«Nos vêtements, notre choix» : À Ambroise Brugière, des élèves bloquent pour faire entendre leurs voix.

« Mon style vestimentaire, c’est mon choix, l’école n’y touchera pas ! ». Ces mots, ils sont écrits sur un tract qu’on nous distribue devant l’entrée principale. Il est 7h30 ce matin et nous sommes devant le lycée Ambroise Brugière, au nord de Clermont-Ferrand. Ici, des élèves rapportent des faits de discrimination dans l’établissement depuis la rentrée, en rapport avec les tenues de certaines lycéennes. Pour faire entendre leurs revendications, ces derniers bloquent les entrées de l’établissement.

Habits républicains : le retour du débat

Au moment de la rentrée, en 2020, le ministre de l’Éducation nationale de l’époque Jean-Michel Blanquer déclarait que les élèves devaient venir à l’école « habillés d’une façon républicaine ». En 2022, rebelote. Si le crop-top (haut s’arrêtant en général au-dessus du nombril) a déjà fait parler de lui, c’est au tour de l’abaya, robe longue, d’être au cœur du débat.

Sur cette question, le ministre Pap Ndiaye s’exprimait dans la presse le 13 octobre. Pour lui, la loi est assez claire en interdisant les signes religieux tels que la croix, la kippa ou le voile. En revanche, l’abaya serait un « signe religieux par destination », soit un vêtement qui pourrait devenir religieux selon l’intention que lui prête la personne qui la porte. La réflexion semble un peu poussive.

« Je suis qui je veux »

Cette idée de « signe religieux par destination » agace les lycéennes et lycéens, ce matin. Pour les élèves d’Ambroise Brugière qui bloquent leur lycée, la question de ce vêtement ne doit pas devenir religieuse. « Je suis qui je veux », lance une jeune femme, armée d’un mégaphone. Une autre explique que sa façon de s’habiller représente son identité.

Dès 8 heures, une vingtaine de jeunes ont tenu le blocus. Très vite, ce sont des centaines d’élèves qui se sont massés devant les grilles. Dans le cordon bloquant, presque autant de garçons que de filles. « On est là pour soutenir le mouvement. », déclare un étudiant. Plusieurs membres du syndicat étudiant UNEF sont également présents afin de soutenir le blocus. Jusqu’à la dispersion générale, le mouvement s’est déroulé pacifiquement et dans le calme.

La région AURA de son côté, dénonce un rassemblement à caractère communautariste, provocateur et ostentatoire.

Respect mutuel

Plusieurs élèves nous expliquent que depuis la rentrée, la situation a dégénéré. Certaines étudiantes auraient été stigmatisées et réprimandées à de nombreuses reprises. On nous parle de harcèlement. « On fait le blocus pour faire entendre nos voix. Personne ne peut nous imposer de ne pas porter ça. C’est du sexisme et du racisme. On fera le blocus jusqu’à 10 heures, jusqu’à midi s’il le faut mais nous voulons parler avec la direction, avoir un débat. », explique Baraa, élève de 1ère. « En tant qu’élèves, on nous demande le respect envers nos professeurs, il doit être mutuel. », invoquent les élèves mobilisés.

Yasine, également en 1ère, ajoute : « On se réunit pour faire face aux stigmatisations et aux discriminations que subissent les lycéennes. Les professeurs font des remarques, c’est trop court ou trop long. Ces réflexions ne devraient pas exister. C’est pour ça qu’on est là. Ce n’est pas pour foutre le bordel, c’est un mouvement pacifique. ».

Ouvrir le dialogue

9 heures. Voilà plus d’une heure que le blocus a commencé. De plus en plus de monde s’arrête entre les grilles et la voie de tram. Des professeurs arrivent au compte-goutte. On les laisse passer. De l’autre côté de la rue, des membres de l’Académie sont là ainsi que les forces de l’ordre. À 9h30, la direction du lycée se décide à recevoir les élèves mobilisés. Le blocus a fonctionné, peu d’élèves ont pu suivre la première heure de cours. Dans La Montagne, le proviseur du lycée affirme de son côté qu’un blocage à proprement parlé n’a pas eu lieu. Ce dernier s’est entretenu avec la délégation d’élèves et un membre de l’équipe Valeurs de la République du rectorat. Les discussions devraient se poursuivre à la rentrée.

À 14 heures, l’UNEF a organisé une grande assemblée générale accueillant tous les lycées de la ville à la fac de lettres. Le rendez-vous s’est donné pour objectif de discuter des prochaines mobilisations alors que la réforme du lycée pro est un autre objet de contestation.

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