Mal payées, mal formées, surexploitées : les AESH disent « Ça suffit ! »

Ce matin à 10h30, de nombreux personnels de l’Éducation nationale étaient rassemblés devant les grilles du rectorat, à Clermont-Ferrand. Tous ont dénoncé les conditions de travail et le statut précaire des AESH. Une délégation a été reçue à 11h30 avant un pique-nique sur place et une grande assemblée générale à 14 heures.

On ne saurait même plus vous dire combien d’articles Mediacoop a publié sur le sort des AESH. Les Accompagnants d’élèves en situation de handicap sont des passionnés. On pourrait dire les accompagnantes car la grande majorité des agents sont des femmes. Elles passent leurs journées aux côtés des élèves qui en ont besoin. Et tout ça pour pas grand-chose, des salaires ridicules et des formations au lance-pierre.

Ce matin, elles étaient devant les grilles du rectorat pour dénoncer cette situation et porter leurs revendications, soutenues par d’autres agents de l’Éducation nationale.

Temps partiels, salaires partiels

Les AESH ne touchent pas souvent le smic. « En moyenne, leur salaire, c’est 897€ par mois. », annonce Frédéric de la FSU, lors des prises de parole. Pour ces agents, le temps partiel concerne 98% des contrats. Il y a actuellement une progression de salaire de 288€ net entre une nouvelle AESH et une autre qui a 30 ans de carrière derrière elle.

Dix bras mais pas de chocolat…

« On est en colère. On est sous-payées, sous-formées et on nous demande d’avoir dix bras ! », dénonce une AESH du collège Pierre Mendès Frande de Riom. En France, les accompagnantes d’élèves en situation de handicap manquent cruellement. Le gouvernement ne recrute pas. Ainsi, celles qui travaillent le font pour 5, parfois plus. Elles se retrouvent à multiplier les tâches et à s’occuper de près de 10 enfants par moment. Ainsi, que dire de la politique d’inclusion ? Comment prendre en compte les besoins d’un enfant lorsqu’il y en a neuf autres à accompagner ?

Un nouveau coup dans le dos

Nous sommes au mois d’avril. Lors de la Conférence Nationale du Handicap, le président annonce que dès la rentrée 2023-2024, un nouveau métier sera créé à partir de deux. Les AESH et les AED (Assistants d’éducation, surveillants) deviendront tous des ARE (Accompagnant à la réussite éducative). Ainsi, les uns pourront s’occuper des tâches des autres et même en effectuer de nouvelles.

Cette fusion, c’est imaginer que ces métiers sont interchangeables, c’est méconnaitre les missions des agents, c’est nier tout simplement leurs spécificités et les compétences nécessaires. « S’ils nous appellent autrement, il n’y a plus la notion de handicap dans notre statut mais nous, c’est ça aussi notre métier. », s’inquiète une AESH.

« C’est un discours totalement méprisant. On nous reproche de ne pas être spécialisés dans le handicap alors qu’on est pas formés comme il faut. », explique un coordinateur des classes d’élèves en situation de handicap.  Cette décision, comme beaucoup d’autres, répond à une volonté de réduire les coûts. Mais les agents ne comptent pas être fatalistes et revendiquent de nouveaux droits.

Salaires, formations, statut !

Devant les grilles du rectorat, les prises de parole s’enchainent. Une grande poupée avec 8 bras est placée en haut des marches. Elle représente la polyvalence exigée des agents mais aussi tous les éléments que ces derniers reprochent à leur ministère. Micro en main, une participante les décroche. D’autres écrivent sur des pancartes vierges pour « faire passer des messages au recteur ».

Au micro, les agents et leurs représentants réclament la création d’un véritable statut de la fonction publique pour leur métier, l’augmentation des rémunérations avec comme objectif l’alignement sur les catégories B, la possibilité de pouvoir travailler à temps complet, l’abandon de la politique de mutualisation des AESH et AED, la prise en compte de la pénibilité, une formation de qualité et le recrutement d’assez d’AESH pour que chacune puisse travailler dans des conditions décentes et que les élèves et les familles soient accompagnés comme il faut.

« AESH, ce n’est pas qu’une feuille de route balancée au milieu d’un mandat. Qu’un petit chiffre derrière une notification. Il y a des vies derrière tout ça. On n’est pas le couteau suisse de l’Éducation nationale. », clame Marie Carle, de la CGT Éduc’Action. Elle et d’autres syndicats ont été reçus au rectorat à 11h30 avant une grande assemblée générale à 14 heures pour décider des suites du mouvement.

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