Concert folkish à Clermont-Ferrand : un relent de néonazisme ?

Un groupe à la mode de la scène Black Metal Folkish devrait venir jouer leur nouvel album dans le bar d’un de leurs amis, ce samedi 25 septembre, à Clermont-Ferrand. Mais qu’est-ce que cette mouvance black métal identitaire « folklorique »? quels sont ses liens avec le milieu néonazi ?

Aorlhac veut dire Aurillac en patois occitan. Le groupe cantalien vient promouvoir son nouvel album, dans le bar d’un de leurs amis, le Hops N Roll, rue des gras, dans le centre médiéval de la capitale auvergnate.

Un groupe cantalien

Aorlhac semble être une valeur montante du Black Métal français. Il est reconnu pour son énergie, notamment. Et a fait de nombreux concerts dans des festivals prestigieux tels que le Hellfest par exemple.

Liens avec Peste Noire

Pourtant, Aorlhac n’est pas qu’un simple groupe de Metal. Parmi ses membres, certains furent pressentis pour intégrer Kommando Peste Noire. Et ce groupe-là laisse peu de place au doute. Comme le revendique sans complexe le leader Ludovic Faure, dit Famine, dans ses interviews et dans ses chansons. L’une d’ailleurs porte d’ailleurs un titre tristement révélateur « Aryan Supremacy ». Voici des propos qu’il a pu dire :

Extraits d’une interview de Famine pour le site Le scribe du Rock (2019)

Parmi les musiciens d’Aorlhac, un certain Florian Denis, pseudonyme Ardraos, batteur historique de Peste Noire. Le groupe Aorlhac ne se définit pas comme nazi, mais a de multiples liens avec la mouvance NSBM Folkish et cultive une identité se revendiquant de la culture occitane (à ne pas confondre à un simple régionalisme !)

De plus, Florian Denis est aussi une figure incontournable des mouvances néonazies en tant que batteur historique des groupes Lemovice et Wolfangel, groupes de Rock AntiCommuniste, (RAC) des skinheads nationalistes et patriotes.

Black Metal Folkish et idéologie Volkisch

Que signifie le Folkish ?

Folkish est la contraction des termes Folk et Völkish. Cette mouvance entend mêler musique folklorique, le métal et le mouvement Volkisch.

Le Volkisch vient de la mouvance nationaliste ethnique allemande. Le « Volkisch mouvement » était un mouvement actif à la fin du 19ème siècle. Il mêlait spiritualité païenne, mythologie, anti-monothéisme et antisémitisme. Il a été caractérisé par le racisme, le populisme et l’antisémitisme à partir des années 1900, influençant l’idéologie nazie.

En effet, les nationalistes Volkisch considéraient généralement les juifs comme un peuple étranger. Pendant la période du 3eme Reich, Adolf Hitler et les nazis appliquaient une définition du Volk (peuple) qui excluaient les juifs, les roms, les témoins de jehovah, les homosexuels et les autres « élements étrangers » vivants en Allemagne.

Une maison de disque obscure

Autre problématique pour le groupe Aorlhac : leur label n’est autre que la maison de disque « les acteurs de l’ombre », qui organise des rassemblements tels que « Les feux de beltane » sous le prétexte de folklore breton mais durant lequel certains rituels avec des croix enflammées rappellent ceux du Ku Klux Klan. Des runes en bois dressées puis enflammées font, elles, référence aux rituels des paganistes néonazis.

Mais dans ce milieu nébuleux du NSBM, difficile de faire admettre une position politique aux groupes qui se définissent d’ailleurs très souvent comme apolitique, lié à aucun parti, même s’ils partagent les idées d’extrême-droite.

Origine de la mouvance NSBM

Le NSBM (National Socialist Black Metal) actuelle, et ses branches qui peuvent être hitlériennes, occultes ou folkish, fait référence au nationalisme socialisme allemand regroupant les idées fascistes, racistes, aryaniste, suprémaciste blanc, etc. Ce courant s’est étendu dans les années 2000, avec l’arrivée de groupuscules néo-nazis.

Les pères conceptuels de la musique Folkish sont les meurtriers Kristian Vikernes (également terroriste et créateur du jeu de rôle Odaliste) et Hendrik Mobus, dans les années 90.

Ils sont également considérés comme les pères du NSBM. Idéologues païens, identitaires, ultranationalistes « patriotes », ils ont développé leurs influences même derrière les barreaux de leur prison en Norvège et Allemagne.

Le folkish, une branche du National Socialist Black Metal

Ainsi, de nombreux groupes appartenant à la mouvance NSBM se reconnaissent dans le Folkish, à l’instar d’Aorlhac. Les paroles ont souvent pour thème la nature, la guerre, le passé médiéval et mythologique dans une rhétorique romantique. La radicalité n’est pas omniprésente, voire absente des textes. Mais demeure une grille de lecture identitaire et xénophobe : Les traditions ancestrales d’une communauté sont supérieures aux cultures extérieures.

Seconde vague du Black Metal

Le Black Metal connaît, dès la fin des années 90, en France, une radicalisation du genre appelée « Seconde Vague ». A cette époque, certains en profitent pour faire émerger un courant de pensée surfant sur les idées antisémites et raciales.

Déjà dans les pays nordistes, en 1994, lors de la première édition de leur album, Darkthrone fait mettre une inscription sur leur pochette : « Black Metal Norvégien et Aryen ».

La stratégie réside dans la diffusion idéologique métapolitique, c’est-à-dire hors du champ « politique », apolitique de façade. Peu de groupes revendiquent clairement leur appartenance et pourtant ils participent activement à travers leur musique, leurs références à diffuser les idéaux néo-nazis.

Tout cela est du passé ?

Concernant Aorlhac, leurs réponses à nos questions restent évasives, comme le montre leur mail. « Une stratégie bien connue du milieu » explique un spécialiste de la culture NSBM (qui veut rester anonyme) « Ils parlent toujours d’être apolitique, que tout ça est de l’histoire ancienne, tout reste très flou dans leur façon de se présenter. Et ils parviennent ainsi à recruter de plus en plus d’auditeurs qui se disent qu’après tout la musique est bonne, peu importe ce que pensent les musiciens. Je crois que c’est justement ce piège qu’il faut éviter. Tu ne peux pas aller à ce genre de concerts sans savoir ce que cela signifie. »

Un bar en plein centre de Clemont tenu par un ex-Peste Noire

Le concert aura donc lieu rue des Gras, dans un bar appelé Hops N Roll, et qui vient d’être ouvert par un ancien musicien de Peste Noire. Ainsi, si vous vous y rendez, vous ne pourrez plus dire que vous ne saviez pas où vous mettiez les pieds !

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