A l’occasion de l’Assemblée Générale de l’ADRA 63, Association de Défense des Retraités Agricoles du Puy-de-dôme, qui se déroule ce vendredi à Parent, nous avons pu discuter avec son président, Bernard Favodon, des avancées mais aussi des évolutions attendues pour une meilleure prise en charge de la retraite agricole.
Les grandes perdantes sont, encore une fois, les femmes. Jusqu’en 1999, alors qu’elles travaillaient durement dans les champs, elles étaient sans profession. « Ma mère bossait deux fois plus que mon père, car elle gérait la maison aussi, mais quand à l’école il fallait écrire le métier de nos mères, nous, enfants de couples agriculteurs, mettions presque tous « sans profession ». » Explique Bernard, aujourd’hui, lui-même agriculteur à la retraite.
Les femmes, grandes perdantes
En 1999, elles deviennent collaboratrices. Pas plus. Les chefs d’exploitation sont les maris, les pères, les hommes. « Mon père gagnait 5000 francs de retraite, et ma mère 3000 euros. J’ose même pas calculer en euros. » A l’époque, les agriculteurs n’ont pas le droit non plus à la complémentaire, ouverte aux artisans ou commerçants.
Il faudra attendre la loi Germinal Peiro, sous Jospin, en 2003, pour une revalorisation des retraites à hauteur de 75 % du SMIC. Ce qui ne pesait guère lourd malgré tout. Il faut dire que les agriculteurs cotisent peu puisque leurs prélèvements se font sur leur revenu cadastral, c’est-à-dire au pro rata de leur surface d’exploitation.
850 euros par mois en moyenne
Depuis, les chefs d’exploitation peuvent faire valoir leur comptabilité réelle. Mais en moyenne, les retraites agricoles restent les plus basses de la société et continuent de marquer la différence entre hommes et femmes. Les chefs d’exploitation gagnent ainsi 850 euros par mois quand leur « collaboratrice » ne touchent que 550 euros. Le minimum vieillesse en France s’élève à 907 euros.
« Pourtant, les agriculteurs n’ont pas compté leurs heures. Et on nous a fait travailler dans les produits chimiques qui nous ont rendus malade. »
Quelques victoires à l’assemblée
Une revalorisation sera donc prise ne compte à partir du 1er novembre, la base des retraites sera désormais de 85 % du SMIC, au lieu de 75 %. Un agriculteur pourra donc toucher au minimum 1025 euros. « C’est André Chassaigne qui a fait entendre notre voix à l’assemblée et qui a gagné ce combat. » Explique Bernard. Mais, la majorité y a mis quelques conditions. « Beaucoup ont fait du ramassage scolaire, ou autres petits boulots en périodes creuses, ou avant de s’installer, et bien ceux-là ne seront pas concernés par l’augmentation de leur retraite. Il ne fallait pas tant travailler ! » S’agace le président de l’ADRA 63.
Autre avancée, les retraites de femmes seront elles aussi revalorisées de 75 à 120 euros. « Mais elles ne gagnent toujours pas autant que leur mari… » Déplore Bernard qui a travaillé sur le dossier de la parité dans le monde agricole avec André Chassaigne.
Des aides familiaux sans statut
« Nous avons de petites retraites car souvent, nous avons commencé à cotiser tardivement. En effet, avant de nous installer ou reprendre la ferme familiale, nous étions des « aides familiaux ». Nous vivions à la ferme chez nos parents, nous étions des bras dans les champs, et la bouche supplémentaire à nourrir. Nous n’avions aucun statut, pourtant nous bossions à temps plein, mais nous n’étions pas chef d’exploitation ni même salarié. »
Autres raison pour laquelle les retraités paysans ne logent pas à la même enseigne, c’est que le monde agricole a refusé d’entrer à la Sécurité Sociale lors de sa création à la libération, en 1945. « On a eu la MSA, qui est un régime à part, fondé en 1952. »
Une MSA déficitaire
Mais, en 1958, à la mise en place des retraites par la sécurité sociale, le monde agricole a un train de retard. « Et ça ne va pas s’arranger. Aujourd’hui, on compte un actif pour 3,7 retraités dans le monde paysan. Alors, la MSA est sacrément déficitaire. On a calculé que dans la prochaine décennie, 50 % des agriculteurs actuels seront à la retraite. Peu sont remplacés. »
Le monde agricole souffre de son image. « C’est un métier-passion, tu bosses jamais moins de 70 heures par semaine et tu n’arrives pas toujours à te faire un SMIC. Donc, les jeunes hésitent à se lancer. » Bernard, 72 ans, a pourtant vu son fils reprendre une exploitation en bio, avec un associé. « Dans notre département, les petites structures ont tendance à disparaître. Elles s’agrandissent, du coup, on manque de main d’œuvre. Et pour s’installer, il faut de sacrés capitaux, il faut acheter des bêtes, des bâtiments. Si les retraites étaient d’un meilleur niveau, les besoins de fermage (location des terres) seraient moindres. »
Une association qui rassemble
Fondateur en 1986 de la Confédération Paysanne au côté de José Bové, Bernard est un syndicaliste de longue date. « Mais l’association de défense des retraites regroupe tout le monde. la FNSEA comme la conf’. Là, pour le coup, l’injustice de nos petites pensions ne fait pas trop débat. »
L’ADRA 63 participe également beaucoup à d’autres combats autour de la retraite ou de la dépendance des personnes âgées. « On n’est pas corporatiste. On est dans la solidarité. On défends toutes les retraites injustes. » Explique Bernard, 72 ans, et se revendiquant comme l’un des plus jeunes de l’association. « On a vu des évolutions quand même, mais ce n’est pas encore ça et notre secteur d’activité a un avenir incertain, on a tendance à développer l’industrie plutôt que la paysannerie. » Conclut-il.