En 2020, Laurent Wauquiez, Président de la Région AuRA, décide de mettre en œuvre le vieux projet de déviation de la RN88 entre Le Pertuis et Saint Hostien, en Haute-Loire. Objectif : la réalisation d’une 2×2 voies.
Un projet jugé mortifère par de nombreux habitants du coin et plusieurs associations écologistes dont Greenpeace. En effet, la déviation doit d’abord passer par des travaux destructeurs pour 190 hectares d’espaces naturels, forestiers et agricoles. La déviation impactera aussi 29 fermes et 20 hectares de zones humides. Plusieurs cours d’eau seront déplacés et des sources d’eau potable détruites. 100 espèces animales et végétales protégées se trouvent également sur le tracé où sont prévus 13 ouvrages d’art et 3 millions de m3 de déblais.

Tout ça pour… pas grand-chose. En effet, le coût et le gain de temps sont difficiles à justifier. Le projet évalué à 226 millions d’euros propose un gain de temps estimé à 3 minutes pour les voitures et 1 minute pour les poids-lourds.
Sensibiliser
Les groupes locaux de Greenpeace Clermont-Ferrand et Lyon ont occupé le chantier de la RN88 samedi dernier en soutien à la Lutte des Sucs en Haute-Loire. La Lutte des Sucs, c’est une initiative citoyenne, un collectif d’habitants défenseurs du vivant qui se battent contre ce projet depuis trois ans. Leur combat est pacifique et se mène à travers des actions comme des troupeaux de brebis en pâture, des semis de cultures bios, des événements festifs, balades naturalistes, marches aux flambeaux, des concerts ou des conférences…
À leurs côtés donc, Greenpeace Lyon et Clermont ont tenté samedi d’alerter un maximum de personnes sur l’un des premiers ouvrages d’art sorti de terre. En début d’après-midi, une quinzaine de personnes a sorti des banderoles. « On cherche à faire parler de la Lutte des Sucs au-delà de la région et de son aspect très localisé. », explique Claire, du groupe local 63.
Pour Wauquiez, pas le temps d’attendre
Alors que les travaux ont déjà commencé, les membres de la Lutte des Sucs ont constaté plusieurs irrégularités dans le respect de l’arrêté préfectoral. Selon ces derniers, on note par exemple des engins circulant sur des parcelles mises en défens, des espèces protégées non répertoriées menacées de destruction ou l’abattage d’arbres sur des terrains privés.

« Ce qu’on a aussi essayé de dire, à la presse notamment, c’est que pour l’instant, il y a des recours juridiques qui ne sont pas statués. La région n’a pas la maitrise totale du foncier et les travaux ne devraient pas avoir commencé. », dénonce la militante. Des plaintes ont par exemple été déposées pour non-respect des prescriptions de l’autorité environnementale suite à la destruction de forêts de nuit et sous la neige en 2021.

« Par une décision rendue le 26 octobre 2023, le Tribunal Administratif de Clermont-Ferrand a statué en faveur de FNE AuRA, en annulant le refus du préfet Eric Etienne de communiquer les garanties de maîtrise foncière et les plans de gestion des mesures compensatoires réclamées depuis 2 ans : tout cela pour ne pas divulguer le fait que la Région ait débuté les travaux sans même avoir la majorité des surfaces compensatoires au projet. », explique Greenpeace dans un communiqué, ce week-end.
Si les autorités et la Région sont restées sourdes aux alertes des collectifs, la Lutte des Sucs de son côté a intensifié le combat. Les citoyens ont bloqué pacifiquement les dernières fouilles archéologiques en s’allongeant au sol devant les machines. Seule réponse : la répression. Sept gardes à vue de plus de 36 heures ont eu lieu. D’autres actions de sensibilisation sont à prévoir en 2024.