Scandale au CDEF : l’argent voté au Conseil départemental toujours pas versé

Depuis des mois, les salariés du Centre Départemental et de la Famille attendent les 2, 5 millions d’euros votés en juillet. L’exécutif du département fait traîner le versement, laissant pourrir une situation des plus catastrophiques pour les familles, enfants, et adolescents aidés par le centre. Nous avons passé une semaine auprès des salariés, à bout…et avons pu filmer leur rencontre avec leurs dirigeants.

Nous retrouvons une quarantaine de salariés, pour une Assemblée Générale, dans l’établissement. les représentants du personnel ont pris la dure décision de ne pas siéger au CTE et au Conseil d’Administration prévus en fin de semaine. Leur position est claire : « Désormais, nous allons rencontrer les élus qui siègent au Conseil d’Administration, et nous allons demander à ce que l’amendement voté soit inscrit dans notre compte-rendu de CA. » Il faut dire que le temps presse. Au-delà du 8 décembre, l’amendement voté ne sera plus valide, et l’argent qui doit être alloué au centre ne sera pas dépense. « On sait que c’est ce qu’ils veulent. Le Conseil départemental n’a aucune envie de mettre de l’argent dans notre établissement. Pourtant, ici, on joue un rôle essentiel et nous manquons cruellement de moyens. »

« C’est illégal de ne pas faire appliquer un amendement. On ne peut pas voter un budget puis refuser de le verser. On est dans un véritable scandale » exprime l’un des représentants du personnel.

Autour de la table, les salariés sont las. « Nous vivons des violences, des accidents du travail, et personne ne vient nous aider. On attend le drame… » s’essoufle une salariée. Beaucoup critiquent la position de leur direction, « une marionnette » pour beaucoup. « Il est là, mais moi, par exemple, ça fait 15 ans que je travaille ici, je l’ai vu 2 fois dans mes services, et à chaque fois, pour une visite avec des officiels. Je me demande même comment il a pu faire visiter l’établissement car il ne connaît aucun de nos couloirs. »

Pourtant, les salariés ne désespèrent pas, ils savent qu’au sein du Conseil d’Administration, ils seront représentés. « Nous avons le soutien de plusieurs membres du CA qui peuvent voter, voire imposer certaines choses. » Il n’empêche, autour de la table, les colères grondent. « A la pouponnière, nous avons 40 enfants, pour 28 places, on fait comment ? » Du côté des autres services, c’est souvent la même rengaine : Un manque de moyens qui a provoqué des accidents du travail, des démissions, et des arrêts maladie. Ici, on se retrouve parfois seul pour gérer des familles. Là-bas, on ne peut suivre correctement les adolescents en déroute. Pour les salariés, la direction use de la politique du pansement. « On colmate les plaies avec des morceaux de sparadraps, on prend des contractuels parfois pour quelques heures. On se retrouve le soir, à 25 à table, avec des gens que les jeunes ne connaissent pas. Notre travail est un travail de mise en confiance, ça ne peut pas marcher comme ça… »

Une salariée propose d’avertir une nouvelle fois l’inspection du travail. Malheureusement, le médecin qui avait déjà alerté des conditions est parti, et pour l’instant, le poste est vacant. « Tu vois, après la colère arrive l’abattement, il ne faut pas qu’on en arrive là. On aime notre métier, on ne lâchera pas les gamins ni les familles, mais là eux comme nous sont véritablement en détresse. »

Alors, les choses se décident. Un comité d’accueil avec casseroles et autres objets bruyant se présentera à l’entrée du CA. « Le CA va se faire en visio, dans nos locaux, seuls le président et son directeur seront présents. »

Jeudi à 13H15, le rendez-vous est donc fixé. Il fait froid. Mais de chaque service, le personnel arrive. A force d’attendre, les salariés se décident à se rendre sur les lieux du CA. Dans le bureau, déjà en place Jean-Michel Lamaison, directeur du CDEF et son président Pierre Danel (proche de Jean-Yves Gouttebel, président du Conseil départemental). Les salariés décident d’investir les lieux. Nous avons pu filmer quelques séquences.

