Nous sommes le 8 février. Il est 6 heures du matin. La police sonne à la porte d’un appartement. Un homme lui ouvre. Une quinzaine de policiers demande à voir la femme et les deux enfants, et leur ordonne de les suivre. Les enfants de 7 et 15 ans, tous les deux scolarisés sur des établissements clermontois paniquent. On ne sait même pas s’ils auront eu le temps de prendre un souvenir, un doudou, un jouet, un vêtement. Tout se passe très vite. L’homme se retrouve seul. Il s’est marié le 28 décembre 2022 avec la mère des deux enfants. Elle est arrivée sur le territoire fin 2016. Rom, elle a été obligée de fuir la Serbie, seule avec ses deux petits.
Embarqués dans un avion affrété par le ministère de l’interieur
Au commissariat, on lui dit qu’un avion affrété par le ministère de l’intérieur les attend à Aulnat. Les militants l’ont au bout du fil, ils lui disent de refuser. Derrière, le cri des enfants. Elle finira par monter dans l’avion, paniquée, tenant chacun de ses enfants par la main.
Arrivés à Belgrade, ils ont le « droit » de quelques jours à l’hôtel avant d’être mis dehors. Là-bas, Jean Dupouy, militant du RESF 63, en est convaincu « Ils sont condamnés à mort. » En effet, en Serbie, comme dans d’autres pays, les Roms sont maltraités. ils n’ont le droit à rien. « Les enfants ne pourront plus aller à l’école, ils n’ont plus le droit au soin ni au travail. » Soupire le militant.
En danger de mort
Il faut un certificat d’installation dans ces pays, attribué par les autorités locales (maire ou autorités policières). « Or, on n’a jamais vu un maire autoriser une installation à un rom, même s’il a l’argent suffisant pour prendre une logement. Cette minorité dort sous le pont de Belgrade. Beaucoup meurent de froid et de faim. » Jean Dupouy arrête son récit. Puis reprend : « La vie de ces enfants est finie. »
Selon lui, la mère de famille cherchera de l’argent auprès de ses proches pour une seule chose : tenter de revenir en France. « Sinon, elle sait que ses enfants et elle sont condamnés à mort. » Mais, cette maman a reçu une Interdiction de Retourner sur le Territoire Français. (IRTF de 18 mois.) « Elle devra se cacher, mais si elle ne revient pas, elle meurt. Voilà la France démocratique. »
Punie pour avoir dormi chez son mari
Comment donc en est-on arrivé là ? « Je n’avais pas vu de telle procédure depuis 10 ans, et en général, elle est appliquée pour des personnes qui ont commis un délit. »
La loi sur l’immigration s’est extrêmement durcie depuis l’arrivée de E.Macron au pouvoir, à en croire les nouvelles lois votées. Mais, là, une suite de situations malheureuses a eu raison de cette mère de famille.
Arrivée fin 2016 sur le territoire français, avec deux enfants dont un nouveau-né, elle était hébergée par le 115, dans un petit hôtel payé par l’ANEF. En 2020, elle rencontre celui qu’elle épousera le 2 décembre 2022 et elle décide de passer du temps chez lui, avec ses enfants. Elle dort chez lui. Ce qui lui est interdit, puisqu’elle est hébergée officiellement à l’hôtel et assignée à résidence car toujours pas régularisée, malgré ses demandes.
Autorisation de visite domiciliaire
Cela a suffi a irrité la préfecture et le juge des libertés et de la détention qui ordonne une autorisation de visite domiciliaire. (Permettant à la police de se rendre au domicile entre 6 heures et 21 heures afin d’emmener à l’aéroport ou en centre de rétention.) « C’est ça qui est dégueulasse, c’est que ce juge n’a même pas pris le temps d’entendre la partie adverse soit la mère de famille. Normalement, un juge ne peut pas prendre cette décision sans entendre les deux parties !On a l’impression que désormais la justice est à la botte de la préfecture. Un monde impartial dans lequel, on est sûrs de perdre… »
Dans le courrier administratif, il est dit que de toutes façons, l’enfant de 15 ans est arrivé déjà grand en France, qu’il connaît donc la Serbie, qu’il s’y adaptera. (En 2016, il n’avait que 8 ans, et était parti bien avant de Serbie puisque la maman est passée par la Suède pour arriver sur le territoire.) Pour le petit, qui n’avait que quelques mois à son arrivée en France, il est justement petit et pourra compter sur l’adaptabilité de l’enfance !
Des enfants arrachés à leurs amis et école
Ces arguments ont donc eu raison de ces enfants. Des bureaucrates loin d’être de fins pédo-psychologues ont décidé pour eux, qu’ils seront mieux en Serbie, sans autorisation de retourner à l’école, sans le droit aux soins, ni même le droit au logement.
Pourtant, une lueur d’espoir. Cette procédure arrive alors qu’un dossier avait été déposé à la cour d’appel du tribunal administratif de Lyon. « Un mince espoir, mais en fait la procédure a eu lieu sans l’attente du verdict. Il se pourrait que cette cour d’appel enjoint au préfet le retour sur le territoire de cette maman et de ses deux enfants. »
Les militants de RESF ont décidé d’écrire une lettre ouverte au préfet. Au nom de la Convention Internationale des droits de l’enfant. « Mais ils savent très bien, tous ces décideurs, ce qu’ils font, ils savent très bien que là-bas, ils ne peuvent pas survivre. Ils savent très bien qu’ils emmènent les gens à la mort… » S’indigne Jean Dupouy. « Je suis un militant des Droits de l’Homme, et notre combat est juste. »
Une mobilisation qui se prépare
Des parents d’élèves de l’école Charles Perrault ainsi que ceux du collège Jeanne D’arc (établissement des deux enfants) commencent à se mobiliser pour montrer eux aussi leur indignation. A la rentrée, une petite chaise en classe de CP et une autre dans une classe de 3eme seront vides…