La SNCF, une histoire de luttes et de rails.

Le 18 septembre, une grève est annoncée par les syndicats, dont ceux du ferroviaire. Nous avons voulu connaître l'histoire de la SNCF, les victoires syndicales et l'évolution de l'histoire du rail. Rencontre avec Alexandre Miklas de la CGT Cheminots.

Dans le bureau, des dizaines d’autocollants, drapeaux, dont un de l’OM. Mais Alexandre s’en défend : « Moi, je suis pour Saint-Etienne! » Face au jeune syndicaliste, des dizaines de papiers qu’il a ressortis pour raconter l’histoire du rail en France. « Accroche-toi, c’est pas simple. » Prévient-il.

1823: le premier train !

Parce que tout commence, il y a plus de deux siècles. En 1823, exactement. Le premier train est mis en fonctionnement pour les mines entre Saint-Etienne et Andrézieux.

A l’époque, les concessions sont privées. Début du 20eme siècle, 5 compagnies se répartissent le territoire.

Déjà, un régime spécial permet aux sociétés de bénéficier de droits salariaux contre des devoirs d’astreinte et de pénibilité du travail. « On a longtemps considéré notre statut comme un privilège, mais il venait contrecarrer les devoirs des cheminots. »

Des grèves et un régime spécial

D’ailleurs, pour obtenir ce régime, des grèves vont se succéder entre 1909 et 1911.

En 1920, une grève dite révolutionnaire demande la nationalisation des transports. Les sociétés privées ne parviennent pas à gérer leur réseau et à les faire communiquer entre eux.

Création de la SNCF en 1938

Ave le Front populaire en 1936, l’idée de la nationalisation fait son chemin. En 1938, de nouvelles grèves permettent la naissance de la …SNCF. 49% de la société continuent à appartenir à 6 sociétés privées. L’état acquiert 51% des parts.

Mais, la guerre arrive, et l’entreprise est mise sous la coupelle de Vichy. Pourtant, de nombreux cheminots feront acte de résistance, grâce à des sabotages. Pierre Semard, alors secrétaire général de la CGT est fusillé en mars 1942.

Les cheminots et la résistance

Mais, la résistance se construit et de nombreux wagons d’armement sont détournés. 2200 cheminots seront assassinés pour actes de résistance et la SNCF sera une des seules entreprises françaises à obtenir la légion d’honneur et la croix de guerre, notamment grâce à son réseau de résistants : Résistance Fer.

Le 10 août 1944, la SNCF participera à une grève insurrectionnelle. « Et depuis, la CGT cheminots est invitée chaque année, le 10 août, sur la tombe du soldat inconnu pour raviver la flamme. »

Après guerre, les petites lignes commencent à fermer. Avant guerre, on compte 90 mille kilomètres de voies ferrées, et 425 mille cheminots. En 2018, on ne recensait plus que 30 mille kilomètres de rails et 142 mille travailleurs.

1982 : Nationalisation

En 1982, l’Etat nationalise totalement l’entreprise, accentuant sur la notion de « Service Public ». Mais, dès 1972, la décentralisation commence à avoir un impact en découpant le territoire en différentes régions. « Mais, à cette époque la nationalisation ôtait la notion de rentabilité. Et cela permettait de désenclaver les territoires ruraux. »

Malgré tout, les petites lignes continuent à fermer. Notamment celles qui ne sont pas rentables, et bien souvent, implantées dans le milieu rural.

Des grèves par dizaines

« Je crois que les cheminots se sont inscrits dans toutes les grèves. De mai 68 à la grève nationale plus petite. » Renchérit Alexandre. « Notre régime spécial devrait être un modèle pour toutes et tous. »

Et au jeune syndicaliste d’énumérer les grèves de 1986 pour les salaires, ou encore celles de 1995 qui furent une victoire contre le plan Juppé. « Ils voulaient faire disparaître notre régime spécial et 6000 kilomètres de voies. On a tout gardé. »

RFF, TER

En 1997, naît le Réseau Ferré de France, en charge à la maintenance. « La SNCF paie un péage au RFF pour circuler. Une manière de nous faire comprendre qu’on devait se préparer à la concurrence. » Se désole Alexandre.