Les salariés du CDEF investissent les bureaux avant la tenue du CA afin de rencontrer leur directeur et leur président
Discussion entre le salariés et le président du CDEF

Les représentants du personnel qui refusent de siéger, quant à eux, ont rencontré 3 élus du Conseil départemental qui siègent aussi au CA du CDEF : Alexandre Pourchon, Caroline Dalet et Eléonore Szczepaniak. « Nous avons discuté 2H30 avec eux, ils sont décidés à ce que l’amendement soit intégré au Conseil d’Administration, car il n’apparaît pas à l’ordre du jour, le prochain CA aura lieu en décembre, mais si c’est après le 8 décembre, ce sera trop tard. » explique un salarié syndicaliste.

Pour ne pas perturber la tenue du CA, les salariés décident avant 14 heures de quitter des lieux. Et d’attendre le compte-rendu qu’il leur sera fait. Chacun retourne alors dans son service. Ils étaient une quarantaine à s’introduire dans la salle de réunion.« Nous sommes 160 salariés, mais jamais tous ensemble puisque l’établissement fonctionne 24/24. Nous tournons beaucoup. 40 salariés c’est très important, c’est le maximum. »

Les représentants du personne s’autorisent une pause, mais ne parlent de rien d’autre : « En 2019, nous avons eu 7500 journées excédentaires, cela signifie que par rapport à nos capacités, nous avons en moyenne chaque jour 20 jeunes en plus. Parfois, à la maison parental, l’éducateur se retrouve seul avec 32 personnes. Parfois chez les enfants, on rajoute des éducateurs qui viennent pour 24 heures, ça met une tension chez ces jeunes qui ont besoin de stabilité. » Normalement, les enfants doivent être accueillis entre 3 et 6 mois, majoritairement l’accueil dépasse les 8 mois. « Notre pouponnière est vétuste, elle n’a pas été refaite, mais le conseil départemental a été capable de débourser 200 mille euros pour demander une étude illisible. »

Mais alors pourquoi le Conseil départemental ne veut pas dépenser d’agent pour le CDEF ? « Mais enfin, tout ceci est politique. Le président du département n’a aucunement envie d’investir dans le volet social. Il s’en fout de nos enfants. Il n’a pas envie de créer des postes de fonctionnaires. Cet amendement, il a été voté contre le vœu de la majorité dont font partie JY Gouttebel et notre président Monsieur Danel. Ils feront tout pour ne pas nous verser cet argent, mais c’est illégal. Cela a été voté, cet argent est public, voté démocratiquement. Le président du Conseil départemental ne peut pas à lui tout seul surpasser ce vote.  »

A cette heure, lundi 19 octobre, les salariés n’avaient officiellement aucune information sur la tenue de ce Conseil d’administration. Un recours en justice risque d’être mené par les autres élus du Conseil Départemental qui ont voté cet amendement…

Mise à jour, mardi 20 octobre à midi : Les membres élus du CA ont réussi à faire notifier l'amendement au compte-rendu du Conseil d'Administration, actant ainsi le versement de l'argent. Les salariés attendent désormais si cet argent sera employé comme ils l'ont stipulé dans un document précis, expliquant les besoins de chaque service. 

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À propos de cet article

Publié le 19 octobre 2020
Écrit par Eloise LEBOURG
Éloïse Lebourg est journaliste. Après une école de journalisme reconnue par l’Etat et la profession, elle apprendra sur le terrain à déconstruire tout ce qu’on lui a appris. Après des détours par Charlie, France Inter, RTL ou RFI, elle se positionnera dès 2006 sur les radios associatives dans lesquelles elle œuvrera comme journaliste puis directrice d’antenne, jusqu’en 2014. Pigiste pour reporterre, Hexagones ou Politis, elle reviendra à ses premiers amours : l’enquête au long cours. Dès 2010, elle crée les Rencontres Nationales des Medias Libres et du Journalisme de Résistance qui se déroulent depuis, chaque année à Meymac en Corrèze, chaque dernier week-end du mois de mai. En 2015, elle crée avec Matthias Simonet, Mediacoop dont elle est la gérante-associée.

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