LieU’topie : un «petit oral » pour parler de colonialisme vert

Hier soir, un espace de discussion s’est ouvert à LieU’topie afin d’aborder le thème de l’écologie décoloniale. De quoi mieux comprendre les liens entre expansion coloniale et exploitation de l’environnement mais aussi leur héritage et leurs impacts aujourd’hui.

À LieU’topie, les jours passent mais ne se ressemblent pas. Hier soir, c’était « petit oral », du nom de l’événement proposé. Une table ronde plutôt. Avec une dizaine de personnes autour et Rita à la barre pour nous parler du sujet qu’elle avait choisi. Au programme : écologie décoloniale et bien d’autres choses encore.

Coin chill, thème urgent

L’écologie décoloniale est un sujet d’étude qui passionne Rita, bénévole à LieU’topie. Quoi de mieux qu’un apéro pour inviter chaque personne qui le souhaite à venir échanger ? l’entrée libre et le « coin chill » au fond des locaux permettent un débat bienveillant et apaisé.

Dans un premier temps, Rita expose son travail. Le monologue permet de poser les bases. L’écologie décoloniale se veut un outil de compréhension et de lutte contre l’oubli de la prise en compte des fondations coloniales, patriarcales et esclavagistes de la modernité.

Conservation, protection, exploitation

Même le colonialisme se met au vert. Ce n’est pas nouveau d’ailleurs. À la fin du 19ème siècle, l’Européen voit en Afrique ce qu’il a perdu sur son continent : une nature vierge et édénique. Peu à peu, c’est la création des premiers parcs naturels. Mais au lendemain des années 1960, les anciens administrateurs coloniaux deviennent des sortes d’experts ou chercheurs, un peu héros, en charge de sauver toute cette biodiversité. Mais cet Eden à sauver n’existe que dans l’imaginaire. Sa réalisation se fait à coup de répression envers les populations locales qui subissent des atrocités venant des éco-gardes, sous l’œil parfois de grandes ONG telles que l’UNESCO ou WWF.

L’écologie décoloniale se veut une critique du concept de « Wilderness », soit d’une nature sauvage non habitée que les locaux détruiraient par leurs pratiques et que les colons s’accapareraient donc pour y remédier avec toujours à l’esprit, l’argument classique d’un apport technique, culturel et/ou civilisationnel. Aujourd’hui, partout dans le monde, des milliers d’individus ont été contraints à l’expulsion ou à la misère au nom de la conservation.

Tous enquêteurs

Après l’exposé, vient le moment de la discussion. Très vite le sujet s’élargit. Quel est l’impact du manque d’éléments que nous possédons sur le colonialisme vert ? Pour certains chercheurs, l’enjeu est très lié à la perspective presque toujours métropolitaine de notre vision de la France. Pourquoi ne pas parler, à la météo, des risques beaucoup plus grands dans les Caraïbes du réchauffement climatique ? Pourquoi ne pas dire plus souvent que 80% de la biodiversité française se trouve dans les Outre-mer ?

Notre approche de l’écologie a un besoin urgent de prendre en compte les systèmes de dominations existants. Surtout à l’heure où les anciennes puissances coloniales et d’autres s’accaparent les ressources des anciens pays colonisés ou des pays pauvres. « Décoloniser, c’est apprendre à reconnaître l’héritage de cette histoire coloniale que nous partageons avec tous les peuples du monde. C’est une enquête pour comprendre pourquoi, par qui et comment le Colonialisme a été mis en place. Nous sommes tou.te.s légitimes pour mener cette enquête, avec nos différentes origines, langues, religions ou couleurs de peaux. Décoloniser c’est l’espoir que cette histoire nous rassemble au lieu de nous diviser. », exprimait Extinction Rébellion dans son article « Pour une écologie décoloniale ».

Le phénomène ne se vérifie pas qu’en Afrique mais sur d’autres territoires comme l’Amérique où les populations ont aussi été utilisées comme force de travail pour l’exploitation intensive des ressources et l’enrichissement des Européens. Pour mieux les comprendre, Rita propose la lecture de deux livres : L’invention du coloniaisme vert de Guillame blanc et Les révoltes du ciel de Fabien Locher et Jean-Baptiste Fressoz.

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