Parmi les nombreux services publics souffrant d’un manque de moyens et de conditions de travail pas à la hauteur, la Petite Enfance n’est pas en reste. Le secteur était mobilisé aujourd’hui à l’appel de la Coordination Syndicale Départementale CGT. À 10 heures, de nombreux agents et agentes se sont réunis devant les portes de la préfecture. D’autres syndicats ont participé au rendez-vous comme la CFDT ou la FSU. Au total, près d’une centaine de personnes étaient mobilisées afin d’alerter sur la baisse de qualité des conditions de travail et dans l’accueil des enfants et des familles.
« Faire plus et plus vite »
Lorsque l’on parle de Petite Enfance, on englobe les enfants de 0 à 6 ans. Sur le territoire, ces derniers peuvent être accueillis par des crèches publiques, privées ou associatives. Aujourd’hui, dans ces établissements, les conditions de travail sont difficiles. Si toutes les agentes rencontrées ce matin sont d’accord pour dire qu’il n’y a pas trop d’enfants mais pas assez d’employé.e.s, ces dernières attendent plusieurs changements.
Tout d’abord, plus de personnel afin d’assurer un meilleur taux d’encadrement et ne pas pénaliser les travailleurs et travailleuses qui subissent le sous-effectif. « La réalité du terrain, c’est qu’on passe nos journées à 2 pour 12 enfants de moins de 3 ans. Ça a forcément de l’impact sur la qualité de la prise en charge. », nous explique une agente de crèche qui exerce dans le Puy-de-Dôme. « Il faut toujours faire plus et plus vite. », résume Nathalie Albisson, pour la Coordination Syndicale Départementale CGT et pour la START RLV. Rappelons que le taux d’encadrement légal est 1 adulte pour 5 enfants ne sachant pas marcher et 1 adulte pour 8 enfants qui marchent.

Autre problème, les subventions de la CAF qui sous condition du taux de remplissage des établissements et qui contraignent les crèches à s’adapter à de nombreux critères. Enfin, le manque de formations et de personnels nécessaires à un accueil de qualité des enfants en situation de handicap. « Tout ça, c’est une gestion uniquement comptable et pas en termes de qualité. », dénonce Nathalie Albisson.
Le récent rapport de l’IGAS (Inspection Générale des Affaires Sociales) confirme la situation critique et alarmante dans les établissements d’accueil de jeunes enfants. Ce rapport, publié en début d’année 2023 a permis une prise de conscience des difficultés du secteur de la Petite Enfance.
Les oubliés du Ségur
Dans un contexte de pénurie de professionnels et de fermeture de structures, le gouvernement a annoncé la création de 100 000 places d’accueil d’ici 2027, et 200 000 en 2030. Mais l’urgence pour les employés existe déjà en 2023. Tout d’abord, les agents voudraient une revalorisation des salaires et des carrières par l’octroi du CTI (complément de Traitement Indiciaire) issu du Ségur et actuellement refusé par l’exécutif, alors qu’attribué aux agents de la Fonction Publique Hospitalière. « On est les oubliés du Ségur. », soupire une agente de crèche de la Communauté de Communes Thiers Dore et Montagne, en grève aujourd’hui.
Ça ne s’invente pas
Dans les établissements d’accueil de la Petite Enfance, quatre métiers prédominent : les auxiliaires de puériculture, les agents de crèche, les éducateurs jeunes enfants et les puéricultrices. Le 29 juillet 2022, un arrêté a autorisé les directeurs et directrices d’établissement à recruter du personnel non qualifié afin de pallier au manque de personnel. « Surtout, Il y a une crise de recrutement. C’est difficile de trouver du sens à son travail. », explique Nathalie Albisson. Mais pour elle et ses collègues, ce n’est pas une solution. Ces dernières se sentent dévalorisées par l’embauche de personnes non diplômées qui touchent un salaire quasiment équivalent au leur. « Ça dévalorise nos formations. », indique une agente.
Face à la situation, la CGT réclame une politique ambitieuse de La Petite Enfance, « qui donne les moyens financiers et humains d’accueillir favorablement les enfants, leurs familles, et permettre un accueil respectueux des besoins de chacun » ainsi que la prise en compte de la pénibilité permettant un départ anticipé à la retraite avant 60 ans avec 75 % du salaire des 6 derniers mois, ainsi que la réduction du temps de travail à 32 heures par semaine.
Si une petite centaine de personnes étaient présentes ce matin, beaucoup plus ont suivi la grève. Pour les deux crèches de la Communauté de Communes Thiers Dore et Montagne, ils étaient 100% à suivre l’appel.