Philippe Poutou au Rio

Philippe Poutou est venu présenter le film "Il nous reste la colère" retraçant la lutte des ex-salariés Ford au cinéma Le Rio de Clermont-Ferrand. Nous y étions, on vous raconte les coulisses de cette très belle soirée !

En gare de Clermont-Ferrand, il nous passe devant, occupé à discuter avec un mec rencontré dans le train. « Ah pardon, mais c’est drôle, le jeune homme a vu le film hier sur Paris et du coup, on a parlé de l’industrie automobile. Je crois qu’il était de droite, mais vraiment intéressant. Et qu’il soit allé voir le film, ça montre qu’il est vraiment ouvert. »

Une assemblée multi-générationnelle

Philippe s’engouffre dans la Clio pour se rendre au Rio. Il pèle. Ca sent la neige comme on dit ici. Sur la banquette arrière, « L’arabe du futur 6 » , « Ah je ne l’ai pas encore lu » note l’ex-salarié Ford.

On n’est pas en avance, même si le train n’avait pas de retard. Arrivé à 19H34, le film débute à 20 heures. Un de ses camarades du NPA le rejoint.

Devant le cinéma associatif d’Art et Essai de Clermont-Ferrand, la queue se présente pour prendre les billets. La foule est multigénérationnelle. Des étudiants, des lycéens, des militants de la première heure, des hommes, des femmes, des personnes âgées.

On présente le film. 90 personnes sont assises confortablement devant le grand écran.

Entre luttes et politique

Philippe Poutou est invité à dîner par le cinéma dans les bureaux. Il goûte sa première truffade. « C’est super bon, ce truc-là ! » Il en reprend 3 fois. « Ah mais, ça se mange avec le jambon, là... »

Aurélie, salariée du cinéma, ouvre une petite bouteille de vin. Laura et Guy du Conseil d’Administration du cinéma font la conversation. Demain, Philippe a un train à 5H50. « J’ai Conseil Municipal à 14 Heures à Bordeaux. » Puis, il nous raconte cette vie-là. Cette autre vie à lui. Celle de la politique. Ca dévie sur la France Insoumise en plein tourment. « On pourrait faire couler un café ? » Philippe dégaine souvent son téléphone. « Faire la tournée pour un film, c’est fatigant. Je repars à Lille mercredi, Vendredi je suis à Nantes. En janvier, février, j’ai 12 séances par mois. Les cinémas demandent ma présence. Ce qui est bête car j’ai beaucoup moins à dire que les réalisateurs. Mais, mon nom est un peu connu quand même. »

Entre manifs et meetings

Dehors, il neige. « Whaouh, la neige n’est pas tombée depuis au moins 5 ans à Bordeaux… » Puis de reprendre la conversation en croquant dans une part de tarte à la myrtille sur la gentrification lente de Bordeaux. « On voit la ville comme riche, mais elle regorge de quartiers populaires. Et c’est leur parole qu’on a envie de porter. Les délibérations du Conseil Municipal de demain font 18 mille pages. Ca prend un temps fou, même si on ne lit pas tout évidemment. Mais, il faut que l’on interroge politiquement les décisions. »

Philippe a l’oeil. « J’ai compté 84 personnes dans la salle c’est ça? » demande-t-il à Aurélie qui était à la caisse. « 90 entrées payantes, quelques invités. » Pas loin. « L’habitude avec les manifs et les meetings.« 

Il est l’heure de retourner en salle pour le débat. Mediacoop doit animer, mais c’était oublier que Philippe Poutou est aguerri à ce genre d’interactions. Nos relances sont inutiles. On se contente de distribuer le micro à chaque main qui se lève.

Monde syndical

Les spectateurs demandent d’abord des nouvelles des ex-salariés. Philippe répond en boutade sur Gilles, qui pleure souvent à l’écran « mais qui va très bien, c’est juste qu’il pleure tout le temps… »

Puis, très vite, le débat devient politique. Des questions sur l’organisation syndicale, les Gilets Jaunes, la façon de lutter. On lui demande son avis sur les dividendes-salariés. Et on questionne les luttes à venir, et l’éternel débat sur la convergence des combats. On reconnaît dans la salle, des jeunes militants écologistes, des militants d’ATTAC, une candidate France Insoumise aux législatives. On salue du regard les militants de l’Association France-Palestine Solidarité.

Convergence des luttes

« Une dernière question? » Yves lève la main. « Et si vous étiez président de la république, vous feriez quoi des médias, de la police et de l’armée ? » Demande-t-il sourire en coin. Philippe s’amuse de la question. « Bon, nous sommes antimilitaristes, contre les médias détenus par les riches. La question de la police c’est moins simple, hein… »

Avant de terminer le débat, Philippe parle de ses camarades de lutte de l’usine. « Ils gagnent pas beaucoup d’argent mais ils sont heureux. Ils ont retrouvé un travail et font de belles choses qu’ils ont choisies. » Puis, il enchaîne sur le livre édité par Libertalia « Ford, même pas mort », un recueil de textes écrit par de nombreux artistes sur la fermeture de l’usine. « J’en ai 15 seulement. »

Un mot dans le carnet de correspondance

On prévient, c’est tout blanc dehors. Peu importe, les gens se ruent vers Philippe Poutou. Dont un lycéen qiu lui tend son carnet de correspondance. « Vous pouvez me mettre un mot dans mon cahier ?« Derrière lui, une de ses profs le reconnaît. Elle éclate de rire. « Vivent les sorties libres ! »

La soirée se termine. Philippe dédicace l’affiche du film « Merci pour l’accueil et la truffade, amitiés capitalistes. » Tous les livres ont été vendus. « Je n’en amène jamais assez… » Ses pieds foulent le tapis blanc des rues clermontoises. On le ramène à son hôtel, près de la gare. « On a réservé une chambre au nom de Poutou. Poutou Philippe. » Le veilleur de nuit sourit. « Oui, on l’attendait. »

Ce matin, le train de 5H50 était à l’heure. Philippe Poutou envoie un message de remerciements pour la soirée. « Il était très sympa le veilleur et j’ai même pu déjeuner. »

Des luttes perdues d’avance ?

Tout semble simple dans la vie de Philippe Poutou, qui travaille désormais pour Urban Production, boite qui a permis la réalisation du film. Tout semble toujours beau et neuf dans le regard de cet ex-salarié qui s’amuse de ses combats perdus d’avance. « Ben, l’usine on savait qu’elle fermerait. Mais, on a gagné du temps, on a mis la pression. L’important c’est la lutte, pas forcément de la gagner. C’est ce qu’on représente. Comme le NPA au présidentielles. Comme Bordeaux en lutte aux municipales. Etre là, contre les gros. Qu’ils sachent que nous ne sommes pas d’accord. Que nous existons. Nous ne devons cesser d’exister. Et faire entendre la voix de ceux qu’ils méprisent. Et faire bouger les lignes politiques. Permettre de réfléchir autrement, de remettre en question. »

Déranger l’ordre établi, en somme. Avec le sourire. Les yeux rieurs. Et bien sûr le poing levé. « Ca finira bien par marcher… »

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