Loi LPR : entre précarisation de la recherche et démolition de la démocratie à l’université

Les enseignants et étudiants se sont rassemblés, le 17 novembre, à 15h, devant la préfecture de Clermont-Ferrand. Ils dénonçaient la loi LPR (Loi de Programmation pluriannuelle de la Recherche) qui a été votée le même jour, dans la soirée, à l’Assemblée Nationale. La manifestation était organisée par l’Université Clermont Auvergne et les syndicats.

La contestation de la loi Programmation Recherche a rassemblé une quarantaine de personnes à Clermont-Ferrand. Certains professeurs avaient déjà commencé une grève des « écrans noirs », en refusant de faire cours en distanciel, entre le 13 et 17 novembre. Cette loi, qui devait au départ redonner des moyens à la recherche pour éviter le décrochage scolaire, vise non seulement le budget de la recherche, le statut des enseignants-chercheurs et leur embauche, mais aussi la pratique démocratique à l’université. Selon Cyril Triolaire, enseignant-chercheur et maître de conférences en études théâtrales, « le budget est fixé pour la période de 2021 à 2030 et il est insuffisant. L’État va faire un effort financier mais seulement à la fin de la période fixée, ce qui ne nous garantit rien. Donc pour 2021, le budget, aujourd’hui de 5,8 milliards, ne va augmenter que de 0.4%, ce qui est ridicule. La seconde chose que l’on reproche concernant le budget, c’est qu’il va permettre les financements par projets mais plus de financements permettant une recherche durable et pérenne. » explique-t-il. Lukas, un étudiant en sociologie, syndicaliste de l’UNEF (Union nationale des étudiants de France), s’insurge aussi contre ce budget : « Notre université est en ruines, les fenêtres s’ouvrent toutes seules, il fait froid, le crépi des murs se dissout. Si la loi réduit le budget sur le long terme, ça impactera les profs, les étudiants et les autres professions qui travaillent à l’université. On aura moins de profs, on sera encore plus blindés en amphi alors qu’on a déjà des classes surchargées de 40 à 60 étudiants. L’enseignement sera de moins bonne qualité c’est sûr. »

Mais la loi vise aussi les enseignants. Elle condamne la profession d’enseignant à devenir un travail précaire : « On a une remise en question de notre statut : la loi va créer des « CDI de mission scientifique« . En vérité, ce ne seront absolument pas des CDI puisque ce seront des contrats de travail sur quatre ou cinq ans. Ils seront associés à un projet défini. A la fin du projet, le contrat s’achèvera aussi. Ça ne change rien pour les titulaires actuels, mais pour les étudiants qui veulent devenir enseignants-chercheurs, ça ne leur promet pas un bel avenir dans la recherche. » continue Cyril, inquiet pour les futures générations. Un décret du 28 octobre ajoute une cerise sur un gâteau déjà amer : « Le CNU (Conseil National des Universités), qui régule nous embauche, garantit une évaluation indépendante de notre travail, ne pourra plus nous nommer maître de conférences. Ce seront les comités des universités qui décideront de nous embaucher. Ils auront la mainmise sur nos contrats et nos salaires. Ça risque de mettre les universités en concurrence, entre celles qui auront plus ou moins de moyens pour proposer un bon salaire. Mais ça risque aussi de créer une concurrence chez les professeurs, entre ceux qui connaîtront déjà les dirigeants de l’université et les autres. » décrit le professeur-chercheur, qui au fur et à mesure de ses explications, désespère.

Il s’insurge aussi contre l’amendement 147, qui n’a rien à voir avec le projet de loi de départ, proposé le 9 novembre dernier. Cet amendement pénalise toute contestation sociale à l’université : « Avec ce genre de loi, Mai 68 n’aurait jamais existé. Cette loi va détruire la démocratie étudiante en criminalisant l’action syndicale. Les députés veulent mettre au pas la société. C’est très préoccupant quand on voit nos droits être dissouts d’année en année. C’est pourquoi cinquante-cinq matières ont cessé leurs activités administratives sur tout le territoire pour une durée illimitée. On ne programme plus rien. Je vous dis tout ça avec la pêche, parce qu’il en faut bien, mais c’est horrible ce qu’il se passe pour nous. » Lukas aussi se sent bafoué par cet amendement : « On risquera désormais trois ans de prison et 45 000 euros d’amende si on fait un blocage, tout le monde ne peut pas se permettre de risquer ça. Ce sera une entrave au débat démocratique nécessaire. » Quant à la FSU (Fédération syndicale unitaire), elle dénonce « une atteinte disproportionnée à la liberté d’expression et aux libertés syndicales et étudiantes, qui va à l’encontre de la conception démocratique que nous nous faisons de l’université française » ainsi que la déclaration agressive du ministre de l’Éducation Nationale qui accuse l’université française de « complicité intellectuelle avec le terrorisme. » Cette déclaration a choqué les enseignants et syndicats. En réponse, le syndicat rappelle que « les acteurs de l’enseignement doivent être soutenus dans leur travail de construction d’un esprit critique éclairé, à l’abri des vindictes et des accusations diffamatoires. Les syndicats étudiants doivent être libres de leurs opinions. »

La loi a finalement été votée avec 188 voix pour et 83 voix contre à l’Assemblée Nationale.

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Publié le 18 novembre 2020
Écrit par Laura Massip

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