Quelque chose dans l’air

La première a eu lieu en 1930. Depuis, pas une année sans la Fête de l’Humanité. Jusqu’à 2020, lorsque le rassemblement a été annulé par la crise sanitaire. Il fallait se rattraper. Ce fut le cas. En 2021, l’évènement a été à la hauteur des attentes. Après deux ans sans se retrouver, les amis, les camarades, les organisateurs, chacun a senti, ressenti, la ferveur de la Fête. Il y avait quelque chose dans l’air.

Un vent de lutte

Les associations ? Pas une once de découragement. Elles étaient au rendez-vous. Le Secours Populaire avait sorti les grands moyens avec distribution de jouets et espaces de collecte. Les bénévoles ? Plus motivés que jamais. Stylos et pétitions à la main, mise en place des stands, sur le pont dès le vendredi pour donner de leur temps, de leur force et de leur cœur. Les organismes ? A peine secoués. On ne compte pas les fois où « Vous avez cinq minutes pour parler d’OXFAM » s’est entendu sur la place principale de la Fête. Les causes ? Encore plus nombreuses, encore plus déterminées. Le collectif Justice pour Adama était là et nous a fait penser à Wissam.

Des chapiteaux contre le blocus de Cuba, des forums et débats en cascade pour parler de l’assurance chômage et de la réforme des retraites. Des luttes universelles quoi. C’est d’ailleurs ce thème qu’avait choisi la Fête pour ses noms de rues cette année.

Le retour du rendez-vous des gauches a marqué le retour des débats. On retient celui passionnant sur le thème toujours plus actuel de l’économie sociale et solidaire. Notre député communiste André Chassaigne en parlait avec Olivia Grégoire, secrétaire d’état auprès du ministre de l’Économie chargée de l’Économie sociale, solidaire et responsable et Jérôme Saddier, président d’ESS France.

On retient évidemment les débats choc. Le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal est arrivé sous les huées. Il se frottait à Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, en terrain conquis. Plan de relance, Ségur de la santé mais surtout retraites et chômages, la joute verbale s’est concentrée sur les questions sociales. Attal en est sorti secoué.

Moins amochée, Valérie Pécresse est sortie d’un échange plus cordial avec le secrétaire général du Parti Communiste Fabien Roussel. Moins amochée mais pas moins huée par les militants qui dénonçaient ses idées réactionnaires. Les questions « doivent-ils venir ou non ? Faut-il les inviter ou pas ? » ont encore suscité des discussions enflammées tout le week-end. Le débat a au moins eu l’avantage de mettre en lumière les différences notables entre les deux candidats.

Des différences ? Beaucoup de points communs à l’inverse entre les représentants du PCF, des Insoumis et des Verts interrogés par différentes associations de la solidarité. Adrien Quatennens, Ian Brossat et Sandra Regol ont montré, dans leurs réponses à quel point la gauche peut se rassembler sur de nombreux sujets.

Tous étaient d’accord également pour parler des médias. D’un média en général. CNews était dans toutes les bouches. Plusieurs débats ont abordé la question. Lors de la discussion entre Julia Cagé, économiste des médias et Fabien Gay, sénateur PCF notamment. Avec la directrice générale de l’observatoire des élu.e.s locaux Joséphine Delpeyra, ils ont creusé les différentes problématiques que posent la lepénisation des ondes et la bataille de l’hégémonie culturelle.

D’abord, le CSA et son manque d’outils et de fermeté face à des propos comme ceux que sème Zemmour. Ensuite, la nécessité de redémocratiser les médias pour sortir de leur extrême-droitisation. Enfin, faire cesser la course au buzz, malsaine et à l’origine d’une disparition de l’information traditionnelle. Julia Cagé l’expliquait : « Les règles actuelles du CSA ne fonctionnent pas du tout. BFMTV fait de moins en moins d’info et de plus en plus de talkshow. Elle court après CNews. Le pire avec cette chaine, c’est qu’elle arrive à imposer ses thèmes au débat public ».

Evidemment, les débats sur la question sanitaire étaient nombreux. « Crise sanitaire, un nouveau monde en commun ? », « Quelle politique culturelle pendant la crise sanitaire », « Mutualité, la démocratie sanitaire face à la crise », le sujet était dans toutes les bouches et s’est invité dans toutes les discussions, même celles où elle n’avait rien à faire de prime abord. Qu’importe, après une année sans Fête, les participants ont quelque peu oublié l’aspect anxiogène du contexte sanitaire. Pendant trois jours, il y avait quelque chose dans l’air.

Un vent de liberté

La fête dans toute les allées. Du monde partout. La jauge maximum a même été atteinte plusieurs fois. Quel bonheur de marcher à nouveau au ralenti, dans les bouchons, à la sortie des débats ou des concerts. De prendre le temps de rencontrer les autres, de boire un verre, d’échanger. On en prend plein les yeux, les déguisements sont drôles, des t-shirts à l’effigie de personnages emblématiques des gauches sautent aux yeux. De stand en stand, on fait un tour de France en vingt minutes. Le temps de découvrir ce qui anime tous les participants et de passer d’une ambiance à l’autre. En Normandie, c’est la fête jusqu’au milieu de la nuit. Dans les stands de la région parisienne, ça ne s’arrête jamais.

Dans le village du monde, on découvre les luttes de chaque pays et on comprend que ces causes sont plus qu’une histoire de frontières. Les parfums des cuisines locales enivrent. Au fil des stands, on arrive sur la grande scène.

 Quelle programmation. Ce qui fait de la Fête de l’Huma un festival unique était encore à l’honneur pour cette 85ème édition : la variété. Il y en a pour tout le monde : IAM, Trust, Tryo, Alain Souchon, Panda Dub ou encore Fatoumata Diawara.

Variée et engagée. Yseult a porté comme à son habitude un message de liberté et d’acceptation de soi. Sur la scène d’à côté, Suzanne a brillé de ses chorégraphies-karaté pour envoyer valser le machisme. Tryo a fait chanter son hymne, celui de nos campagnes rappelant l’importance de la question écologique dans le festival.  A noter que la programmation a laissé une large place au rap avec Fianso qui a enflammé la grande scène et soutenu en chanson la lutte pour la justice dans l’affaire Adama. La relève était bien en place incarnée par de jeunes rappeurs comme Josman ou Soso Maness. Les vieux briscards pas en restes. IAM a dansé le mia et a mis le feu, dommage que ceux qui n’étaient pas là ne retienne que les « tout le monde déteste la police » d’une certaine partie de la foule.

Bella Ciao

Il y a une chanson qui n’a pas été interprétée sur scène mais qui s’est entendue des dizaines de fois pendant toute la Fête. Bella Ciao, dans ses innombrables versions initiées notamment par la série espagnole La Casa de Papel. Ces quelques notes si connues nous rappelaient à chaque fois l’histoire de cette mélodie, d’abord moyen d’expression des saisonnières italiennes dans les rizières pour dénoncer leurs conditions de travail puis, chant des partisans, ces résistants italiens de la Seconde guerre mondiale. On ne pouvait nous empêcher de penser à toutes ces luttes qu’il reste à mener. On les retrouvera sûrement l’année prochaine, à la Fête de l’Huma.

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