En 2002, les TER entame un nouveau virage pour l’entreprise SNCF. C’est aux régions d’organiser les transports. L’Etat gère uniquement les réseaux. « On s’est rendu compte que toutes les régions n’avaient pas les mêmes moyens et on y voyait surtout le désinvestissement de l’Etat. »

Mise en concurrence

Le véritable tournant se produit peut-être en 2005, quand les premiers trains FRET privés arrivent dans les gares. Puis en 2010, les trains voyageurs peuvent être internationaux, non pas par coopération des réseaux, mais parce que des entreprises étrangères débarquent en France.

Une directive européenne, en 2014, permet l’ouverture à la concurrence, elle sera effective en 2018, malgré de nombreuses grèves.

La SNCF se divise alors en 3 EPIC (Etablissement public à caractère industriel et commercial en France) : la holding SNCF côtoie désormais la société pour les réseaux, et la société dédiée aux voyageurs.

Des luttes pour conserver les acquis sociaux

Les acquis sociaux des cheminots se détériorent. Et ils doivent lutter pour garder certaines lignes de leur statut. En 2016, ils voient la suppression des accords du temps de travail (RH77). Par exemple, cela permettait à un mécanicien qui finissait à 19H de ne pas revenir avant 6 Heures du matin le lendemain. Au bout de 10 jours de grèves, les cheminots parviennent à des accords d’entreprise.

Mais quand une victoire survient, une nouvelle lutte l’accompagne. En 2018, une nouvelle réforme ferroviaire est mise en place, et les EPIC deviennent des SA afin de pouvoir recevoir des Capitaux privés. Mais pas seulement, l’année 2018 est une année noire pour les travailleurs. « La SNCF a abandonné le Fret, et les régions se retrouvent seules à financer leurs transports ferroviaires. » 3 mois de grève permettent de ne pas autoriser les capitaux privés.

Malgré tout, on assiste à une ouverture à la concurrence. le Fret rétrocède 23 flux qui d’ailleurs pour certains n’ont pas encore trouvé de repreneurs. « On va voir des milliers de camions supplémentaires. » Les régions aussi s’ouvrent à la concurrence. Certaines comme l’Occitanie s’y oppose, quand d’autres n’hésitent pas, comme la région AURA.

Ainsi, même pour les TGV, on a l’embarras du choix.

Grève pour les retraites

En 2019, de nouvelles grèves, longues de 2 mois, se mettent en place pour lutter contre la retraite à points. Une victoire qui sera ternie par la fin des statuts à l’embauche en 2020. « Les personnes embauchées après 2020 n’ont pas les mêmes droits que ceux qui font exactement le même travail mais ont été embauchés avant… »

En 2023, dernier combat en date contre le report de l’âge à la retraite.

Des victoires et des défaites

Mais Alexandre le concède : « On a eu de belles victoires. Mais on a perdu en nombre de lignes, en nombre de salariés, en dégradation de service public, et le statut à l’embauche. »

Malgré tout, le jeune syndicaliste ne désespère pas. « On a encore le projet d’un nouveau statut de travailleur cheminot, quelle que soit son entreprise. Ca concerne la rémunération, les droits sociaux, la protection sociale, le temps et les conditions de travail, ou encore la formation. » Le but de la CGT est de développer le service public ferroviaire, avec des infrastructures viables et des propositions concrètes.

De nouvelles revendications pour le 18 septembre

Ainsi, le 18 septembre, les cheminots seront dans la rue. « Tous les syndicats ont appelé à la grève. Il y aura forcément des trains à l’arrêt. » La CGT Cheminots revendiquera des augmentations de salaires, mais aussi des embauches, une grille unique de salaires, l’arrêt de la concurrence et de la sous-traitance, et le financement pérenne du réseau.

« Ce sera une grève supplémentaire à notre actif. Mais quand on relit l’histoire, on a eu de nombreuses victoires et notre statut reste un exemple. Le combat de nos anciens n’a pas à être piétiné par des politiques d’austérité. »

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