n’importe quel moment de l’année par un simple courrier ou e-mail. Il faut par la suite faire une déclaration IEF (Instruction En Famille) à la mairie ainsi que auprès du Dasen (Directeur académique des services de l’Éducation nationale) de votre département. L’association Unie avertit cependant les citoyens que ce droit d’instruction en famille est menacé : « Dans son discours du 02 octobre, M. Macron a annoncé vouloir interdire l’instruction en famille dès la rentrée 2021. » Depuis, Dounia a donc fait radier ses deux enfants de l’école élémentaire et les instruit à la maison depuis le 12 novembre. Pour elle, il est essentiel de protéger ce droit, pour que les parents puissent protéger leurs enfants, que ce soit en rapport avec leur santé physique ou psychologique : « Vous savez, il y a de plus en plus de suicides chez les enfants, de phobie scolaire, d’harcèlement à l’école… Il faut pouvoir laisser le droit aux parents de préserver leurs enfants de ces conditions scolaires parfois non adaptées aux petits. » La maman ne sait pas encore si ou quand elle remettra ses protégés à l’école : « Ça dépendra de l’évolution de la situation » , conclut-elle.

À lire également

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

retrouvez-nous sur :

À propos de cet article

Publié le 12 novembre 2020
Écrit par Laura Massip

Nos derniers articles

L'agenda du cactus

Pas d'événement actuellement programmé.

Partager l'article

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur email
Email
Cet article vous a plu ?

Soutenez le Cactus !

Le journalisme a un coût, et le Cactus dépend de vous pour sa survie. Il suffit d’un clic pour soutenir la presse indépendante de votre région. Tous les dons sont déductibles de vos impôts à hauteur de 66% : un don de 50€ ne vous coûte ainsi que 17€.