Le dernier roman d’Edouard Louis, le livre de ce début d’année !

C’est un livre épatant que nous offre une nouvelle fois Edouard Louis. Epatant par le fond incroyablement politique et la forme totalement nouvelle. Plongée au coeur d’un livre qui hors du commun.

Des livres, je passe mon temps avec. Rarement déçue, quoique. Souvent épatée par le talent, mais jamais comme celui d’Edouard Louis. Déjà ses écrits sur son père et son enfance m’avait épatée. On ne ressort pas indemne des histoires cabossées de celui qui désormais fait figure de référence en auteur contemporain. Le réalisme du récit et sa superbe fluidité nous permet de nous trouver là engoncé dans un petit appart qui transpire la violence et la misère sociale.

Une magnifique lettre d’amour…

Alors, avec Combats et métamorphoses d’une femme, on pensait qu’Edouard Louis allait encore nous proposer le récit des misérables du 21 eme siècle, et qu’on allait aimer mais qu’on savait déjà…

Mais par une habileté d’écriture incroyable, Edouard Louis parle d’une mère qu’il a analysé avec finesse, qu’il aime profondément autant qu’il en a eu honte. On l’imagine très bien la prendre de haut, à l’âge de l’adolescence, quand il parcourt les livres et qu’elle s’abreuve de séries et d’émissions à la con à la télé. Le futur romancier n’était pas dans la bonne famille, un peu comme dans un Long fleuve tranquille. Le gamin a trop de jugeotte pour rester indifférent à la destinée de sa mère, de ses frère et soeur. Il analyse alors la violence du manque d’argent, la violence des relations amoureuses, la violence du système patriarcal, et de ce piège qui se referme sur ces femmes qui n’ont rien d’autre que leur homme pour survivre. Car vivre ce serait trop demandé.

Un véritable conte social

Il y a bien les instants de grâce, d’une mère enivrée qui chante. Et de ce quotidien rassurant entre les courses et le repassage.

Et puis, il y a la délivrance, la prise de conscience, la nouvelle vie qui se prépare, le grand saut. On ne naît pas femme, on le devient disait Simone de Beauvoir. La mère d’Edouard Louis devient elle-même après de trop nombreuses années, enfermée dans un rôle, et dans une condition.

Il faut , c’est vrai, un autre homme, pour la voir s’épanouir. Il faut passer par des travaux ingrats, mais on en retient la simple dignité d’une femme qui demande à son propre fils s’il peut l’embaucher comme femme de ménage.

La mère devient alors un exemple, une femme parmi tant d’autres, coincée entre misère collective et épanouissement personnel. elle ressemble à toutes les femmes, toutes les femmes à leur mari, toutes les mères bloquées entre deux horaires d’école.

Des logements sociaux à Catherine Deneuve

En plus de décrire le monde contemporain avec justesse, Edouard Louis raconte les détails d’une femme qui parle trop, critique les voisins pour combler l’ennui. Edouard Louis parle à sa mère, la tutoie tout le long du livre, et lui reproche encore parfois ses manquements. Mais que par amour. Edouard Louis signe là une déclaration d’amour à sa mère, aux femmes, mais aussi à ce milieu social dévastateur, qui finalement parvient parfois à construire ceux qui y vivent.

C’est un livre à lire pour se réconcilier avec les mères, les femmes, et pour découvrir la métamorphose de celles qui croient…

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