En 2018, le projet Refondation est validé. Il consiste à opérer la modernisation de l’imprimerie de billets de la Banque de France de Chamalières grâce à un déménagement et une reconstruction à Vic-le-Comte. Mais ce réaménagement qui doit dépasser les 200 millions d’euros est reporté plusieurs fois. Une nouvelle suspension a été décidée par le Conseil Général de l’Institution lors d’une réunion le 9 juin.
« Ce projet, on entend parler sur Vic depuis 2015 et il nous a été présenté en conseil municipal. Il doit se faire sur le site de la papeterie actuelle. Ça ferait une usine intégrée. Tous les ans, on a l’impression qu’il y a un autre prétexte. La première fois, ça a été le maitre d’œuvre qui n’était pas un bon choix. L’été dernier, le gouverneur a confirmé le projet. On était confiants. « , explique Catherine Fromage, conseillère communautaire et adjointe au maire de Vic-le-Comte en charge de l’Urbanisme et de l’Environnement.
Pourtant, l’usine de Chamalières est vieille de près d’un siècle, devient vétuste et son organisation sur plusieurs étages dans des locaux étroits rend le travail compliqué. L’incendie du 9 février 2022 en est l’exemple pour ceux qui dénoncent la suspension du projet. « Un des agents que j’ai rencontré m’a expliqué que le papier est à un étage, la machine est en dessous, c’est un nombre de manipulations incalculable. Les toits sont en très mauvais état, il y a des infiltrations… » poursuit l’élue.
La faute aux salariés, vraiment ?
Mais alors, si l’usine a tant besoin de se moderniser et si la direction a validé le projet dans un premier temps, pourquoi le suspendre aujourd’hui ? Depuis 4 ans, les dirigeants de l’institution hésitent et disent anticiper une forte baisse de l’usage des billets qui ne s’est jamais produite, ce que confirme la BCE. « Il y a déjà 20 millions de coût supplémentaire qui ont été dépensés. Les autres raisons qu’ils n’osent pas avouer, je ne les connais pas personnellement. « , répond Catherine Fromage.
Alors quoi de plus simple que de rejeter la faute sur quelques salariés mobilisés ? En effet, la direction explique dans un communiqué que la cause de cette décision est la grève des imprimeurs du site, mobilisés depuis le 2 décembre pour de meilleures conditions de travail et le maintien de 18 postes menacés par une nouvelle organisation prévue par le plan de compétitivité. Cette organisation prévoit notamment la mise en service d’une machine qui pourrait remplacer 18 ouvriers.
Selon la CGT, » alors que les effectifs de l’imprimerie ont diminué de moitié en quinze ans et qu’elle est l’une des plus performantes du pôle public européen, la Direction prétend faire accepter son plan qui réduirait de 20% les coûts de revient des billets en 2028 en supprimant des postes d’imprimeurs, alors que l’expertise diligentée par les élus du personnel est formelle : 20% de réduction des coûts seront atteints du seul fait des gains de productivité liés à la nouvelle usine.«
Chantage social
Dans un communiqué, la CGT déclare : « Comble de l’indécence, le Conseil général de la Banque reporte au 15 juillet sa décision de lancer le projet, qu’il conditionne à l’arrêt de la grève des imprimeurs. « . Une demande qui figure en effet dans un communiqué de la Banque de France.

Cette situation, le PCF la dénonce et souhaite apporter son soutien aux salariés de l’entreprise et à leurs représentants syndicaux. Avec ses élu.e.s, il interpelle la direction pour demander la garantie de la construction de l’outil de production entièrement public dont la France et l’Europe ont besoin. « Pour les élus communistes, ce n’est pas une condition acceptable. Surtout, au regard du coût du projet, 18 postes d’imprimeurs, ce n’est rien du tout. « , indique Catherine Fromage.
Souveraineté et sous tout court
Aujourd’hui, Refondation a déjà couté 20 millions d’euros en études préliminaires et travaux préparatoires. Stopper son achèvement serait un risque pour la souveraineté de la France et de l’Union européenne selon le PCF et la CGT. L’imprimerie de la Banque est en effet le premier producteur public de billets euro. « Si faute d’investissement, le premier imprimeur public venait à disparaître, il en serait fini du pilier public européen de production de billets, dont l’impression et la Recherche et Développement associée seraient privatisées, avec de gros risques en matière de sécurité et de qualité des coupures. La privatisation d’une telle mission, tant régalienne qu’essentielle à l’économie, serait totalement irresponsable. Cette activité pourrait de surcroît être assumée hors du territoire, ce qui ne ferait qu’aggraver la détérioration du tissu productif industriel français qu’il est au contraire urgent de renforcer, selon le Président de la République lui-même ! « , dénonce le syndicat.
Demain mercredi 21 juin à partir de midi, la CGT Banque de France organise un rassemblement devant les portes de l’imprimerie de Chamalières.