Avant tout, un peu d’histoire. Mayotte est depuis 2011 le 101e département français. Mais notre route commune date de plus longtemps. Le 25 avril 1841, Mayotte est racheté par la France et devient une colonie. Entre temps, de l’eau a coulé dans l’océan indien et un référendum a eu lieu pour décider du sort de l’archipel. Mayotte est resté Français. Ce petit bout de Pays des Lumières se situe à 8000 kilomètres de Paris. Il se compose de deux îles principales. Petite-Terre et Grande-Terre. Petite-Terre est la plus densément peuplée avec des villes comme Dzaoudzi, Labattoir ou Pamandzi. Mammoudzou, la plus grande ville et préfecture est en Grande-Terre.
Mayotte est quasiment laissé à l’abandon. Jusque-là, on ne vous apprend pas grand-chose. Le département est l’un des plus pauvres de France. L’eau y est un enjeu énorme. Sur l’île, un tiers des logements recensés n’est pas raccordé au réseau. La santé est aussi un secteur en tension. En 2019, 45 % des plus de 15 ans déclaraient avoir dû renoncer à des soins. Le coût de la vie est difficile à assumer pour les habitants. Selon un rapport de l’INSEE publié en 2018, 77 % de la population vit sous le seuil de pauvreté national, comparé à 14 % pour la France métropolitaine
Alors Mayotte peut-il être considéré comme une zone d’exception ? De moindres droits ? C’est en tous cas ce que laisse penser l’opération Wuambushu.
Darmanin daredare sur la « reprise en main »
Lancée fin avril par le ministre de l’intérieur Gérald Darmanin, l’opération Wuambushu (du mahorais « Reprise en main ») répond à un objectif de lutte contre l’immigration. Elle doit aussi, selon le gouvernement, lutter contre le logement insalubre, l’insécurité et la délinquance. Entre fin avril et début juin, près de 500 habitations de tôle ont été démolies. L’État vise la destruction d’environ 1 250 logements d’ici la fin 2023.
L’un des objectifs est comme mentionné plus haut de répondre à la forte immigration, en provenance notamment de l’archipel voisin des Comores. 70 kilomètres séparent les deux pays. Celles et ceux qui tentent la traversée le font entre autres pour accéder au système de santé français. En effet, si Mayotte n’est pas un département riche à l’échelle de la France, le niveau de vie y est jusqu’à 8 fois plus élevé pour certains habitants de cette région de l’Océan Indien. Pourtant, l’archipel souffre de l’exode du personnel soignant qui préfère travailler et vivre en France.
Avec l’arrivée de nombreuses personnes venues d’autres pays, la population mahoraise a explosé ces dernières années. De nombreux habitants s’amassent dans les Bangas, abris de fortunes montés avec les moyens du bord. Précisons qu’aujourd’hui, près de la moitié des habitants de l’archipel sont étrangers. Mais la pauvreté n’est pas la faute des Comoriens. Dans les cases de tôles vivent au total 40 % des habitants du département.
Chasse aux pauvres
L’opération Wuambushu a été lancée le 24 avril. Dès le 23, les contrôles d’identité se multipliaient à plusieurs endroits de l’île. Des résistances se sont organisées faisant des blessés du côté des habitants et des forces de l’ordre. Les affrontements ont duré des semaines. On note même des tirs à balles réels.
Mais le 24 avril fut un faux départ. La destruction du plus grand bidonville de Mayotte, Talus 2, n’a eu lieu que le 22 mai. Son démantèlement d’abord prévu prévu le 25 avril avait été suspendu par le tribunal judiciaire de Mamoudzou au motif que la démolition pourrait mettre « en péril la sécurité » d’autres habitants. Une décision finalement infirmée en appel.
Le 22 mai, c’est dans la brutalité que la destruction a finalement eu lieu. Devant leurs yeux, les habitants ont vu leur vie détruite. Tous leurs biens. Leurs efforts pour se créer un endroit un tout petit peu à soi. L’État, lui, dit que c’est pour leur bien. Il est évident que ces habitats sont indignes. Évidemment qu’il fallait les détruire. Mais auraient-ils dû un jour être bâtis ? Il fallait assurer avant que la pelleteuse ne sévisse. Trouver des solutions. Loger dignement. Donner les mêmes chances à tous. Maintenant, des habitants précaires sont poussés vers encore plus de précarité.
Depuis le début de l’opération, des voix s’élèvent pour dénoncer cette politique brutale et anti-pauvres. Mais Wuambushu est prolongée. Darmanin a officialisé la décision lors d’un déplacement à Mayotte en juin. « C’est une opération qui donne des bons résultats. Il faut que nous continuions, sans doute un peu différemment », déclarait-il alors à la presse.
Des phrases assumées alors que des affrontements ont lieu depuis le début de l’opération, alors que les habitants sont peu relogés contrairement à ce qui a été promis, alors que des personnes en situations de migration sont expulsées à tour de bras. Mais dans cette histoire, le plus grand mal est peut-être celui qui sévit dans les têtes.
Dresser les Hommes contre les Hommes
Darmanin a-t-il la volonté de bien faire ? On y croit peu. Veut-il draguer la droite dure ? Déjà plus probable. Poursuivre sa politique de chasse aux migrants ? Ça fait sens.
N’ayons pas peur des mots. La délinquance est présente à Mayotte. L’insécurité. L’immigration massive. Mais le lien n’est pas à faire entre les trois. S’il ne faut pas avoir peur des mots, il ne faut pas avoir peur des solutions non plus. Faudrait-il encore en proposer. Plus de moyens déjà, humains, matériels et financiers. Un meilleur accueil aussi pour éviter les saturations dans les services publics et la montée de la haine. Car oui, des collectifs ont publiquement soutenu cette opération. Oui, des Mahorais se sont dressés devant les portes des hôpitaux pour bloquer l’accès aux étrangers. Oui, le Vice-Président divers centre du département de Mayotte, Salime Mdéré, a prononcé ces mots à la télévision :
« Des gamins qu’on voit de loin… enfin c’est même pas des gamins, moi je refuse d’ailleurs qu’on emploie ces termes-là : ‘‘jeunes’’ ou ‘‘gamins’’, ces délinquants, ces voyous, ces terroristes… à un moment donné, il faut peut-être en tuer, je pèse mes mot ». « Si y’en a pas un qui est tué, y’en aura toujours d’autres qui vont oser tuer des policiers ». Presque pas croyable. Mais revenons-en aux moyens alors qu’un exemple criant est en cours actuellement.
Le gouvernement pompe l’air mais pas l’eau
En raison de la sécheresse et de la vétusté du réseau, les Mahorais doivent faire face à de nouvelles restrictions d’ampleur. En effet, les robinets d’eau sont coupés de 16 heures jusqu’au lendemain 8 heures et ça, depuis lundi 17 juillet. Cette mesure concerne les quatre villes les plus peuplées de Mayotte. Les autres communes assument trois coupures de 24 heures par semaine. Le département connaît sa pire sécheresse depuis 1987. Alors on repose la question, une telle situation serait-elle imposée en métropole?