Elle est la seule entreprise française à faire des vases d’expansion pour le chauffage. Mais tout change lorsque l’ancien directeur vend sa structure à une entreprise italienne « Zilmet. »
« On a vu débarquer un homme se présentant comme commercial, puis il a pris la place du directeur avec lequel tous les salariés s’entendaient bien. » Explique Maxime, 16 ans de boîte. C’était il y a 3 ans. A cette époque, une quinzaine de salariés sont en place. « Mais, on a bien compris rapidement, que le nouveau directeur avait l’ambition de faire un plan social déguisé. » Expliquent les salariés venus soutenir leur collègue.
Un patron entendu pour harcèlement et agression
En effet, rapidement, le parisien venant sur place seulement 2 jours par semaine, ne lésine pas sur les procédures de mises à pieds. Au point que 5 salariés décident de porter plainte contre lui pour harcèlement. L’enquête pénale est en cours. S’est ajouté un dépôt de plainte pour agression physique sur l’un des salariés. Le directeur était d’ailleurs convoqué ce 12 novembre.
Hasard du calendrier, c’est ce même jour que Maxime se présentait aux prud’hommes pour la conciliation. « Je conteste les différentes mises à pieds que je subis. Je suis face à un patron qui est capable de m’accuser de vol sans aucune preuve. » Maxime a ainsi vécu 30 jours cumulés de mises à pieds rien que sur cette année. « Je ne touche pas de salaire durant ces périodes. »
30 jours de mises à pieds
D’ailleurs, actuellement, il est mis à pieds pendant 9 jours, car n’aurait pas suivi l’outillage…pendant ses repos !
Syndiqué à la CGT, Maxime et son avocat, maître Taborda, estiment que le salarié subit de la discrimination syndicale. « Je suis représentant du personnel, et donc salarié protégé. Il faut l’accord de l’inspection du travail, pour me licencier. A deux reprises, ses demandes ont été refusées. Ca le rend dingue de ne pas pouvoir se débarrasser de moi ! »
Pourtant, Maxime est chef d’atelier et sans sa présence, l’usine ne peut pas tourner. « Quand je suis mis à pieds, l’activité est en arrêt, mais on a bien compris que la production des vases d’expansion ne l’intéresse pas tellement. »
Un plan social déguisé ?
En effet, depuis la reprise de l’entreprise par les italiens, la production ne semble plus être au cœur du projet de la structure auvergnate. « On pense tous qu’il veut juste transformer notre boite en plateforme qui reçoit les camions remplis des productions italiennes afin de les redistribuer sur le territoire français, après y avoir collé l’étiquette Gitral, Made In France. »
Vendredi, 2 autres salariés ont reçu leur courrier de licenciement. « Moi, je m’en doutais, je me suis pris le bac avec le patron, ça lui suffit à trouver une faute. » Explique Jérôme, qui après 20 ans chez Gitral, risque d’être licencié. « J’ai 49 ans, et on a des métiers spécifiques, ça va pas être facile de retrouver du boulot. Je n’ai pas passé un beau week-end. »
2 salariés convoqués cette semaine pour une procédure de licenciement
Quentin, un autre salarié, est convoqué lui aussi, mercredi prochain, pour un entretien en vue d’un licenciement. « Depuis son arrivée, nous sommes 5 à être licenciés. Un tiers de l’équipe. » Se désole l’un des salariés.
« Il veut fermer la production sans faire de plan social. Donc, tous les anciens, on va y passer, globalement. Quand ce ne sera qu’une plateforme, seuls deux manutentionnaires suffiront. »
« C’est une honte sociale. »
Gilles Casimir, de la CGT Metallo est venu soutenir ses camarades, et l’ensemble des employés de l’entreprise. « On venait ce matin pour Maxime, mais finalement, dans le week-end, deux autres salariés ont reçu leur convocation à un entretien préalable à licenciement. Ce n’est pas un simple conflit, c’est une honte sociale. » S’agace le syndicaliste avant de poursuivre : « C’est une insulte à l’industrie locale. Et c’est un affront aux syndicalistes. Etre à la CGT n’est pas un crime. Aujourd’hui, des salariés paient le fait d’être nos camarades. On demande la levée immédiate des sanctions et les poursuites contre ce patron. »
Discrimination syndicale
Quant à Maxime, la conciliation n’a rien donné. Défendue par maître Bardin, la société Gitral a estimé que « le salarié utilisait son mandat pour des intérêts personnels. » L’audience aux prud’hommes aura donc lieu le 18 juin à 14 heures. 7 longs mois où Maxime devra continuer à travailler dans une ambiance délétère. Quentin, Jérôme, Guillaume, eux aussi, ont décidé de contester leur licenciement. « Nous étions heureux dans cette entreprise, mais depuis l’arrivée de cet homme, nos vies sont brisées. Il nous arrive de devenir dingues, on ne dort plus les nuits. » Exprime Maxime qui dans un souffle confie : « Et quand je dors, je rêve d’un monde dans lequel ce patron n’existe pas. »