« Le Covid est devenu un argument pour les licenciements » Retour sur la manifestation de ce jeudi 17 septembre

Le rendez-vous est acté à 11 heures devant les bureaux de la direction de la Poste de Clermont-Ferrand. En effet, en amont d’un rassemblement interprofessionnel, la CGT a appelé à se mobiliser aux côtés des facteurs et factrices en grève.

C’est Malika qui ouvre le bal des prises de parole, sous un soleil cognant chacun des drapeaux réunis en masse. Malika est secrétaire CGT FAPT 63 (Fédération des salariés du secteur des Activités Postales et de télécommunication). Elle rappelle les conditions de travail dégradées surtout depuis le confinement. « On travaille avec notre propre matériel, certains ne sont toujours pas rappelés au bureau. » Malika qui travaille pour « La Banque postale » est en fait une salariée de la Poste et n’a donc pas droit à la convention des banques qui lui permettrait d’avoir son 13eme mois et les deux jours de congés consécutifs. « A la poste partout où ils peuvent faire des économies ils le font, enfin non, ils ne font des économies que sur le dos des salariés. »

Malika Chelly, secretaire de la CGT FAPT63 a pris la parole

Sylvain prend à son tour la parole, il représente les facteurs et factrices. Une mobilisation se prépare à partir du 28 septembre dans leurs rangs. « Depuis 2007, on assiste à des réorganisations de service et c’est notre première vraie mobilisation depuis 15 ans, pourtant en 15 ans, on a perdu 150000 mille salariés. On a prétexté l’ouverture à la concurrence, on a prétendu à une baisse du nombre de courriers, aujourd’hui, on nous dit qu’à cause du confinement, on doit réduire les effectifs, et la direction en a profité pour faire partir tous les salariés en contrat précaire, cdd, etc, soit plus de 10 mille postes »

mobilisation devant la  » grande » poste clermontoise

Aujourd’hui, l’Etat n’est plus majoritaire de La Poste, c’est désormais la Caisse des dépôts et de consignation. Consigné avant la reprise d’une entreprise privée ? « Il ne faut pas se leurrer avec autant de personnes en moins, on ne peut pas faire le boulot correctement, le centre de distribution est plein, nous regrettons que la qualité de service public ne soit plus au rendez-vous, faute de ressources humaines. »

Sylvain Le Noc représentant CGT

La Poste, ce n’est pas que la distribution du courrier mais de nombreuses filiales. Nous en avons comptabilisé plus d’une trentaine dans les domaines de l’assurance, de l’habitat, de la téléphonie, de la banque et de la distribution. Quand un salarié nous apprend que désormais, même La Poste n’envoie plus par courrier les bulletins de salaire à ses salariés, (alors même que le groupe se plaint de la réduction des lettres), on comprend mieux pourquoi quand on constate que les salariés reçoivent leur bulletin de paie par voie dématérialisée, grâce à leur propre filiale Digiposte. « Il est évident que les bénéfices dûs à l’explosion d’envois de colis notamment durant le confinement ne profitent pas aux postiers, mais aux filiales. »

cortège pour aller à la préfecture

Les salariés en colère ont aussi questionné la redistribution du versement de l’argent public. « Depuis 2012, La poste touchait 300 millions d’euros au titre du CICE. Cette aide de l’état dépend du nombre de salariés, mais surtout, du nombre de salaires ne dépassant pas 1,6 fois le SMIC, ce qui explique peut-être qu’un facteur commence à 1200 euros et finit sa carrière à 1600 euros maximum…On ne paie pas trop les gens pour pouvoir toucher encore plus d’argent public ! »

Sylvain revient sur la période du confinement, et rappelle que les facteurs travaillaient trois jours par semaine : « Ce qui a agacé La Montagne qui a fait une pétition pour qu’on retourne bosser tous les jours, distribuer leur journal. Cette presse d’ailleurs qui a refusé de diffuser notre communiqué concernant notre mobilisation de ce matin… »

En terme d’argent public, La Poste reçoit aussi des subventions pour l’aménagement du territoire (avec les bureaux de poste)pour 177 millions d’euros, l’accessibilité Bancaire (La Poste ne peut pas refuser l’ouverture d’un compte), la distribution de la Presse (100 millions d’euros) et le Service Universel Postal pour le travail 6 jours sur 7 des agents.

« On manque de moyens mais notre boulot c’est de faire tampon entre la direction parisienne et les clients pas contents parce que faute de personnel, le colis n’est pas à l’heure. Mais, ça n’ira pas en s’arrangeant. Le samedi, ce sera des distributions de secteur plus longues avec beaucoup de route, cela aura des répercussions sur le lundi. Mais tout est comme ça avec La Poste, dès que la direction peut économiser sur le dos des salariés. Notre coupure méridienne est imposée pour ne pas que l’on travaille 6 heures d’affilée, sinon selon le droit du travail, il faudrait nous payer notre pause de 20 minutes ! » explique Sylvain qui ne se relâche pas tout en disant : « Mais il ne faut pas trop se plaindre, pas trop parler fort, pas trop critiquer, un camarade de l’Allier sera devant le tribunal le 21 octobre car il a dit que les patrons de la poste étaient des voyous. »

Une autre salariée, « guichetière » raconte elle aussi les dégradations de son emploi. « En 20 ans, je n’ai jamais eu un seul grade. Je bosse dans un bureau de poste, en ville. A la campagne, ils ont une stratégie incroyable pour les faire fermer. Ils ne font ouvrir les bureaux que sur des horaires peu accessibles pour les gens qui travaillent, du coup, les clients se détournent vers d’autres prestataires, alors la direction peut dire  » vous voyez, il n’y a personne ici, autant fermer le bureau. »Mais en réalité, ils ont tout fait pour faire fuir la clientèle.  » Désormais, de nombreux responsables de bureaux deviennent responsables de secteur. « Parfois, ils doivent gérer 5 lieux, avec beaucoup de route au milieu, c’est dangereux, polluant et on perd en qualité de service. »

Malika reprend « Alors, ils vont te faire croire à la Poste qu’ils font gaffe au côté social de l’entreprise. Tiens pour preuve, aujourd’hui, il y a une réunion, pile le jour de notre grève. Parce que pendant le confinement ce n’était pas possible, pourtant bizarrement pour parler de restructuration, on a eu droit à de nombreuses visio… »

Les agents demandent donc à leur employeur de recruter, et de former. « Actuellement, on fait des doublures, le nouveau est formé par l’employé, sauf que ça crée une surcharge de travail au collègue qui en plus de sa journée doit être formateur. »

Après ces prises de parole, le cortège a rejoint l’interprofessionnel pour accéder à la préfecture. L’Unef, Le FSU, ATTAC, le NPA, Solidaires, et d’autres organisations étaient présentes. Une délégation a été reçue par le préfet pour dénoncer « la casse sociale ». En effet, d’autres secteurs sont touchés comme l’aéronautique. Ghislain Dubourg, Secretaire de l’UD de la CGT conclut donc ainsi son intervention : « Des restructurations se font actuellement partout, à croire que le Covid est le meilleur argument des gros patrons pour effectuer des licenciements. « 

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À propos de cet article

Publié le 17 septembre 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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