Enzo est né, mal-voyant. Il reconnaît, à peine, le jour de la nuit. Il a 15 ans, et entame son année de troisième au collège Jeanne d’Arc. Il suit les cours grâce à un ordinateur lui permettant de lire en braille. Il est intégré à une classe « normale » sauf pour certaines matières. Enzo a toujours été accompagné par un(e) AESH, qui l’aidait dans la prise de notes, à remplir une carte de géographie ou à décrypter une image.
Des enfants abandonnés
Mais, en cette rentrée, Enzo n’a le droit qu’à 7 heures de présence d’accompagnement. En Espagnol, il n’a pas réussi à prendre une seule note depuis le début de l’année. Il a pris 7 en Physique car n’a pas eu le temps de finir son devoir, alors qu’il avait tout bien révisé. Dans sa classe, un autre élève en situation de handicap, partage avec lui l’aide de l’AESH, au moment du réfectoire. « Mon fils s’accroche, mais son handicap lui demande une grande énergie, et quand son AESH n’est pas là, il est stressé. Il en a besoin chaque heure de sa scolarité. » Déplore la maman d’Enzo.
Une inclusion scolaire déficiente
Sacha n’est pas dans sa classe. A quatre ans, une vilaine tumeur lui impose des chimios et autres traitements lourds. Puis une opération, et une deuxième. La dernière lui permet le retrait de la tumeur mais endommage le nerf optique. Progressivement, Sacha, 15 ans, devient non-voyant. Depuis l’année dernière, il apprend le braille. Lui aussi n’a droit qu’à 7 heures d’accompagnement. Sa mère a pourtant écrit au rectorat, à la préfecture et même à Brigitte Macron. « Pour l’instant, rien n’a changé, mon fils doit gérer seul. Nous sommes heureux de son inclusion scolaire, il doit avoir la même chance que les autres, mais quand on lui demande de décrire une image, il aura beau faire tous les efforts, il ne pourra pas. »

Le soir, ces mamans reprennent les cours, et les aident comme elles peuvent. « Avant, l’AESH prenait des notes et on pouvait mieux gérer le suivi à la maison. » Les mamans le déplorent. « Nos enfants sont abandonnés, les profs ne sont pas formés et se retrouvent démunis. Nous devons nous battre pour tout. »
Le PIAL, à l’origine des dysfonctionnements
Pour le Collectif AESH 63, « on se retrouve à la préhistoire de l’inclusion scolaire. » Sur l’académie, 300 enfants ne sont pas suffisamment aidés. 90 restent sans aucune heure d’accompagnement.

En cause, le PIAL, Pole Inclusif Accompagnement Localisé. En 2019, JM Blanquer, ministre de l’Education annonce une circulaire dans la loi « Ecole de la confiance » destinée à dessiner un périmètre de travail au sein de l’académie. La proximité serait ainsi respectée.
Travail précaire et temps partiel
Pourtant, avant, les AESH étaient rattachés à une école, désormais ils sont soumis à un territoire parfois de plus de 100 kilomètres, devant ainsi rejoindre pour 3 heures une autre école, et donc un autre enfant. 90% des AESH sont à temps partiel, majoritairement à 62 %, soit 24 heures. Quand on sait qu’un enfant passe plus de 36 heures par semaine (cantine comprise) à l’école, on comprend vite que l’enfant n’est pas accompagné suffisamment. « Et ça, c’est quand on a en charge qu’un seul enfant, moi, j’en ai 7 en ce moment » s’indigne une AESH qui « passe plus de temps dans ma voiture qu’avec les gamins. »

Claire s’estime un peu plus chanceuse, cette année, elle n’a qu’un seul petit en maternelle. « Il est autiste et a besoin de beaucoup de temps. » Avant, Claire recevait une notification pour un enfant, désormais, sa notification est géographique. « On m’a donné 21 heures avec le petit, j’ai donc 3 heures à dispenser sur d’autres établissements. Je suis à Varennes mais on peut m’envoyer à Yzeure pour 3 heures. Ca n’a aucun intérêt ni pour moi ni pour l’enfant. » Elle a décidé d’entamer une formation de monitrice-éducatrice, pour avoir un « vrai métier. » « AESH n’est pas reconnu comme tel, j’occupe juste un emploi, alors que je fais déjà tout ce que je ferai en tant qu’animatrice. »
Une grille en-dessous du SMIC
Pour les syndicats, les AESH n’ont aucune reconnaissance salariale non plus. « Vous vous rendez compte que la nouvelle grille de carrière proposée par le ministère était en-dessous du SMIC et donc pas légal. Ils ont dû tout revalorisé au 1er octobre. » Explique Elena de la CGT éduc’action.
Et pourtant, un ministère qui fait des économies
A 14H30, une Assemblée générale se préparait pour continuer à faire avancer la lutte. « Et qu’ils ne nous disent pas que c’est un problème de moyens, le ministère de l’Education Nationale a fait un excédent de 400 millions d’euros l’année dernière. Se faire de l’argent sur le dos de nos enfants handicapés, c’est quand même le summum de l’indignité. »
