Et si on s’aimait plutôt ?

On n’a pas de chance, on a pris une petite semaine de vacances (avant les grandes qui arrivent en fin de semaine) et c’est pile à ce moment-là que Macron balance le pass sanitaire, entre un spritz et une saucisse. Alors, vous avez été nombreux à nous envoyer des mails, des messages, et même nous appeler pour nous demander notre position. Parce que Mediacoop est un média qui s’engage, rajoutiez-vous…Et si s’engager c’était s’aimer en silence, en ce moment ?

Mediacoop donne la voix aux sans-voix. A ceux qui bien souvent ont eu peur de tout perdre. Comme ça, là, me revient l’interview de Ladji, ce gosse d’Afrique Noire, emprisonné en Lybie, torturé, laissant sa mère pendant deux ans sans nouvelles. Aujourd’hui, son seul rêve est de trouver un travail.

La voix aux sans-voix

Je me souviens aussi d’Abdo, mon ami syrien, du film « J’aimerais que tu restes » qui m’avait raconté en détail la fuite de son pays, laissant tout derrière lui, sans autre choix que de regarder une dernière fois la maison qu’il avait construite de ses mains. Il m’avait décrit la dictature avec tant de sagesse, que j’avais failli douter de lui. Son combat d’aujourd’hui c’est de cesser de penser au passé et d’avancer, sans remords, ni culpabilité.

Je me rappelle bien sûr des copains de la rue du film « Plume de Bitume », ceux qui trimballent dans les sacs les croquettes pour leur chien et les galères d’un temps non révolu. Ils se battent pour se réinsérer ou s’insérer, pour trouver une voie, un chemin pas trop mortifère…

J’ai le souvenir des détenus qui me racontaient que cette fois c’était la dernière, qu’après cette purge-là, on ne les y reprendrait pas…ils seront calmés à vie, loin de leurs démons et de leurs mauvaises fréquentations. Ils ne luttaient que contre eux-mêmes et c’était déjà tellement.

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Et puis ces enfants, à l’hôpital, en train de lutter pour leur avenir. Pas mourir encore. Pas tout de suite. Tenir, pour eux et pour leurs parents. Sourire malgré la douleur, mais entrevoir dans leur regard le désarroi et l’angoisse. Cette jeune anorexique qui refusait de s’assoir car on perd plus de calories en restant debout. Elle ne pesait que 32 kilos et restait enfermée dans une maladie qu’elle n’a pas pu vaincre.

Accompagner les combats

Je me souviens bien sûr de tous ces combats de salariés pour leur usine. Les Luxfer, les GMS. Ces gueules marquées par le mépris d’un patron dont on ne connaît même pas le visage. La hargne des petits qui gagnent rarement face aux puissants. Mais qui tentent tout.

Dénoncer les injustices

Et cette maman d’un enfant autiste pour lequel aucune école n’ouvrait ses portes. Un enfant sans place, dans un monde limité.

Les lanceurs d’alerte qui bousillent leur vie pour le bien commun, qui font avancer les lois et l’éthique à force de petits coups de pieds dans une fourmillière pécunière.

Cette femme battue qui m’a ouvert sa porte et m’a raconté ses années de calvaire. Sur le mur du salon ou elle vit encore avec ses enfants, des traces de couteau rappelant chaque jour l’ignominie humaine.

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Ah, et je me rappelle la manif contre le bastion social. un bloc de sourires contre la connerie humaine. Des anonymes d’accord sur un point, on ne touche pas aux fondamentaux. On ne réécrit pas l’histoire. On ne veut plus de fascisme ni de nazisme ici ou ailleurs.

Ils s’appellent Pierre, Adil, Simon, Leila, Gaëlle, Fanny, Will, Claire, Abdo, Ladji, Mayke…

Nous sommes tous des prénoms, des vies, des existences, des rêves en jambes, des barres de rires, des bandes de potes, des cerveaux en ébullition.

Nous sommes les vivants d’aujourd’hui, avec nos convictions, nos expériences, nos chagrins, nos utopies, nos combats, nos quotidiens, nos défis…

Et il ne nous reste que ça, ce combat d’une belle vie, de jours ensoleillés, d’apéros et de randos, que ce temps qu’il nous reste soit le plus beau. Car il ne sert à rien, il court plus vite que nous.

Alors, à Mediacoop, on continuera d’accompagner ces destins cabossés, ces luttes pour un monde meilleur, ces injustices révoltantes, ces combats justes.

Discutez autour d’un verre, les copains, pas sur Facebook !

Nous ne sommes pas là pour les disputes, les divisions, les argumentaires sur les réseaux sociaux.

Depuis la crise du Covid, vous l’aurez sans doute remarqué, Mediacoop a préconisé le recul, préférant ne jamais entrer dans les polémiques. Travaillant dans l’investigation qui prend du temps. Récupérant des données, des propos, des témoignages, sans pour l’instant les exposer. « Il est trop tôt », répondions-nous aux élèves d’éducation aux médias qui nous demandaient notre avis sur ce virus. Qu’allions-nous devenir ? Allait-il s’arrêter bientôt ce corona ? Et mon bac ? Et le vaccin, il est dangereux ?

Nous sommes journalistes, nous sommes là pour donner la parole. Nous ne sommes pas médecins ni même politiciens (grand bien nous fasse). Nous ne sommes pas devins, et nous ne jouerons pas avec vos cerveaux et vos nerfs à vous inventer une réalité.

Nous sommes actuellement dans une période analytique. Dans ce journalisme actuel et surtout qui va plus vite que la science, rien n’est vérifié. Alors tout est contestable, et contribue à la méfiance et au complotisme.

Halte à la récupération du symbole de l’étoile jaune

Mais, nous, le peuple, sommes aussi responsables des dérives actuelles. Quel que soit notre avis sur le pass sanitaire, comment peut-on laisser certains d’entre nous brandir une étoile jaune, ce symbole de la ruée vers la mort, le racisme, le fascisme ?

Nous préférons prendre part au combat en continuant à être du côté des sans-voix, des oubliés, des opprimés, et à raconter les combats.

Et nous pensons qu’il faut s’aimer beaucoup aussi, s’apprivoiser, se comprendre, faire bloc. Ne pas oublier le passé. Ne pas tout confondre. Ecouter sa colère, l’exprimer, sans haine.

Cette crise sanitaire est devenue une crise sociale. Entre méchants et gentils. Entre essentiels et non-essentiels. Entre riches et pauvres. Entre vaccinés et non-vaccinés.

Et si on s’aimait plutôt ?

Une crise qui a tué, mais aussi rempli les hôpitaux psychiatriques, qui a augmenté les violences sur les enfants et les femmes, qui a fait perdre confiance, qui a anéanti des rêves, qui a empêché des rencontres, qui a provoqué des ruptures. Des générations remplies d’incertitude.

Une crise qui a montré le pouvoir de certains pays sur d’autres. Le pouvoir de l’argent, du lobbying.

Mais aussi celui de la science.

De la nature.

De l’humain.

Désormais il s’agit de montrer à cette crise le pouvoir de l’amour.

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1 réflexion sur “Et si on s’aimait plutôt ?”

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